Les sujets du bac cette année
n’étaient pas différents des années précédentes, pas plus
difficiles. Le Centre national des examens (qui rédige les
épreuves) comprend un groupe de professeurs et de spécialistes
très compétents. La majeure partie des questions s’adresse à
l’étudiant moyen et 15 % du sujet d’examen est un peu plus
compliqué, s’adressant à un étudiant de niveau exceptionnel.
Mais cette année, certains événements regrettables ont eu lieu à
l’intérieur des salles d’examens, comme avec l’étudiante qui
s’est suicidée pendant l’examen d’anglais ou celle qui a été
atteinte d’hémorragie cérébrale et qui a trouvé la mort
subitement. Tout cela a donné cette image tragique des épreuves
du bac de cette année.
— Certains pensent qu’en rendant les examens
plus difficiles cette année, le ministère veut réduire le nombre
d’étudiants dans les universités. Quelle est votre réponse ?
— Nous ne cherchons pas à réduire le nombre
d’étudiants dans les universités. Il existe une coordination
entre le ministère de l’Education et celui de l’Enseignement
supérieur pour accroître la capacité des universités. Nous
allons également créer « l’Université d’enseignement à distance
» à travers un financement qui nous sera accordé par le Fonds de
soutien à l’enseignement, relevant du conseil des ministres. Les
pressions seront ainsi allégées sur les universités. Ce projet
se trouvait dans les tiroirs du ministère de l’Enseignement
supérieur, et il a été proposé lors d’une réunion extraordinaire
ayant regroupé un certain nombre de ministres, et soumis
récemment au président Moubarak.
— Parlons du statut des professeurs : un
nouveau cadre administratif a été récemment créé pour
l’améliorer et accroître les salaires. Quand entrera-t-il en
vigueur ?
— Le nouveau cadre administratif des
professeurs met l’accent sur la valeur du professeur pour qu’il
puisse pratiquer son métier sans être obligé d’effectuer des
tâches administratives pour obtenir une promotion. Cela reflète
l’estime que nous avons à l’égard des professeurs et à leurs
efforts pour cumuler dans une carrière toutes sortes de
certificats et diplômes concernant la spécialisation, l’étude
des langues ou l’informatique contribuant à la promotion.
— Le phénomène des cours particuliers
continue de sévir. Quels efforts déployez-vous pour lutter
contre ce phénomène ?
— Les cours particuliers représentent
effectivement aujourd’hui une menace non négligeable pour le
système. Pour pouvoir lutter contre ce phénomène, nous devons
aider l’étudiant à considérer l’école comme l’unique option
pédagogique. L’école de son côté doit être capable de remplir sa
mission pédagogique. Elle doit posséder toutes les qualités,
fournir les meilleurs professeurs et être dotée d’une
administration efficace.
— Comment entendez-vous résoudre le problème
du sureffectif dans les établissements scolaires ? Le ministère
est-il incapable d’en construire suffisamment ?
— Le ministère adopte actuellement un plan
visant à réduire le nombre d’élèves par classe à environ 45,
grâce à la construction de 3 500 écoles. Ce plan vise également
à subvenir aux besoins des régions les plus défavorisées et à
accroître le nombre d’inscrits dans les jardins d’enfants et en
maternelle.
— Vous avez dit que le secteur privé allait
construire des écoles. Pouvez-vous nous parler davantage de
cette initiative ?
— Cette initiative est née lors de la
discussion du plan visant à financer la construction de 3 500
écoles. Le ministère des Finances a proposé d’adopter ce modèle
reconnu à l’échelle mondiale. Une manière d’encourager le
secteur privé. Le système est le suivant : l’Etat loue ces
écoles pendant quelques temps puis elles sont intégrées au
ministère. Ainsi, le capital requis pour leur construction sera
assuré ainsi que de nombreuses autres occasions pour la mise en
place d’un plus grand nombre d’écoles, sans modifier le budget
dont dispose l’Etat.
— Le secteur de l’enseignement technique est
délaissé. Quelles sont vos solutions pour le rendre plus
attirant auprès des étudiants ?
— Des efforts sont requis pour développer
l’enseignement technique de manière à ce que ses diplômés
puissent trouver du travail plus facilement. Nous déployons des
efforts continus avec un certain nombre de ministères tels que
celui du Commerce, de la Production militaire et de la
Main-d’oeuvre, sans oublier les hommes d’affaires, les
investisseurs et les chambres d’industrie et de commerce.
L’objectif-clé est de lier les écoles à l’industrie et de donner
à l’étudiant une possibilité d’avoir une formation en alternance,
c’est-à-dire à mi-temps en usine pendant ses études. L’exemple
le plus réussi est le programme « Moubarak-Kohl » actuellement
en application dans 44 écoles en coordination avec le ministère,
le secteur industriel et les hommes d’affaires.
— Comment votre ministère compte développer
les programmes scolaires, sachant que la plupart sont basés sur
l’apprentissage et le parcœurisme ?
— Il existe deux plans, l’un à court terme et
l’autre à long terme. Le plan à court terme a commencé avec le
cycle primaire et la méthode d’évaluation continue. Quant au
plan à long terme, il consiste à revoir les programmes de toutes
les matières depuis le cycle primaire jusqu’au cycle secondaire
pour que ces programmes ne soient plus basés sur le parcœurisme.
Sans doute ceci nécessite une formation des professeurs de
manière à les adapter aux nouvelles méthodes d’enseignement et à
l’usage de l’informatique.
— Parlons justement de la méthode de
l’évaluation continue. Elle suscite de nombreuses critiques.
Pourquoi, selon vous ?
— Cette méthode s’est heurtée à certains
problèmes l’année dernière. A cause d’elle, le fardeau s’est
alourdi sur le professeur et sur l’étudiant et par conséquent
sur les écoles. Nous sommes convaincus par cette méthode adoptée
dans le monde entier, mais certaines mesures rectificatives
seront effectives dès l’année prochaine. Il a été convenu de
réduire le nombre de livres à 4 pour la première deuxième et
troisième année du cycle primaire, et pour les matières
suivantes : arabe, religion, maths et langues étrangères. Le
reste des matières sera enseigné également, mais en tant
qu’activités. Le livre dans ce cas-là servira de guide pour le
professeur et non pas pour l’élève. La période consacrée aux
cours se prolongera pour s’étendre sur une heure et demie, de
manière à donner au professeur la possibilité d’exercer son
métier et à l’élève de mieux assimiler les enseignements.
— Existe-t-il une coordination entre le
ministère de l’Education et celui de la Main-d’œuvre, de manière
à adapter les programmes aux besoins du marché du travail ?
— Il y a une coordination entre le groupe
ministériel dit du développement humain qui regroupe les
ministères de la Main-d’œuvre, du Développement administratif,
de la Santé, de la Planification, de l’Enseignement supérieur et
de la Production militaire. L’objectif de ce groupe est de
réaliser une coopération entre les différents ministères afin
d’assurer un lien entre les diplômés et les besoins du marché.
Il s’agit également, entre autres, de promouvoir le niveau
professionnel des diplômés.
— Que pensez-vous des affirmations de
certains, selon lesquelles l’enseignement en Egypte fonctionne
selon les désirs de l’Administration américaine ?
— Je pense que c’est faux. Tous les
départements du ministère, depuis la planification, le suivi et
les politiques, adoptent ce qui est en harmonie avec les visions
purement égyptiennes. La notion de citoyenneté égyptienne est
prise en considération, mais ceci n’empêche pas le recours aux
programmes de coopération internationale pour se mettre à
l’ordre du jour à un nombre d’organisations telles que l’Aide
américaine, la Banque mondiale, l’Union européenne, l’Unesco,
l’Unicef et autres.
— Pour finir, quel est votre sentiment sur le
niveau général de l’enseignement en Egypte ?
— Je n’en suis pas satisfait. Notre objectif
en tant que ministère est de passer de l’étape de
l’apprentissage proprement dit à celui du savoir de la raison,
de l’esprit critique et de la créativité. Nous avons l’espoir
d’améliorer l’éducation par l’usage des technologies de
l’information et la formation des cadres afin de promouvoir tout
le système pré-universitaire de manière à nous adapter à
l’époque. Mon rêve est que chaque citoyen égyptien jouisse d’une
éducation de qualité qui réaliserait ses espoirs et ceux de ses
enfants.
Magda Barsoum