Al-Ahram Hebdo, Egypte | L'essence fait flamber l'hémicycle
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 12 à 18 juillet 2006, numéro 618

 

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Egypte
Parlement . La hausse éventuelle des prix du carburant, envisagée par le gouvernement, provoque un débat houleux entre les députés.

L'essence fait flamber l'hémicycle

« Est-il normal que l'Etat paye à chaque automobiliste la moitié de son carburant alors que nous avons besoin de construire des écoles et des hôpitaux ? ». Ces déclarations faites il y a quelques temps par le premier ministre, Ahmad Nazif, ne laissent que peu de doute sur les intentions du gouvernement qui cherche désormais à réduire les subventions étatiques sur les produits pétroliers comme l’essence et le gasoil.

La question fait désormais l'objet d'un débat parlementaire. « Ces subventions coûtent à l'Etat 23 milliards de L.E., ce qui accable son budget alors que nous souffrons d'un déficit budgétaire qui équivaut à 8 % du Produit national brut », lance Talaat Abdel-Qawi, député PND (Parti National Démocratique, au pouvoir). De plus, selon le gouvernement, ce lourd fardeau rend l’Etat incapable d'accroître son aide aux populations les plus démunies. « Il est donc illogique que l’Etat subventionne une catégorie de personnes possédant des véhicules de marques prestigieuses alors qu’une autre catégorie est privée des produits de première nécessité. Pourquoi le gouvernement fournit-il sans distinction des subventions à toutes les classes sociales alors qu’en principe les subventions visent les classes à revenus limités ? », se demande encore Abdel-Qawi.

En 2005, le gouvernement avait mis sur le marché deux nouvelles catégories de carburants (92 et 95 octanes) et retiré graduellement l'essence 80 et 90 octanes, moins coûteuse. Ce qui a été perçu comme un moyen dissimulé d'augmenter les prix des carburants. Ainsi, dans les quartiers aisés, il est très difficile de trouver l'essence la moins chère puisque dans ces quartiers toutes les stations-service vendent le 92 et 95 octanes au prix de respectivement 140 et 175 piastres le litre.

Malgré les déclarations des responsables gouvernementaux affirmant qu'une telle mesure ne serait prise qu'après une étude minutieuse pour ne pas affecter les plus démunis, l'opposition notamment de gauche, met en garde contre les conséquences d'une telle mesure si elle venait à être prise. « L'Etat est en train d'abandonner toutes ses responsabilités. Nous l'avons vu avec les privatisations et maintenant nous le voyons avec la suppression des subventions. Le gouvernement a déjà procédé d'une manière très rusée lorsqu'il a mis sur le marché l'essence 92 et 95 octanes juste après les réductions douanières en 2005. Il a déjà procédé de la sorte avec d’autres produits essentiels, comme les médicaments », explique Hussein Abdel-Razeq du parti du Rassemblement unioniste progressiste (gauche).

Le néo-Wafd, principal parti de la droite libérale, s'oppose lui aussi à la suppression des subventions sur les produits pétroliers. Selon Mahmoud Abdel-Alim, député du néo-Wafd, « l’Etat ne cherche qu'à accroître ses recettes aux dépens de la population », lâche Abdel-Alim. Et d’ajouter : « L’Etat entame des démarches pour augmenter les salaires, mais en même temps, il met en œuvre des mesures qui annihilent cette augmentation. C’est un cercle vicieux qui ne permet pas d’améliorer le niveau de vie des Egyptiens ».

Selon le premier ministre, l'Egypte est le seul pays arabe où le prix de l'essence n’a pas évolué depuis douze ans. Or, une hausse éventuelle des prix de l'essence provoquerait une hausse des prix des produits de consommation du fait que le carburant est un élément essentiel dans la production et les transports. Ainsi, les réactions au sein de la classe moyenne et défavorisée de la population sont nombreuses. « Une augmentation du prix du carburant aurait pour résultat l’augmentation du tarif des taxis. Conséquence : de nombreux citoyens préféreront utiliser d'autres moyens de transport, ce qui toucherait à notre gagne-pain », lâche un chauffeur de taxi. Les Egyptiens n’auront malgré tout d'autre choix que de payer bientôt plus cher leur essence.

Mirande Youssef

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