«
Est-il normal que l'Etat paye à chaque automobiliste la moitié
de son carburant alors que nous avons besoin de construire des
écoles et des hôpitaux ? ». Ces déclarations faites il y a
quelques temps par le premier ministre, Ahmad Nazif, ne laissent
que peu de doute sur les intentions du gouvernement qui cherche
désormais à réduire les subventions étatiques sur les produits
pétroliers comme l’essence et le gasoil.
La question fait désormais l'objet d'un débat
parlementaire. « Ces subventions coûtent à l'Etat 23 milliards
de L.E., ce qui accable son budget alors que nous souffrons d'un
déficit budgétaire qui équivaut à 8 % du Produit national brut
», lance Talaat Abdel-Qawi, député PND (Parti National
Démocratique, au pouvoir). De plus, selon le gouvernement, ce
lourd fardeau rend l’Etat incapable d'accroître son aide aux
populations les plus démunies. « Il est donc illogique que
l’Etat subventionne une catégorie de personnes possédant des
véhicules de marques prestigieuses alors qu’une autre catégorie
est privée des produits de première nécessité. Pourquoi le
gouvernement fournit-il sans distinction des subventions à
toutes les classes sociales alors qu’en principe les subventions
visent les classes à revenus limités ? », se demande encore
Abdel-Qawi.
En 2005, le gouvernement avait mis sur le
marché deux nouvelles catégories de carburants (92 et 95 octanes)
et retiré graduellement l'essence 80 et 90 octanes, moins
coûteuse. Ce qui a été perçu comme un moyen dissimulé
d'augmenter les prix des carburants. Ainsi, dans les quartiers
aisés, il est très difficile de trouver l'essence la moins chère
puisque dans ces quartiers toutes les stations-service vendent
le 92 et 95 octanes au prix de respectivement 140 et 175
piastres le litre.
Malgré les déclarations des responsables
gouvernementaux affirmant qu'une telle mesure ne serait prise
qu'après une étude minutieuse pour ne pas affecter les plus
démunis, l'opposition notamment de gauche, met en garde contre
les conséquences d'une telle mesure si elle venait à être prise.
« L'Etat est en train d'abandonner toutes ses responsabilités.
Nous l'avons vu avec les privatisations et maintenant nous le
voyons avec la suppression des subventions. Le gouvernement a
déjà procédé d'une manière très rusée lorsqu'il a mis sur le
marché l'essence 92 et 95 octanes juste après les réductions
douanières en 2005. Il a déjà procédé de la sorte avec d’autres
produits essentiels, comme les médicaments », explique Hussein
Abdel-Razeq du parti du Rassemblement unioniste progressiste
(gauche).
Le néo-Wafd, principal parti de la droite
libérale, s'oppose lui aussi à la suppression des subventions
sur les produits pétroliers. Selon Mahmoud Abdel-Alim, député du
néo-Wafd, « l’Etat ne cherche qu'à accroître ses recettes aux
dépens de la population », lâche Abdel-Alim. Et d’ajouter : «
L’Etat entame des démarches pour augmenter les salaires, mais en
même temps, il met en œuvre des mesures qui annihilent cette
augmentation. C’est un cercle vicieux qui ne permet pas
d’améliorer le niveau de vie des Egyptiens ».
Selon le premier ministre, l'Egypte est le
seul pays arabe où le prix de l'essence n’a pas évolué depuis
douze ans. Or, une hausse éventuelle des prix de l'essence
provoquerait une hausse des prix des produits de consommation du
fait que le carburant est un élément essentiel dans la
production et les transports. Ainsi, les réactions au sein de la
classe moyenne et défavorisée de la population sont nombreuses.
« Une augmentation du prix du carburant aurait pour résultat
l’augmentation du tarif des taxis. Conséquence : de nombreux
citoyens préféreront utiliser d'autres moyens de transport, ce
qui toucherait à notre gagne-pain », lâche un chauffeur de taxi.
Les Egyptiens n’auront malgré tout d'autre choix que de payer
bientôt plus cher leur essence.
Mirande Youssef