C’est
la hausse la plus importante de l’indice boursier depuis deux
mois. Et il a continué à grimper tout au long de la semaine qui
a suivi l’annonce, le 4 juillet, du succès remporté par la
société émiratie de télécommunications Etisalat et ses alliés
dans ses tentatives d’acquérir la licence du troisième réseau de
téléphonie mobile en Egypte.
Première bonne nouvelle pour le marché : la
nature même de l’alliance qui l’a emporté sur huit autres. Elle
regroupe la plus importante entreprise de télécoms de la région,
Etisalat, participant à hauteur de 66 % dans le capital du
troisième réseau (voir encadré), la performante Egypt Post (20
%), la Banque Al-Ahli, plus grande banque publique égyptienne
(10 %), et la banque CIB, plus grande privée (4 %). Une
coalition des grands.
Deuxième bonne nouvelle : le prix de la
licence a atteint, à travers une adjudication, 16,7 milliards de
L.E., à savoir le double des prévisions les plus optimistes, qui
tablaient sur quelque 8 milliards de dollars. Les prix des deux
premières licences obtenues consécutivement durant la seconde
moitié des années 1990 atteignaient ensemble 2,5 milliards de
L.E. ...
Troisième bonne nouvelle : le processus de
mise aux enchères pour déterminer le prix de la licence fut
transparent, contrairement à ce que plusieurs craignaient. Saleh
Nasser, analyste financier auprès de la société de courtage CIBC,
a salué cette transparence et a souligné que cela a eu des
effets positifs sur le marché, quadruplant la demande sur les
actions, par rapport à l’offre. « L’activité des étrangers a
atteint 29 % de la valeur totale des échanges, enregistrant 52
millions de L.E., avec un achat net de la part des étrangers »,
fait-il remarquer. Il rend hommage à la nouvelle relative au
troisième réseau : « Cette transaction a redonné la confiance
aux Egyptiens et aux étrangers, notamment les investisseurs
arabes après qu’ils eurent boudé le marché égyptien il y a trois
mois, c’est-à-dire depuis la chute de leurs marchés financiers
».
Tout cela s’est donc directement reflété sur
la performance de l’indice de la Bourse égyptienne, le Case 30.
Ce dernier, en chute libre depuis le 15 mars dernier, a
enregistré sa plus grande hausse depuis. Il a donc repris
haleine, récupérant le niveau de capitalisation enregistré en
janvier dernier.
La capitalisation, qui reflète les cours des
actions, a dépassé, le lendemain de la nouvelle, un milliard de
L.E. contre 373 millions de L.E. la semaine précédente. Cet
essor inattendu des cours a poussé le Case 30, qui est monté en
flèche, enregistrant 5 371 points la semaine dernière, contre 4
772,78 points une semaine avant, soit une hausse de 12,5 %. Bien
qu’il ait légèrement fléchi dimanche 9 juillet à la suite de
ventes dues à la hausse des cours, il a repris sa hausse, lundi
pour clôturer à 5 360,67 points. L’activité des transactions a
également profité de cette embellie, reflétée par le volume des
échanges qui a plus que doublé, enregistrant 13,7 millions
d’actions lundi, contre 5,9 millions quelques jours avant la
mise en enchères de la licence du troisième réseau de portable.
Ce retour d’activité à la Bourse a été
particulièrement marqué dans le secteur des télécommunications.
Nasser, lui, note que la chose la plus importante est que cette
transaction a permis une réévaluation de tout le secteur, morose
depuis 3 mois, élevant le cours de ses actions.
Telecom Egypt profite de la vague
Le cours des actions du secteur des
télécommunications a en effet connu une hausse considérable par
rapport à celui d’il y a trois mois, avant la conclusion de la
transaction. L’exemple le plus flagrant est celui de l’action de
Telecom Egypt, l’unique opérateur public de ligne fixe, qui
s’était allié à Telecom Italia pour tenter en vain de remporter
la licence du troisième réseau. Son cours a cependant grimpé de
9,17 %, enregistrant 12,74 L.E. l’action jeudi dernier. L’action
a atteint lundi 10 juillet 13,46 L.E., enregistrant une hausse
de 0,34 %.
Telecom Egypt a d’ailleurs choisi ce moment
d’euphorie boursière pour annoncer son intention d’investir avec
Vodafone — second réseau de portable dont elle détient le quart
des actions — dans d’autres domaines, notamment celui de
l’Internet à haut débit, ADSL. Cette nouvelle a été appuyée par
une rumeur selon laquelle TE négocierait avec Vodafone pour
augmenter sa part à 45 %. Ce qui a fait grimper son cours. Oqeil
Béchir, PDG de TE, interviewé par l’Hebdo, n’a pas voulu
confirmer cette rumeur.
L’action d’Orascom Telecom, elle aussi, a
augmenté atteignant 356,99 L.E. le lundi 10 juillet. Quant à
celle de Vodafone Misr, elle a repris 1,7 %, atteignant 92,7 L.E.
Pareillement, son concurrent, MobiNil, détenant un peu plus de
la moitié du marché, a enregistré une hausse de 3 %, à 160,59
L.E.
Et cette onde d’optimisme s’est étendue aux
autres secteurs, ce qui fait dire aux investisseurs que l’indice
continuera sur cette hausse. « L’indice pourrait facilement
atteindre 6 000 pts, même en dépit d’une probable vague de vente
», prévoit Karim Abdel-Aziz, l’analyste financier auprès de la
Société Ahli pour la gestion des fonds d’investissement.
Il ajoute que la hausse de l’indice a mis fin
au climat d’angoisse qui a régné sur les investisseurs,
notamment les petits porteurs.
Ainsi, presque tous les secteurs ont connu
une hausse, notamment les actions traditionnellement les plus
actives : l’action d’Al-Arabiya pour l’égrenage du coton a
clôturé lundi à 10,42 L.E., contre 9,75 L.E. la semaine
précédente. L’action EFG-Hermes a atteint 33,99 L.E. lundi,
contre 29,94 L.E. la semaine précédente, bien que la société EFG-Hermes
soit sortie de la mise en enchères. De même, l’action d’Orascom
des industries de construction a connu une hausse de 8,44 % la
semaine dernière, arrivant à 199,8 L.E. Et elle a continué sa
hausse lundi dernier pour atteindre 201,04 L.E. De même que
l’action d’Orascom Hôtellerie et développement a connu une
hausse de 8,25 %, atteignant 30,85 L.E. l’action. Puis elle est
montée à 31,83 L.E. lundi 10 juillet.
Enfin, Ahmad Helmi, analyste financier auprès
de Prime Securities, note que l’injection de 16,7 milliards de
L.E., coût de la licence du troisième réseau, dans le budget de
l’Etat aura des effets rafraîchissants sur l’économie tout
entière, en diminuant le déficit budgétaire ou en finançant
d’avantages d’investissements publics.
Dahlia Reda