jusqu’où
ira Israël ? Et quelles sont les répercussions de sa politique
militaire ? Telles sont les deux questions qui se posent
actuellement à la suite du refus israélien du cessez-le-feu
offert par le premier ministre palestinien, Ismaïl Haniyeh « sur
la base d’un arrêt bilatéral de toutes les opérations militaires
» entre Israël et les Palestiniens. L’Etat hébreu se dit donc
déterminé à poursuivre ses raids et ses incursions dans la bande
de Gaza jusqu’à la réalisation de son objectif. Les responsables
israéliens l’ont une fois de plus répété lundi, alors que
l’opération israélienne entre dans sa troisième semaine. « Le
champ des opérations dans la bande de Gaza ne permet pas
d’obtenir une victoire rapide (...). Nos actions vont devoir se
prolonger, et il faudra de la patience », a affirmé le ministre
de l’Intégration des nouveaux immigrants, Zeev Boïm, laissant
entendre une poursuite des combats. Ce que son homologue à la
Défense, Amir Peretz, avait déjà annoncé la veille, lors de la
réunion hebdomadaire du gouvernement. « Jusqu’à maintenant, il
n’y a pas eu succès mais nous devons faire preuve de patience et
de retenue », a-t-il déclaré. Le gouvernement israélien a de
même réitéré son refus de négocier avec les ravisseurs ainsi que
de tout échange de détenus palestiniens. Réponse du chef du
bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal : « Pas de solution à
la crise sans un échange » de prisonniers entre Israël et les
Palestiniens. « Cette position fait l’unanimité chez les
Palestiniens. Personne n’acceptera une libération du soldat
israélien sans contrepartie », a déclaré Mechaal, ajoutant
toutefois ne pas vouloir l’escalade. Citant les médiations de
l’Egypte, du Qatar, de la Turquie et de certains pays européens,
il a indiqué que tous ces bons offices « se sont heurtés à
l’obstination israélienne ».
Intransigeance et refus de toute négociation.
Avec un tel comportement israélien, il est difficile d’imaginer
un règlement ou même un arrêt des hostilités. De quoi se
demander si la libération du soldat israélien enlevé le 25 juin
par un commando palestinien est le véritable objectif des
attaques et des incursions qui peuvent être qualifiées d’une
véritable guerre contre les Palestiniens et sur les buts réels
qui se cachent derrière cette question de libération. S’agit-il
d’une volonté de réoccuper la bande de Gaza après s’être retiré
en septembre 2005 ? Les politologues écartent cette hypothèse
mais estiment qu’Israël ira encore plus loin dans son escalade
pour humilier l’Autorité palestinienne aussi bien que le
gouvernement de Hamas. « Israël s’est rendu compte du fait que
le contrôle de la bande de Gaza lui est beaucoup plus facile de
l’extérieur que de l’intérieur. L’armée entrera pour détruire
l’infrastructure et essayer de mettre un terme aux tirs de
roquettes et sortira aussitôt. En fait, si l’on tient compte des
ministres et des parlementaires qui ont été enlevés par l’Etat
hébreu, on pourra assurer que c’est une offense contre le
gouvernement palestinien. Et tant qu’il n’y aucune partie pour
stopper Israël, il poursuivra sa politique », souligne Emad Gad,
rédacteur en chef de Israeli Digest.
C’est ce qu’a assuré également le porte-parole
du Hamas, Sami Abou-Zohri, qui a déclaré que les chars
israéliens se trouvaient autour de Gaza avant même la capture du
soldat. « Les ennemis veulent mettre à genoux le peuple et le
gouvernement. La preuve en est qu’Israël n’a pas présenté des
demandes pour libérer les ministres enlevés et refuse même toute
négociation sur le dossier des prisonniers palestiniens », a-t-il
dit.
Pour d’autres, l’élimination du gouvernement
palestinien actuel est certes une des priorités israéliennes,
mais elle n’est qu’une étape dans un agenda qui cherche à
préparer le climat pour l’application de la politique du premier
ministre, Ehud Olmert, qui veut mettre en œuvre des mesures et
des solutions unilatérales.
Un désastre humanitaire
Les répercussions immédiates de la politique
israélienne se manifestent sur deux niveaux, l’un politique et
l’autre humanitaire. Politiquement parlant, la déléguée générale
de la Palestine en France, Hind Khoury, a mis en garde contre le
risque d’effondrement de l’Autorité palestinienne après
l’arrestation par Israël de 64 parlementaires. D’autre part, les
crimes israéliens n’entraîneront que davantage de durcissement
du côté des factions palestiniennes. Depuis le début de
l’opération, 17 roquettes palestiniennes ont été tirées sur
Israël, blessant légèrement trois personnes. « Nous tirons deux
fois plus de roquettes (contre Israël) qu’avant l’opération »
militaire israélienne, a affirmé Abou-Obaïda, un porte-parole
des Brigades Ezzeddine Al-Qassam, la branche armée du Hamas.
Sur le plan humanitaire, Gaza est au bord
d’un désastre. Le bombardement, le 28 juin, par les Israéliens
de la seule centrale électrique de la bande de Gaza a eu un
impact « d’une portée incalculable » sur les hôpitaux et les
systèmes d’égouts et de distribution de l’eau du territoire.
La Fédération Internationale des Droits de
l’Homme (FIDH) a exhorté dimanche le Conseil de sécurité de
l’Onu à intervenir face à la « situation dramatique » qui
prévaut dans la bande de Gaza, en l’appelant notamment à envoyer
une « force internationale d’interposition ». Elle a appelé le
Conseil de sécurité à réclamer aux autorités palestiniennes la
libération du soldat israélien et à enjoindre Israël de
respecter le droit international et les droits de l’homme, «
avec pour conséquence de cesser immédiatement son opération »
militaire et de « libérer sans condition » les personnels
politiques palestiniens arrêtés.
Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan,
avait de même réclamé samedi l’accès immédiat du personnel et de
l’aide humanitaire de l’Onu à la bande de Gaza. Requêtes restées
sans réponse.
Rania Adel