« Papa Abdou », cette appellation permet de
reconnaître toujours ce comédien, metteur en scène et peintre :
Abdel-Moneim Madbouli. Ce vétéran d’art ne sourira plus devant
les caméras ni devant le public, parce qu’il vient de nous
quitter dimanche dernier à l’âge de 84 ans. Avec plus de 200
feuilletons et pièces de théâtre, Madbouli a connu toujours une
vie pleine de travail ardu sur scène et de rire. Il avait
d’ailleurs un style consacré, sur les planches, que les
critiques s’accordaient à appeler le « madboulisme », où le
comédien se prêtait à un style d’improvisation et de délire sur
scène arrachant le fou rire du public.
Comme Charlie Chaplin, Madbouli n’a pas connu
une enfance heureuse. Elle était marquée par la mort de son père
et la pauvreté. Il cherchait refuge dans les mouleds (commémoration
d’un saint) et les salles de théâtre. Il adorait les comédiens
Naguib Al-Rihani et Youssef Wahbi. Et à16 ans, il joignit la
troupe théâtrale de Georges Abiad où il jouait un tout petit
rôle dans la pièce La Victime. En fait, Abiad voyait dans ce
jeune talentueux un vrai tragédien. Pourtant, Madbouli est
devenu un grand comique. En fait, on dirait qu’il s’agissait
d’une seconde nature chez lui. On l’a relevé notamment après le
succès immense d’un célèbre programme comique à la radio « Saa
li albak » qu’on traduirait une heure pour rire de bon cœur, où
il était l’une des stars. En 1952, il fonde le « théâtre libre
», où il a présenté des pièces signées par des grands écrivains.
Sur scène, il satisfaisait sa passion et insistait à faire rire
le public.
Son feuilleton de télévision Mes Chers
enfants, merci, diffusé en 1979, a bien marqué sa carrière de
comédien. Dès lors, Madbouli est devenu pour tout le monde le
vrai symbole de l’amour paternel : papa Abdou, comme on le
surnommait dans le feuilleton. L’âge ne l’a jamais empêché de
jouer. Malade, il a interprété le rôle du roi mi-sage, mi-sénile
dans la pièce, de Mohamed Salmawy, La Dernière danse de Salomé.
Ces derniers temps, il a joué dans le film
Sayyad al-yamam (Pêcheur des tourterelles), d’Ismaïl Mourad,
avec Achraf Abdel-Baqi et Ola Ghanem, et a participé à la pièce
de théâtre de Nasser Abdel-Moneim, West al-balad (centre-ville).
Juste il y a quelques mois, il a exposé publiquement ses propres
peintures. Et préparait à tourner un nouveau rôle pour la
télévision et encore à jouer sur scène. Avec sa génération,
c’est toujours l’art jusqu’au dernier souffle.
May Sélim