«
Le miracle de la beauté en Egypte ». Le titre peut paraître un
peu énigmatique ou un peu fourre-tout, d’autant plus que les
œuvres exposées n’ont rien d’égyptien, excepté deux peintures,
accrochées à l’entrée, des classiques Pyramides et du Sphinx. «
Il s’agit plutôt du miracle de la beauté des œuvres japonaises
exposées en Egypte », souligne Ihab Al-Labbane, directeur de la
galerie Ofoq, ajoutant d’ailleurs que cette exposition s’inscrit
dans le cadre d’un grand projet selon lequel les œuvres
d’artistes japonais feront le tour du monde. A chaque fois, le
titre change alors en fonction du pays d’accueil.
Le choix des artistes ne relève aucunement du
hasard. Ils sont tous lauréats de prix égyptiens, décernés lors
des années précédentes : le prix du Sphinx, le prix du ministère
de la Culture, le prix de Louqsor pour l’art, le prix du Nil,
etc. Et ont choisi majoritairement pour thème le paysage
japonais, diversifiant les techniques : entre peinture
occidentale et peinture japonaise, qui consiste à employer la
traditionnelle laque colorée. Apparu au XIIIe siècle sous la
dynastie des Shoguns, ce vernis fut d’abord exclusivement
d’usage dans l’art religieux. Et c’est au XVIIe siècle que la
laque a commencé à se vendre sur les marchés pour être aussi à
la portée des artistes profanes. Un fait qui n’est pas sans
miroiter une certaine fermeture aux cultures et influences
étrangères.
La peinture de Shibata Chikudo Traditional
Japaneese Picture of Every Day Life in the Edo Period (Image
traditionnelle de la vie de tous les jours sous la période Edo)
est l’exemple le plus concret de cet esprit. En laque, cette
peinture se divise en trois plans : un plan horizontal, avec le
soleil levant synonyme du Japon, et deux plans verticaux où se
croisent les regards de deux Japonaises. Mis à part les couleurs
vivement typiques, la structure même de la peinture est assez
intéressante. Elle constitue une sorte de triangle invisible,
liant ces trois éléments et les plaçant au centre du champ
optique.
L’œuvre de Kobayashi Toshii Messenger (Messager)
se fait remarquer de par les émotions qui s’en dégagent et les
traits de ses trois personnages : une femme portant son bébé sur
le dos et laquelle protège son autre enfant de la tempête. Le
blanc qui couvre presque tout le tableau avec des infiltrations
de gris, ainsi que les couleurs des vêtements variant entre le
violet, le jaune et le marron, intensifient la sensation du
froid.
Par ailleurs, le style occidental de la
peinture est dominant, qu’il s’agisse de peinture à l’huile ou
de fresque. Les pigments de la couleur pénètrent la masse pour
dépeindre des paysages japonais, comme dans la peinture de Niwa
Yoshiharu Night Cherry Tree (Cerise nocturne) avec une maison
traditionnelle au milieu d’un terrain vague. Une autre artiste,
Nishiyama Hiroshu, présente le coucher du soleil à travers les
arrière-cours, dans sa peinture Sunset of the Back Streets avec
également une maison japonaise se détachant parmi les couleurs
tumultueuses de la ville.
Hayashi Kano et Nemoto Tado dépeignent les
montagnes : le premier avec une touche réaliste, alors que le
second se veut beaucoup plus surréaliste, avec ses montagnes
brumeuses où fusionnent le blanc, le jaune, le bleu et le vert.
Tandis que Watanabe Yoshiko, dans Daffodil (Narcisse),
met l’homme en relation avec la nature, transformant l’immense
chevelure de la jeune fille en tiges ramifiées.
La salle de la galerie Ofoq est bien étoffée
par les œuvres japonaises regroupant, entre autres, des natures
mortes, des calligraphies à l’encre de chine et une seule
sculpture signée Tonoshima Masae, intitulée Lonely Light (La
Lumière unique).
Une importante exposition, sans doute, qui ne
présente cependant pas l’art japonais dans son ensemble. Le
public reste sur sa faim, ne sachant toujours pas ce qu’il en
est des nouvelles tendances japonaises. Les influences de l’art
contemporain, notamment après les traumatismes des 50 dernières
années, bombes atomiques, crise économique, etc., sont passées à
la trappe.
Lamiaa Al Sadaty