Fusion
entre flamenco et musique orientale, c’est ce que propose la
troupe Flamenca, en ce moment l’unique du genre en Egypte.
Fondée en 2002, Flamenca se compose de huit
jeunes musiciens de formations différentes. Ils jouent tous en
uniforme : pantalon beige et chemise blanche, sous la conduite
du guitariste Waël Khedr, fondateur de la troupe et compositeur
de ses chansons. Ainsi, apparaît-il sur scène entouré de Amr
Darwich au violon, Raafat Farhata au kawala (variété de flûte),
Omar Al-Touli au piano et de ses amis soudanais Seiffel-Dawla
(percussions) et Ahmad Charhabil (guitare). Le chanteur vedette
de la troupe, Ahmad Samir, se distingue, lui, par ses
improvisations proches des mouachahats andalouses. « Le flamenco
est un genre typiquement espagnol et, pour être plus exact, un
art provenant du sud de l’Espagne. S’il est certain que les
Gitans ont écrit une part importante de la genèse du flamenco,
il ne faut pas oublier l’apport considérable de la tradition
andalouse et de ses chants populaires. Bien sûr, de nombreux
autres peuples ont contribué à la forme finale du flamenco
actuel. Et cela n’a rien de surprenant dans un pays où de
multiples cultures et civilisations se sont succédé ou ont
cohabité au fil des siècles. Tous ces apports, directs ou
indirects, ont influencé le flamenco », explique Waël Khedr.
Pour toucher un public plus large, Khedr a
essayé d’adapter le rythme compas, très caractéristique du
flamenco, l’amalgamant à des rythmes orientaux et le soutenant
par des influences des mouachahats andalouses, à la fois
rythmique et émouvant. Les paroles chantées sont en égyptien
dialectal et nous proviennent de jeunes auteurs. « Au lieu de
recourir à des poètes célèbres du dialectal, comme de coutume
ces derniers temps, j’ai préféré donner la parole à des jeunes
comme moi », ajoute Khedr.
Prolifique, la troupe tente de satisfaire
tous les goûts, afin de se faire une place. Ceux qui
affectionnent le moderne, mais aussi ceux qui se penchent vers
l’ancien. « Recourir à des maqamats — modes — et au quart de
ton, lesquels caractérisent les airs orientaux, nous attribue
une plus large audience ». Cela est, on ne sait jamais quand la
musique espagnole est interrompue ou doublée par une autre à
l’allure plus orientale. Le spectacle est insolite.
Outre l’usage du quart de ton dans les
mélodies, Flamenca a eu l’idée de présenter le « Flamenco
nouveau », fusionnant flamenco et jazz. On introduit alors
d’autres instruments (saxo, basse, cajón). « Notre musique est
moderne, sans être assourdissante. Elle a un sens, contrairement
à celle des vidéoclips et ses rythmes haletants très en vogue »,
dit-il. Un air plus rêveur se dégage de cette musique qui se
proclame « anti-clips ». Pourtant, les membres de la troupe se
préparent à tourner un documentaire de drama-clip dans les sites
historiques des quatre coins de l’Egypte.
Récemment, lors du vernissage de l’exposition
sur l’art japonais à la galerie Ofoq, ils ont dû jouer une
composition japonaise adaptée à la musique du flamenco.
Et durant un autre concert, ils ont invité un
musicien irlandais pour jouer à la mandoline irlandaise. Dans un
troisième, ils ont collaboré avec une danseuse mexicaine … Que
de zestes de nouveauté ! .
Névine Lameï