Al-Ahram Hebdo, Afrique | Kampala prend langue avec la rébellion
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 Semaine du 12 à 18 juillet 2006, numéro 618

 

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Afrique

Ouganda . Le gouvernement et la rébellion de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) entament ce mercredi 12 juillet leurs premières négociations de paix. Mais les Ougandais sont sceptiques sur les chances d’aboutissement de ces pourparlers.

Kampala prend langue avec la rébellion

Le gouvernement ougandais et les rebelles de l’Armée de résistance du seigneur (LRA) doivent commencer, ce mercredi 12 juillet au sud du Soudan, des négociations visant à mettre fin à près de 20 ans de guerre civile brutale dans le nord de l’Ouganda. Les deux parties se rencontrent à Juba, capitale de la région autonome du sud du Soudan — qui sert de base à la LRA opérant dans le nord de l’Ouganda voisin —, grâce à la médiation du numéro deux du gouvernement du Sud-Soudan, Riek Machar.

Ce dernier s’est félicité de la décision du président ougandais Yoweri Museveni de garantir une amnistie totale au chef de la LRA, Joseph Kony — recherché par la Cour Pénale Internationale (CPI) —, en cas de succès des négociations. M. Museveni « a été plus loin que nous ne nous y attendions », a commenté M. Machar, pour qui cette proposition « est un très bon geste » pour le succès des pourparlers. Le 4 juillet, le chef de l’Etat ougandais a annoncé être prêt à accorder une amnistie totale à Joseph Kony qui avait proposé de faire la paix avec le gouvernement de Kampala et de mettre un terme à la guerre civile, dans une vidéo rendue publique le 24 mai. Connue pour ses atrocités sur les civils, la LRA cherche à renverser le président ougandais Yoweri Museveni qu’elle prétend remplacer par un régime basé sur les Dix commandements de la Bible.

L’offre du chef rebelle ougandais peut s’expliquer par un changement de la donne régionale : la conclusion fin janvier 2005 d’un accord de paix entre le gouvernement de Khartoum et le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), ex-rébellion au Sud-Soudan, qui sert de base à la LRA. Depuis, le SPLM s’est engagé à repousser l’Armée de résistance du seigneur hors du Sud-Soudan. L’application de l’accord Khartoum-SPLM — pour l’instant en bonne route — est synonyme de rétablissement de la stabilité au Sud-Soudan, et d’expulsion possible des rebelles de la LRA de cette région où ils bénéficiaient de la bienveillance des forces gouvernementales de Khartoum.

Scepticismes

Les négociations qui commencent ce mercredi laissent cependant sceptiques les Ougandais et l’armée régulière qui croient à une tactique bien établie du mouvement rebelle. Dans le nord ravagé par la guerre civile, les habitants ne cachaient pas leur manque d’enthousiasme face à l’offre de paix de Joseph Kony. « Nous attendons de voir si les paroles seront suivies d’effets », déclare un habitant de la région de Gulu (nord), l’épicentre de la sanglante rébellion lancée en 1988. « Les habitants ici ne sont guère enthousiastes. Quand vous voyez le même processus se reproduire de nombreuses fois et qu’au final, la situation reste en l’état, vous ne prenez pas cela (les déclarations de Kony) avec l’engouement auquel on pourrait s’attendre », ajoute-t-il. De nombreux Ougandais assuraient avoir déjà entendu le discours de Kony par le passé et ne portaient donc qu’un intérêt limité à sa proposition de paix.

L’armée ougandaise est autant circonspecte. Joseph Kony « a été défait militairement et à présent il parle de pourparlers de paix », estime le lieutenant Chris Magezi, porte-parole de l’armée régulière pour le nord du pays. « Il (Kony) recherche toujours la paix quand il est au pied du mur. Nous espérons que ce n’est pas le cas cette fois-ci », poursuit le militaire.

Le scepticisme des Ougandais s’explique par le fait que le conflit entre l’armée et la rébellion est « lucratif pour certaines personnes », explique Mgr John Baptist Odama, archevêque de Gulu. Charles Otema, à la tête des renseignements militaires dans le nord, « se fait beaucoup d’argent avec la guerre », selon des sources concordantes. Il possède notamment le plus grand hôtel de Gulu. « Le nombre de soldats payés est supérieur au nombre de soldats sur le terrain », affirme Mgr Odama, selon qui « des officiers bien placés » s’enrichissent ainsi.

Il y a aussi un certain degré de sympathie locale pour la LRA. Les Acholi (tribu majoritaire du nord) ont toujours été contre Yoweri Museveni, le président ougandais. La guerre a commencé en 1986, date de la prise de pouvoir par M. Museveni, originaire de l’ouest, alors que le pays avait jusqu’à présent été essentiellement dirigé par des hommes du nord. « Même si la LRA enlève des enfants, des Acholi sont au moins contents que la LRA donne du fil à retordre à Museveni », affirme un spécialiste de l’Ouganda. La LRA est tristement célèbre pour avoir enlevé plus de 20 000 enfants, contraints de devenir des combattants ou des esclaves sexuels. Les rebelles ont commis les pires exactions contre la population civile, qui les surnomme les otontong (coupeurs) parce qu’ils mutilaient à la machette ceux qu’ils accusaient de collaborer avec l’armée régulière. Environ 2 millions de personnes sont actuellement déplacées par le conflit, et environ 1,7 million d’entre elles vivent dans des camps où elles dépendent de l’aide humanitaire.

Hicham Mourad

 




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