Ahmès-Néfertari
(1570-1495 av. J.-C.) est une reine énigmatique et ses
représentations suscitent toutes sortes de commentaires. Portait.
Ahmès-Néfertari, le nom signifie « Née du
dieu-lune, la plus belle des femmes ». Elle est la fille du roi
Séqénenré Tao II. C’est une des figures féminines dominantes de
l’histoire de l’Egypte ancienne. Issue de la famille régnante
qui libéra l’Egypte des envahisseurs hyksos, elle prend la
relève des deux autres reines célèbres : sa grand-mère Tétishéri
et sa mère Ahhotep 1re, mais sa popularité dépassera la leur.
Elle épouse son frère Ahmosis et, avec lui, fonde la XVIIIe
dynastie qui marque le passage au Nouvel Empire, période
prospère qui durera 500 ans.
Le début de ce règne est marqué par la fin de
la domination hyksos et par la réunification du Nord et du Sud
de l’Egypte.
Le couple royal a plusieurs enfants dont un
fils, le futur Amenhotep. Principale épouse du pharaon,
Ahmès-Néfertari est aussi sa proche conseillère. Elle reçoit le
titre de « Second prophète d’Amon », qui n’avait jamais été
attribué à une femme, fut-elle d’origine royale. En l’an 18 (ou
22) du règne d’Ahmosis, elle renonce à ce titre pour prendre
celui de « Divine épouse d’Amon » (Hemetnetjer), qu’elle est la
première à porter. En traduction littérale, « hemet » signifié «
servante » mais doit être compris ici comme « épouse ».
Le terme symbolise l’esprit féminin qui doit
veiller aux vertus créatrices du dieu. L’épouse devient
l’intermédiaire privilégié auprès du dieu dynastique « Amon ».
Cette nomination est assortie d’une dotation qui lui permet
d’entretenir l’institution religieuse et économique qu’elle
fonde. Ce domaine, attaché à sa fonction, comporte des terres
mais aussi la personne nécessaire pour l’administrer : cette
histoire nous est connue grâce aux débris d’une stèle qui furent
découverts dans le troisième pylône du temple de Karnak et qui,
après reconstitution, livrèrent ce récit.
Après la mort de son époux, elle devint
régente car son fils Amenhotep, héritier du trône, est trop
jeune pour régner.
La reine joue un rôle important dans
différents domaines, en plus de son rôle religieux. Elle a une
action économique en prônant la remise en exploitation de
carrières (calcaire à Memphis et d’albâtre près d’Assiout).
Elle participe, probablement, aux
constructions religieuses d’Ahmosis, quand il décide la
construction, à Abydos, d’un cénotaphe pour sa grand-mère,
Tétisheri. Ahmosis explique, sur une stèle, comment il demande
l’approbation des plans par Ahmès-Néfertari. Il est probable
qu’elle ait collaboré avec son fils Amenhotep Ier et quelques
prêtres à la rédaction du « Rituel du culte divin journalier »
qui définit les rites que le pharaon doit effectuer chaque jour
lors de l’éveil du dieu dans le « naos » du temple, où, seul, il
peut pénétrer.
Toujours en collaboration avec son fils, elle
décide de remettre de l’ordre dans les nécropoles des pharaons.
Ahmès-Néfertari veut regrouper les tombeaux des futurs
souverains défunts et son projet aboutira à l’aménagement de la
Vallée des Rois, surmontée par la montagne pyramidale. La
réalisation de ce plan nécessita la création d’un groupe
d’artisans, les « ouvriers de la tombe », qui se regroupèrent
dans le village de Deir Al-Médineh.
Il n’est pas étonnant qu’ils furent
reconnaissants à la reine, inspiratrice du projet, et qu’ils la
vénérèrent comme une divinité protectrice. On la voit sur de
nombreuses stèles et dans les chapelles de nobles thébains,
portée en procession (en compagnie de son fils) au cours de la «
Belle fête de la Vallée ». Lors de cette fête, la procession
visitait les temples jubilaires des pharaons et s’arrêtait dans
le temple funéraire d’Ahmès-Néfertari. Celui-ci se trouvait à
Dra Aboul-Naga, face à Karnak, et devint un lieu de pèlerinage
pendant toute l’époque ramesside. La statue de la reine, en bois
recouvert de bitume et coiffée de hautes plumes, se trouvait
dans le saint des saints. La souveraine y était représentée
tenant les sceptres des pharaons : le fouet et le crochet.
Une autre fête se déroulait aussi chaque
année, les 14e et 15e jours du mois de « shemour » ; elle
s’appelait « La sortie fluviale d’Ahmès-Néfertari ». Son effigie
était placée sur sa barque funéraire et se rendait par voie
d’eau au temple de son fils Aménophis Ier. L’image de celui-ci,
dans son palanquin, l’attendait devant le pylône sur le quai.
Cette cérémonie gratifiait les artisans de la nécropole de deux
jours de congé.
Des représentations sources de différend
De
nombreuses représentations d’Ahmès-Néfertati la montrent avec la
peau noire. On se demandait si elle n’était pas d’origine
nubienne. La découverte de sa momie dans la cachette de Deir Al-Bahari
permit d’affirmer qu’elle avait la peau blanche. Pourquoi donc
cette coloration noire ? Il faut rappeler que dans la symbolique
égyptienne, le noir représente la régénération par laquelle
l’âme va pouvoir revivre dans l’au-delà. C’est aussi la couleur
du dieu Anubis. Ce dieu Anubis qui conduit les ressuscités dans
l’au-delà. Loin d’être la couleur de la mort, le noir évoque les
potentialités créatrices qui vont conduire à une nouvelle
existence, à la résurrection. La momie de la reine confirme
qu’elle vécut jusqu’à un âge avancé. Effectivement, elle meurt
au début du règne de Thoutmousis Ier.
Ici, nous nous permettons une petite anecdote
à propos de sa momie racontée par Joyce Tyldesley : « La reine
Ahmès-Néfertari, morte à un âge avancé, était pratiquement
chauve ; elle fut enterrée avec une perruque formée de petites
nattes, fournie par les embaumes qui souhaitaient, sans doute,
lui épargner l’humiliation de faire son entrée dans l’au-delà
affligée d’une calvitie disgracieuse ». Cette anecdote de J.
Tyldesley est extraite de son œuvre intitulée Les Femmes dans
l’ancienne Egypte.
La découverte d’environ 70 scarabées à son
nom, de nombreuses stèles sur lesquelles elle est représentée,
des statuettes à son image, d’objets rituels qui lui sont dédiés,
ainsi que la présence dans une cinquantaine de scènes peintes
dans les tombes ... prouvent à suffisance le culte dont elle fut
l’objet pendant de très longues années.
Gisèle Boulad