Du
Mexique à l’Allemagne, l’Afrique est restée fidèle à sa
réputation. Un de ses représentants a réussi à franchir le seuil
du premier tour des six dernières éditions de la Coupe du monde.
Le Ghana succède au Sénégal de 2002 (quart de finaliste), au
Nigeria de 1998 et 1994 (8e de finaliste), au Cameroun de 1990
(quart de finaliste) et au Maroc de 1986 (8e de finaliste). Les
Black Stars ont constitué la bonne surprise pour le continent
noir, d’autant plus que l’exploit était plutôt attendu du côté
de la Tunisie, qui semblait avoir les meilleures chances des 5
représentants présents à cette Coupe du monde, et qui évoluait
dans un groupe relativement facile. Ce dernier comprenait
l’Espagne, l’Ukraine et l’Arabie saoudite. La Côte-d’Ivoire,
moins chanceuse, devait se dépêtrer dans le groupe dit « de la
mort », l’un des plus difficiles de l’histoire de la Coupe du
monde, comprenant l’Argentine, les Pays-Bas et la Serbie. Quant
aux deux néophytes, le Togo et l’Angola, qui n’ont ni les moyens
ni les qualités requises pour être au niveau de la concurrence
dans une telle compétition, avaient peu parié sur eux.
D’une manière globale et malgré tout, on peut
dire que la performance des Africains n’était pas médiocre,
ayant réalisé 3 victoires, 3 nuls et 9 défaites.
Mais ces prestations ne sont pas à même de
marquer l’ascension africaine tant attendue. En 1986, Pelé avait
prédit : « Une équipe africaine remportera un jour la Coupe du
monde. Et ce sera avant la fin du XXe siècle ». Vingt ans se
sont écoulés et toujours rien. Pire, les Africains semblent même
loin du but. Et pourtant, le monde s’attendait à des éclats
venant de ce continent, ses vedettes ayant envahi l’Europe et
étant devenues même parmi les plus chères de la planète ; citons
Michael Essien (Ghana), Didier Drogba, Salomon Kalou
(Côte-d’Ivoire), John Obi Mikel (Nigeria), Samuel Eto’o (Cameroun)
et beaucoup d’autres encore.
Pourquoi donc ce ralenti ? Eh bien, les
raisons son plus que multiples. Contrairement à toutes les
confédérations, la Confédération Africaine de Football (CAF) ne
qualifie pas ses meilleurs éléments pour la plus prestigieuse
compétition de la planète. Des petites nations, telles que le
Togo et l’Angola, ont été au cœur de l’action tandis que des
équipes, telles que l’Egypte, championne d’Afrique 2006, le
Cameroun, force dominante du continent lors de ces dernières
années, le Sénégal, auteur de l’exploit de 2002, les Lions de
l’Atlas de Hadji et Chamakh ou encore le Nigeria de Jay Jay
Okocha et Obafemi Martins, ont dû suivre les matchs devant le
petit écran. Ce système de cinq groupes et d’un seul qualifié ne
laisse pas de chances aux équipes au cas où elles feraient un
faux pas.
Ce qui est très courant en Afrique, surtout
pour les grandes nations qui ont des vedettes éparpillées dans
les meilleurs clubs européens, qui ne libèrent leurs joueurs que
très difficilement pour les matchs de qualification. Imaginons
un instant que quelques-unes de ces équipes furent présentes au
Mondial. Elles auraient sûrement laissé une empreinte pour
compenser la malchance et le manque d’expérience de leurs
collègues.
Manque de plans à long terme
Quoi d’autre encore ? Nous dirons le manque
de plans à long terme. En effet, il est rare de trouver en
Afrique des programmes quinquennaux ou à plus long terme, à
quelques exceptions près, notamment la Côte-d’Ivoire. «
Contrairement à ce que tout le monde peut penser, la
Côte-d’Ivoire possède une très bonne organisation du jeu qui m’a
beaucoup impressionné », a déclaré Henri Michel, sélectionneur
des Eléphants et ancien sélectionneur de France, du Maroc, du
Cameroun et de la Tunisie. « Ils ont regardé loin et pas
seulement le bout de leurs pieds. En 1995, ils ont installé
l’Académie Jean Marc Guilloux qui commence à sortir des talents
tels que les frères Touré, Dindane, Zokora et autres. Et
maintenant, la Côte-d’Ivoire peut cueillir ces fruits »,
explique-t-il. D’une manière générale, il n’y a pas de
structures pour les fédérations ni de projets à long terme, ce
sont plutôt des objectifs qui s’épuisent rapidement tels que des
qualifications ou une compétition spéciale.
S’ajoutent à cela les gros troubles internes
qui fracassent tout essai ou espoir de développement ou
d’exploitations. Les explications de ce fiasco abondent. Manque
de financement, problèmes de direction et instabilité technique
et administrative. Il est rare de trouver un coach en poste plus
de deux ans. Le Togo s’est même séparé de son sélectionneur à
quelques semaines du début du Mondial ... De même que les
joueurs ont menacé de ne pas participer à l’événement s’ils
n’étaient pas payés. Idem pour la RD Congo, qui avait menacé de
boycotter les matchs de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN)
2006 au cas où les joueurs ne recevraient pas leurs primes.
Le Ghana, l’une des plus grandes nations du
football en Afrique, a bénéficié de générations de talents
depuis de longues décennies à l’exemple de Abedi Pelé, Anthony
Yeboah, Charles Okonor et autres, mais l’instabilité technique
et administrative a fait fuir les joueurs. Résultat : les Black
Stars ne se sont fait une place parmi les élites qu’en 2006. «
C’est un continent au potentiel énorme mais qui est ravagé par
les troubles internes, le manque d’organisation et l’abus des
grands clubs européens. Il faut les aider pour l’amour du
football et pour pouvoir bénéficier de grands talents », résume
le technicien français Claude Leroy, l’un des plus grands
experts du football africain, qui a passé plus de 20 ans à ses
services.
Un autre Français, expert de l’Afrique, Henri
Michel, accuse aussi la pression exercée par les clubs européens
peu enclins à libérer les meilleurs joueurs africains qu’ils
emploient et rémunèrent. Difficile dans ces conditions pour un
sélectionneur de bâtir une équipe.
L’Afrique doit donc remédier à toutes ces
lacunes. Et elle est priée de faire vite si elle veut décrocher
une sixième place lors du Mondial et faire la fête en Afrique du
Sud 2010.
Karim Farouk