La
guerre civile demeure un tabou pour les Palestiniens. Mais la
situation dans les territoires occupés a atteint un état de
détérioration sans précédent et l’éventualité d’une guerre
semble maintenant possible, surtout en cas d’échec du dialogue
actuel autour d’un programme politique palestinien. Selon de
nombreux observateurs, si le référendum est imposé, il sera
difficile de stopper le cycle de la violence.
Les sources de la violence intérieure
La violence intérieure qui risque de se
transformer en guerre civile a 3 sources principales. Il n’y a
aucun doute que la première est représentée par les politiques
israéliennes et américaines qui encouragent le déclenchement
d’une guerre civile pour des raisons que l’on peut qualifier de
peu logiques. Les plans américano-israéliens vont bien au-delà
d’un blocus du Hamas et d’une réduction de la famine du peuple
palestinien, vers un désir vicieux de provoquer la guerre civile.
Une telle éventualité permet à l’Administration américaine de se
démettre de tous ses engagements envers les Palestiniens et
permet à la droite extrémiste en Israël d’appliquer ses plans
connus sous le nom de retrait unilatéral. Les scénarios
israéliens visent à désarmer le Hamas et le Djihad à travers la
guerre civile, à épuiser des combattants bien entraînés et à
pousser l’opinion arabe et internationale à se désolidariser
d’avec le peuple palestinien.
Ce sont là les grandes lignes de la politique
israélienne depuis l’accession au pouvoir de la droite
extrémiste en Israël en 2001. Mais Ehud Olmert semble plus rusé
que son maître Sharon. Après son entretien la semaine dernière
avec le président Moubarak, le premier ministre israélien a
déclaré que l’unique issue était le désarmement des factions
tout en tentant de donner l’impression que le président Moubarak
partage cette vision. Ce qui ne manque pas d’être faux. D’un
point de vue théorique et pratique, il est impossible de fonder
une société de paix sans que les armes ne soient l’apanage des
forces officielles de l’Autorité palestinienne. Il est sûr que
la question du désarmement des factions est souhaitable à la
suite de la signature de l’accord de paix entre les Palestiniens
et les Israéliens. Mais le désarmement des factions actuellement
signifie l’explosion d’une guerre civile. C’est ce que pense
Abou-Mazen et c’est pour cela qu’il a décidé de recourir à
l’arbitrage du peuple palestinien pour régler le différend
palestinien avec le Hamas. Et ce par l’intermédiaire du
référendum qui constitue le substitut correct au désarmement.
C’est là que réside l’erreur de ceux pour qui le référendum
risque de provoquer une guerre civile. En fait, c’est
l’alternative à ce conflit à condition qu’il soit formulé de
manière adéquate qui réponde de manière claire aux vues du
peuple palestinien. Quant au mécanisme de la violence, il
commence à la seconde source qu’on appelle le désordre
sécuritaire. Le danger à cet égard réside dans le fait qu’il
devient possible pour n’importe quel clan, aussi petit soit-il,
de pousser la situation dans les territoires occupés vers le
précipice de la guerre civile. La plupart des guerres civiles
arabes se sont déclenchées sans intentions réelles ou plutôt
sans décision stratégique prise par un commandement, un parti ou
un courant déterminé. La guerre civile est déclenchée quand le
climat devient enflammé entre les forces et les courants
politiques ou dans toute la société en général. Dans une telle
atmosphère, il suffit qu’une erreur soit commise ou qu’un état
de chaos règne pour que la guerre civile se déclenche.
Dernièrement, les aspects de chaos sécuritaires étaient nombreux.
Comme les manifestations militaires où il y a eu une certaine
exhibition de force et les actes de violence basés sur le fait
d’imposer des réclamations, sur les liquidations physiques ou le
règlement des conflits politiques par la force. Ce sont les
aspects de la pré-guerre civile. Une grande partie du chaos de
l’arme revient aux circonstances particulières de l’Intifada.
Mais une autre grande partie revient aussi à la crise intérieure
du Fatah et son chaos organisationnel et politique. Ce chaos
n’est pas nouveau et avait largement collaboré à la mauvaise
gestion de l’Intifada. Il a également collaboré à la défaite
électorale du Fatah et se dirige actuellement vers
l’empoisonnement de la coexistence entre le président Mahmoud
Abbass et le gouvernement du Hamas. Mais aujourd’hui, un grand
changement s’est produit en ce qui concerne l’exploitation
politique des manifestations militaires ou du chaos sécuritaire.
Ce changement semble lié aux plans américains et israéliens
visant à faire chuter le gouvernement Hamas en employant un
nombre d’anciennes directions sécuritaires ou des directions qui
se sont infiltrées à l’intérieur du Fatah. Mais les scénarios de
la guerre civile retracés par les Américains et les Israéliens
comptent largement sur les aspects généraux de violence et
d’armement pour donner l’impression que les explosions de
violence sont spontanées et leur responsabilité est ainsi
assumée par des éléments anonymes ou indéterminés. C’est ainsi
que les vrais fauteurs de troubles n’assument aucune
responsabilité juridique ou historique.
C’est de là que vient l’intérêt accordé à la
3e source de violence. C’est le conflit en cours entre le Fatah
et le Hamas. La politique d’Olmert, qui est l’homme politique le
plus rusé dans l’histoire d’Israël, se base sur le fait de
pousser au maximum le conflit en donnant l’impression qu’il y a
un accord effectif avec le Fatah pour désarmer le Hamas par la
force ou pour renverser son gouvernement par un complot. C’est
pour cela que des nouvelles sont largement répandues autour de
la permission d’Israël de faire affluer les armes lourdes aux
forces de garde du président palestinien à travers la Jordanie
et l’Egypte ! Ces nouvelles suscitent les doutes échangés entre
les 2 plus importantes factions du mouvement national
palestinien. Pour le Hamas, n’importe quelle négociation avec
Israël ou n’importe quelle forme de reconnaissance constitue une
traîtrise envers le peuple palestinien et une ligne rouge que le
Hamas ne peut se permettre de dépasser. Quant au Fatah, il voit
que la position du Hamas signifie donner la priorité aux
considérations idéologiques au détriment des intérêts nationaux.
La position du Hamas serait une politique qui avorterait toute
tentative de fonder un Etat palestinien ou de récupérer une
quelconque partie des droits palestiniens.
La résurrection et la réorganisation de l’OLP
La clé de l’issue de la crise entre le Fatah
et le Hamas est d’intégrer ce dernier dans l’OLP. Il doit
adopter la ligne de l’OLP, considérée comme le compromis
historique entre les Arabes eux-mêmes en ce qui concerne le
conflit arabo-israélien. Continuer à refuser de s’intégrer dans
l’OLP constitue une erreur impardonnable de la part du Hamas. Ce
refus constitue l’une des causes essentielles de l’échec du
gouvernement du Hamas et ses directions.
Quant à l’action la plus importante, elle
retombe sur le dos des pays arabes qui doivent contribuer à
empêcher le déclenchement de la guerre civile en Palestine. Mais
sans un soutien arabe officiel et populaire de la cause
palestinienne, le régime arabe ne pourra pas parvenir à des
cartes réelles. Ces cartes doivent être susceptibles de
convaincre les 2 parties en conflit en Palestine de l’importance
de parvenir à des ententes politiques et pratiques, aptes à
sauver le pays du danger de la guerre civile.
Les Arabes sont en train d’observer avec
passivité la société palestinienne qui glisse vers le précipice
de la guerre civile. La crise que pourrait déclencher la guerre
civile en Palestine peut être plus féroce que toutes les crises
vécues jusqu’aujourd’hui sur les territoires palestiniens et sur
tous les territoires arabes .