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Opinion

 Entente ou guerre civile en Palestine

Mohamad Al-Sayed Saïd
Vice-directeur du CEPS d’Al-Ahram

La guerre civile demeure un tabou pour les Palestiniens. Mais la situation dans les territoires occupés a atteint un état de détérioration sans précédent et l’éventualité d’une guerre semble maintenant possible, surtout en cas d’échec du dialogue actuel autour d’un programme politique palestinien. Selon de nombreux observateurs, si le référendum est imposé, il sera difficile de stopper le cycle de la violence.

Les sources de la violence intérieure

La violence intérieure qui risque de se transformer en guerre civile a 3 sources principales. Il n’y a aucun doute que la première est représentée par les politiques israéliennes et américaines qui encouragent le déclenchement d’une guerre civile pour des raisons que l’on peut qualifier de peu logiques. Les plans américano-israéliens vont bien au-delà d’un blocus du Hamas et d’une réduction de la famine du peuple palestinien, vers un désir vicieux de provoquer la guerre civile. Une telle éventualité permet à l’Administration américaine de se démettre de tous ses engagements envers les Palestiniens et permet à la droite extrémiste en Israël d’appliquer ses plans connus sous le nom de retrait unilatéral. Les scénarios israéliens visent à désarmer le Hamas et le Djihad à travers la guerre civile, à épuiser des combattants bien entraînés et à pousser l’opinion arabe et internationale à se désolidariser d’avec le peuple palestinien.

Ce sont là les grandes lignes de la politique israélienne depuis l’accession au pouvoir de la droite extrémiste en Israël en 2001. Mais Ehud Olmert semble plus rusé que son maître Sharon. Après son entretien la semaine dernière avec le président Moubarak, le premier ministre israélien a déclaré que l’unique issue était le désarmement des factions tout en tentant de donner l’impression que le président Moubarak partage cette vision. Ce qui ne manque pas d’être faux. D’un point de vue théorique et pratique, il est impossible de fonder une société de paix sans que les armes ne soient l’apanage des forces officielles de l’Autorité palestinienne. Il est sûr que la question du désarmement des factions est souhaitable à la suite de la signature de l’accord de paix entre les Palestiniens et les Israéliens. Mais le désarmement des factions actuellement signifie l’explosion d’une guerre civile. C’est ce que pense Abou-Mazen et c’est pour cela qu’il a décidé de recourir à l’arbitrage du peuple palestinien pour régler le différend palestinien avec le Hamas. Et ce par l’intermédiaire du référendum qui constitue le substitut correct au désarmement. C’est là que réside l’erreur de ceux pour qui le référendum risque de provoquer une guerre civile. En fait, c’est l’alternative à ce conflit à condition qu’il soit formulé de manière adéquate qui réponde de manière claire aux vues du peuple palestinien. Quant au mécanisme de la violence, il commence à la seconde source qu’on appelle le désordre sécuritaire. Le danger à cet égard réside dans le fait qu’il devient possible pour n’importe quel clan, aussi petit soit-il, de pousser la situation dans les territoires occupés vers le précipice de la guerre civile. La plupart des guerres civiles arabes se sont déclenchées sans intentions réelles ou plutôt sans décision stratégique prise par un commandement, un parti ou un courant déterminé. La guerre civile est déclenchée quand le climat devient enflammé entre les forces et les courants politiques ou dans toute la société en général. Dans une telle atmosphère, il suffit qu’une erreur soit commise ou qu’un état de chaos règne pour que la guerre civile se déclenche. Dernièrement, les aspects de chaos sécuritaires étaient nombreux. Comme les manifestations militaires où il y a eu une certaine exhibition de force et les actes de violence basés sur le fait d’imposer des réclamations, sur les liquidations physiques ou le règlement des conflits politiques par la force. Ce sont les aspects de la pré-guerre civile. Une grande partie du chaos de l’arme revient aux circonstances particulières de l’Intifada. Mais une autre grande partie revient aussi à la crise intérieure du Fatah et son chaos organisationnel et politique. Ce chaos n’est pas nouveau et avait largement collaboré à la mauvaise gestion de l’Intifada. Il a également collaboré à la défaite électorale du Fatah et se dirige actuellement vers l’empoisonnement de la coexistence entre le président Mahmoud Abbass et le gouvernement du Hamas. Mais aujourd’hui, un grand changement s’est produit en ce qui concerne l’exploitation politique des manifestations militaires ou du chaos sécuritaire. Ce changement semble lié aux plans américains et israéliens visant à faire chuter le gouvernement Hamas en employant un nombre d’anciennes directions sécuritaires ou des directions qui se sont infiltrées à l’intérieur du Fatah. Mais les scénarios de la guerre civile retracés par les Américains et les Israéliens comptent largement sur les aspects généraux de violence et d’armement pour donner l’impression que les explosions de violence sont spontanées et leur responsabilité est ainsi assumée par des éléments anonymes ou indéterminés. C’est ainsi que les vrais fauteurs de troubles n’assument aucune responsabilité juridique ou historique.

C’est de là que vient l’intérêt accordé à la 3e source de violence. C’est le conflit en cours entre le Fatah et le Hamas. La politique d’Olmert, qui est l’homme politique le plus rusé dans l’histoire d’Israël, se base sur le fait de pousser au maximum le conflit en donnant l’impression qu’il y a un accord effectif avec le Fatah pour désarmer le Hamas par la force ou pour renverser son gouvernement par un complot. C’est pour cela que des nouvelles sont largement répandues autour de la permission d’Israël de faire affluer les armes lourdes aux forces de garde du président palestinien à travers la Jordanie et l’Egypte ! Ces nouvelles suscitent les doutes échangés entre les 2 plus importantes factions du mouvement national palestinien. Pour le Hamas, n’importe quelle négociation avec Israël ou n’importe quelle forme de reconnaissance constitue une traîtrise envers le peuple palestinien et une ligne rouge que le Hamas ne peut se permettre de dépasser. Quant au Fatah, il voit que la position du Hamas signifie donner la priorité aux considérations idéologiques au détriment des intérêts nationaux. La position du Hamas serait une politique qui avorterait toute tentative de fonder un Etat palestinien ou de récupérer une quelconque partie des droits palestiniens.

La résurrection et la réorganisation de l’OLP

La clé de l’issue de la crise entre le Fatah et le Hamas est d’intégrer ce dernier dans l’OLP. Il doit adopter la ligne de l’OLP, considérée comme le compromis historique entre les Arabes eux-mêmes en ce qui concerne le conflit arabo-israélien. Continuer à refuser de s’intégrer dans l’OLP constitue une erreur impardonnable de la part du Hamas. Ce refus constitue l’une des causes essentielles de l’échec du gouvernement du Hamas et ses directions.

Quant à l’action la plus importante, elle retombe sur le dos des pays arabes qui doivent contribuer à empêcher le déclenchement de la guerre civile en Palestine. Mais sans un soutien arabe officiel et populaire de la cause palestinienne, le régime arabe ne pourra pas parvenir à des cartes réelles. Ces cartes doivent être susceptibles de convaincre les 2 parties en conflit en Palestine de l’importance de parvenir à des ententes politiques et pratiques, aptes à sauver le pays du danger de la guerre civile.

Les Arabes sont en train d’observer avec passivité la société palestinienne qui glisse vers le précipice de la guerre civile. La crise que pourrait déclencher la guerre civile en Palestine peut être plus féroce que toutes les crises vécues jusqu’aujourd’hui sur les territoires palestiniens et sur tous les territoires arabes .

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