La
presse arabe, représentée par une des plus importantes
fondations arabes de presse, a choisi de rendre hommage, cette
année, au grand journaliste Ghassan Tuéni. Ce journaliste est en
effet considéré comme le symbole de la prédominance de la pensée
et de l’intégrité de la plume. Nous avons alors le plaisir de
prendre part à cette célébration pour rendre hommage à l’une des
personnalités les plus importantes dans le monde de la
publication, de la presse, de la politique et de la littérature
arabes. Ghassan Tuéni n’est pas seulement un éditeur et le
rédacteur en chef d’un grand journal libanais, Al-Nahar. Il a
aussi joué de nombreux rôles politiques, éducatifs et
diplomatiques. Il est l’exemple de la solidité et de la
résistance face aux événements et aux crises.
Rendre hommage aux pionniers du métier est
l’une des plus belles coutumes pratiquées par la presse
libanaise. D’autres fondations arabes ont suivi la coutume en
publiant des livres commémoratifs qui enregistrent dans
l’Histoire les secrets de l’évolution du journalisme et apprend
aux nouvelles générations comment sauvegarder leur liberté
d’expression.
Cette coutume s’est imposée dans le journal
Al-Nahar où se sont succédé 3 générations. Le journal a été
fondé par Jibran Tuéni, le père, pendant les années 1930 puis a
été hérité par Ghassan Tuéni, le fils, qui a fait des études de
sciences politiques à Harvard. Ghassan a continué à diriger le
journal, jusqu’en 2000. Et quand il a décidé de confier sa
direction à son fils unique, une troisième phase a commencé avec
Jibran Tuéni, le petit-fils. Ce dernier s’est acharné à
développer et à renouveler le journal jusqu’au jour où il fut
assassiné, en décembre 2005, dans une voiture piégée, à la suite
de l’assassinat de Rafiq Al-Hariri. C’est ainsi que son père a
dû assumer le choc pour revenir à la direction du journal,
défiant son chagrin et son âge avancé.
Dans la presse libanaise, qui a joué un rôle
pionnier dans l’essor de toute la presse arabe, la célébration
des personnes semble faire partie intégrante de l’histoire de la
presse et de ses combats pour la liberté. Et ce contrairement à
une coutume pharaonique répandue dans la presse égyptienne
actuelle et selon laquelle le nouveau chef élimine toutes les
traces laissées par son prédécesseur et tente de défigurer son
histoire. Ainsi, il ne reste de sa mémoire que des rumeurs et du
brouhaha.
En réalité, la presse libanaise,
contrairement à la presse égyptienne, n’a pas connu la
nationalisation, qui constitue une des causes essentielles de sa
régression actuelle. Quant à la presse libanaise, elle puise sa
vivacité de celle du peuple libanais et de sa capacité à
transformer le métier de journaliste en projet économique et
politique. Un projet se basant sur les initiatives privées, les
talents individuels et la performance collective. C’est pour
cela que le Liban est célèbre par ses fondations de presse arabe
dont l’impact dépasse parfois l’envergure de ce petit pays.
Ghassan Tuéni était en lui-même une
institution. Il n’était pas un simple journaliste qui suivait et
commentait les événements, mais il était lui-même, et le demeure,
l’une des sources les plus importantes de l’information. Pour
Ghassan, la vraie presse est la presse libre. Durant cette
cérémonie organisée en l’honneur de ce symbole libanais
important, Al-Nahar reste aux yeux des Egyptiens qui adorent le
Liban, qui suivent de près ses nouvelles et qui sont inquiets
pour son avenir, l’exemple de la presse libre qui s’est battue
pour sa patrie, qui a pris le dessus sur les partis et les
confessions. Pour la liberté, Al-Nahar a sacrifié le plus cher
de ses fils. Ghassan Tuéni restera le symbole de toutes les
réalisations de la presse arabe au Liban .