Al-Ahram Hebdo, Opinion | Al-Nahar à l’honneur
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 Semaine du 28 juin au 4 juillet, numéro 616

 

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Opinion

 Al-Nahar à l’honneur
Salama A. Salama

La presse arabe, représentée par une des plus importantes fondations arabes de presse, a choisi de rendre hommage, cette année, au grand journaliste Ghassan Tuéni. Ce journaliste est en effet considéré comme le symbole de la prédominance de la pensée et de l’intégrité de la plume. Nous avons alors le plaisir de prendre part à cette célébration pour rendre hommage à l’une des personnalités les plus importantes dans le monde de la publication, de la presse, de la politique et de la littérature arabes. Ghassan Tuéni n’est pas seulement un éditeur et le rédacteur en chef d’un grand journal libanais, Al-Nahar. Il a aussi joué de nombreux rôles politiques, éducatifs et diplomatiques. Il est l’exemple de la solidité et de la résistance face aux événements et aux crises.

Rendre hommage aux pionniers du métier est l’une des plus belles coutumes pratiquées par la presse libanaise. D’autres fondations arabes ont suivi la coutume en publiant des livres commémoratifs qui enregistrent dans l’Histoire les secrets de l’évolution du journalisme et apprend aux nouvelles générations comment sauvegarder leur liberté d’expression.

Cette coutume s’est imposée dans le journal Al-Nahar où se sont succédé 3 générations. Le journal a été fondé par Jibran Tuéni, le père, pendant les années 1930 puis a été hérité par Ghassan Tuéni, le fils, qui a fait des études de sciences politiques à Harvard. Ghassan a continué à diriger le journal, jusqu’en 2000. Et quand il a décidé de confier sa direction à son fils unique, une troisième phase a commencé avec Jibran Tuéni, le petit-fils. Ce dernier s’est acharné à développer et à renouveler le journal jusqu’au jour où il fut assassiné, en décembre 2005, dans une voiture piégée, à la suite de l’assassinat de Rafiq Al-Hariri. C’est ainsi que son père a dû assumer le choc pour revenir à la direction du journal, défiant son chagrin et son âge avancé.

Dans la presse libanaise, qui a joué un rôle pionnier dans l’essor de toute la presse arabe, la célébration des personnes semble faire partie intégrante de l’histoire de la presse et de ses combats pour la liberté. Et ce contrairement à une coutume pharaonique répandue dans la presse égyptienne actuelle et selon laquelle le nouveau chef élimine toutes les traces laissées par son prédécesseur et tente de défigurer son histoire. Ainsi, il ne reste de sa mémoire que des rumeurs et du brouhaha.

En réalité, la presse libanaise, contrairement à la presse égyptienne, n’a pas connu la nationalisation, qui constitue une des causes essentielles de sa régression actuelle. Quant à la presse libanaise, elle puise sa vivacité de celle du peuple libanais et de sa capacité à transformer le métier de journaliste en projet économique et politique. Un projet se basant sur les initiatives privées, les talents individuels et la performance collective. C’est pour cela que le Liban est célèbre par ses fondations de presse arabe dont l’impact dépasse parfois l’envergure de ce petit pays.

Ghassan Tuéni était en lui-même une institution. Il n’était pas un simple journaliste qui suivait et commentait les événements, mais il était lui-même, et le demeure, l’une des sources les plus importantes de l’information. Pour Ghassan, la vraie presse est la presse libre. Durant cette cérémonie organisée en l’honneur de ce symbole libanais important, Al-Nahar reste aux yeux des Egyptiens qui adorent le Liban, qui suivent de près ses nouvelles et qui sont inquiets pour son avenir, l’exemple de la presse libre qui s’est battue pour sa patrie, qui a pris le dessus sur les partis et les confessions. Pour la liberté, Al-Nahar a sacrifié le plus cher de ses fils. Ghassan Tuéni restera le symbole de toutes les réalisations de la presse arabe au Liban .

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