Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs |Que la croisière s’amuse encore plus !
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 28 juin au 4 juillet, numéro 616

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Nulle part ailleurs

Initiative . Six nouveaux grands bateaux publics ont été mis en service au Caire pour offrir, à un prix modéré, des balades d’une heure sur le Nil. Les autres bateliers font grise mine à ce projet qui gagne en succès.

Que la croisière s’amuse encore plus !

Le gouvernement ne fait pas de cadeaux, c’est ce qui est venu à l’esprit de Chérif lorsque l’un de ses amis lui a parlé du nouveau bus fluvial ou bateau-mouche si l’on peut dire. Ce service présenté par l’Organisme du transport public sert à faire des balades sur le grand fleuve. Après avoir tenté l’expérience, Chérif a du mal à croire, et il n’est pas le seul d’ailleurs, qu’un tel projet soit une initiative de l’Etat.

C’est devant le bâtiment de la Télévision, à Maspero, que Chérif embarque sur ce bateau qui fascine le regard, suscite la curiosité de par son allure, son décor pharaonique et ses deux étages pouvant contenir environ 150 passagers. Une jolie coque ressemblant à celle des grands bateaux privés avec un écriteau affichant son appartenance à l’Etat. Il suffit de débourser 5 L.E. pour jouir d’une promenade d’une heure dans l’une des 6 embarcations amarrées côte à côte avec les anciennes d’allure plus modeste et aux prix dérisoires (entre 50 pts et 2 L.E., selon le trajet) et desservant certains itinéraires. Vers 18h, Chérif, ingénieur accompagné de sa femme Nahla, montent à bord de ce nouveau bateau. Un quart d’heure passe et, bien que l’embarcation ne soit remplie qu’à moitié de sa capacité, Al-Sayed, le capitaine, décide d’actionner son moteur. Et ce par une simple touche électronique dont il a appris le fonctionnement après avoir reçu quelques cours pratiques pour être apte à diriger automatiquement le nouveau bus. Aujourd’hui, Al-Sayed considère ce mode de croisière comme un gagne-pain facile, mais qui exige tout de même beaucoup de concentration. Et pendant que Mahmoud fait le tour du bus pour écouler le contenu de sa cafétéria ambulante : boissons gazeuses, chips, thé et friandises, les membres de l’équipage profitent pour donner quelques conseils, surtout aux familles qui ont des enfants à bord. Et al-rayès (le chef) Hamed de lancer à haute voix : « Faites très attention aux enfants, il ne faut pas qu’ils grimpent trop haut ou sautent sur le pont ». Des conseils qui restent en l’air puisqu’ils ne changent en rien le comportement des enfants. Se sentant en sécurité grâce aux remparts, ces derniers profitent du vaste espace pour jouer, sauter et chanter aux rythmes des chansons diffusées par la chaîne FM. Ibtessam Gamil, originaire de Charqiya et mère de deux enfants de 10 et 11 ans, ne semble pas s’inquiéter pour ses chérubins. « Ce bus est bien sécurisé. D’habitude, je redoute les voyages en bateau, mais cette fois, je me sens tout à fait à l’aise et ne me fais aucun souci pour mes enfants. Pour 5 L.E., c’est l’occasion idéale de faire profiter ma famille d’un tour sur le Nil d’autant plus que nous venons souvent au Caire, particulièrement en été », dit Ibtessam, qui a l’intention de répéter cette expérience en se rendant à Qanater (barrage du Delta) mais avant 13h.

Ibtessam et ses enfants ne sont qu’un exemple d’usagers de différentes classes sociales, surtout la classe moyenne, qui recourent à ce genre d’embarcation parce que cela coûte moins cher que de louer une barque en privé.

Walid, propriétaire d’un bureau d’enseignement de langue arabe pour les étrangers, est venu avec ses deux petits enfants après avoir vu un reportage télévisé concernant ce bus. « Ce bateau est bien plus confortable. L’ancien étant trop petit, complètement couvert, et à l’intérieur on suffoquait de la chaleur d’été. De plus, on ne pouvait contempler le Nil qu’à travers les hublots. Ici ce bus est composé de deux étages, et est doté d’un climatiseur. Quant à l’étage supérieur, il est à ciel ouvert, et ceux qui le désirent peuvent profiter du grand air. L’embarcation ne laisse entendre aucun bruit de moteur comme c’est le cas des vieux bateaux. De plus, il y a des toilettes, une chose inexistante dans les anciens bus », assure Walid.

Des goûts musicaux, ne discute pas

Cependant, Walid estime que si seulement il n’était pas obligé de suivre le programme FM, ce serait parfait pour lui. Or, si Walid n’apprécie pas la musique que l’on diffuse, d’autres plus jeunes adorent la musique rythmée et proposent même à ce qu’un DJ vienne animer l’ambiance sur le bateau, comme l’explique Michael, DJ à ses temps perdus, et ce contre seulement une livre de plus sur le prix du billet. Mais la mission de Michael ne semble pas aisée. Comment satisfaire tous les goûts ? « Il y a des jeunes qui préfèrent écouter les dernières chansons populaires en vogue, comme celles de Saad Al-Saghir, pour avoir de l’ambiance et pouvoir danser, d’autres couples préfèrent écouter de la musique douce pour mieux baigner dans leur romance ou réclament des chansons d’amour. Il faut bien faire l’équilibre » explique Michael, à qui l’on demande parfois d’animer un anniversaire ou un mariage sur le bus. Une chose possible, mais seulement avec l’accord de l’équipage. Un DJ, une kocha (sorte de trône décoré sur lequel s’assoient les mariés), facultative, et une caméra vidéo contre une somme allant de 700 L.E. à 1 400 L.E., selon les commandes comme l’explique Mohamad Fouad, un membre de l’équipage, qui travaille dans la navigation depuis plus de 20 ans. Il explique qu’une famille ou un groupe d’amis peuvent profiter pour louer un bus à 450 L.E. l’heure. « Tous les moyens de sécurité sont pris en compte, nous avons à bord deux petits zodiaques, des bouées, des gilets de sauvetage ainsi que des extincteurs. Au moindre problème, nous utilisons le système radio (talkie-walkie) pour demander du secours et nous rebroussons chemin dès qu’il y a un problème grave », explique Fouad.

Les bateliers protestent

Un sentiment de sécurité et une ambiance de joie estivale qui attirent aussi les touristes, surtout les Arabes qui viennent passer leurs vacances d’été en Egypte. Des Saoudiens, Jordaniens et Palestiniens étaient présents durant ce voyage. Ils ont trouvé le nouveau bus bien plus confortable que l’ancien, comme l’assure Akram Youssef, Palestinien, venu en compagnie de sa femme admirer la grandeur du Nil pour seulement 10 L.E. Un prix intéressant, mais surtout un bateau où l’on se sent en toute sécurité. Un fait qui déplaît aux propriétaires de bateaux considérant ce nouveau bus du Nil comme un concurrent redoutable. Ahmad Ragab, Sayed Fathi et Mohamad Zidan sont des bateliers qui voient d’un mauvais œil ce rival qui rafle leur gagne-pain. « Plus de 500 familles ici, à Rod Al-Farag et Al-Sahel, sont fascinées par la présence de ce nouveau bus. L’été est notre saison, et ces bus sont en train de nous piquer nos clients. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle plusieurs bateliers ont intenté des procès contre le gouvernement pour nous trouver une alternative ou changer de quai pour ces bus », explique Al-Omda Ibrahim, qui essaye malgré tout d’attirer des clients en réduisant le prix de la balade. Mais face aux équipements modernes, aux moyens de sécurité dont disposent ces bus du Nil et au panorama qu’ils offrent, ce genre d’embarcation gagne de plus en plus de prestige. Et les amoureux qui souhaitent se retrouver en intimité préfèrent l’étage inférieur pour donner libre cours à leur état d’âme tout en admirant le fleuve en toute quiétude. « Ici, c’est plus calme, il y a moins de monde, on peut passer du bon temps ensemble avec cette belle vue sur le Nil et ce sans trop payer », dit Samir Ahmad, assis auprès de sa fiancée et qui souhaite simplement que le bus soit doté d’une cafétéria fixe au lieu de voir des marchands ambulants faire le va-et-vient pour écouler leurs marchandises. Ainsi, du premier étage au deuxième, Mahmoud ne cesse de proposer un verre de thé à 1,5 L.E. et une bouteille de coca-cola à 2 L.E., mais cette fois, il a dû jouer le rôle d’avertisseur, puisque le bus s’approche du pont d’Imbaba, si bas, ce qui oblige les passagers à baisser la tête au cours de sa traversée. Un fait qui a amusé aussi bien les enfants que les grands qui espèrent que le bus ne sera pas endommagé et gardera sa belle coque et sa propreté. « Il a déà commencé à se dégrader à cause de certains comportements irresponsables », dit Amal. Elle comme beaucoup d’autres citoyens restent pessimistes car pour eux, un projet gouvernemental ne reste jamais intact. « Espérons que ce bus sera une exception à la règle », commente Amal. Et au bout de 45 minutes, Sayed, le chauffeur, arrête les machines, attendant le départ d’un des anciens bus pour pouvoir accoster. Il annonce la fin de la balade qui s’est terminée plus tôt que prévu, ce qui a déplu à certains. Cependant, beaucoup d’autres remercient Dieu d’avoir à leur disposition un tel cadeau de l’Etat. « Qui peut croire que c’est un transport public ?! Au moins un acquis et un moyen pour alléger les souffrances des citoyens, ne serait-ce que pour une heure », conclut l’un des passagers.

Doaa Khalifa

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistants techniques: Karim Farouk - Dalia Gabr
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.