Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Khartoum hausse le ton
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Soudan . Khartoum a ordonné l’arrêt des opérations d’agences de l’Onu au Darfour, attisant la tension avec l’organisation internationale au sujet de l’envoi de Casques bleus.

Khartoum hausse le ton

Malgré les tentatives répétées de l’Onu d’obtenir le feu vert de Khartoum pour l’envoi de Casques bleus dans la province du Darfour, l’affaire est loin d’être gagnée. Khartoum persiste dans son refus et ne donne aucun signe de fléchissement. Au contraire, dimanche dernier, le gouvernement soudanais a ordonné l’arrêt immédiat des opérations d’agences de l’Onu au Darfour, affirmant qu’elles auraient permis à un chef rebelle de voyager samedi à bord d’un de leurs hélicoptères. Cette mesure ne s’applique cependant pas à l’Unicef ni au Programme Alimentaire Mondial (PAM), les deux agences onusiennes les plus présentes sur le terrain dans cette région.

Le porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, Jamal Mohammad Ibrahim, a indiqué que le Haut représentant de l’Onu à Khartoum, Jan Pronk, a été convoqué lundi pour fournir une explication. M. Ibrahim a identifié le chef rebelle impliqué dans cette affaire comme étant Souleimane Jamous, membre de la faction dissidente du Mouvement de libération du Soudan (SLM), dont la faction majoritaire est dirigée par Minni Minnawi. Cette dernière, contrairement à la faction dissidente, a signé un accord de paix début mai avec le gouvernement de Khartoum pour mettre un terme au conflit au Darfour. Le communiqué du ministère des Affaires étrangères accuse ouvertement les Nations-Unies : « Il est clair que ce voyage a été planifié sans demander l’accord des autorités soudanaises », qualifiant cet acte « de violation flagrante de la souveraineté du pays et de l’accord gérant la présence de l’Onu au Soudan ». De son côté, l’Onu, qui mène l’opération humanitaire la plus importante au Darfour, a refusé de commenter ces accusations.

La faction de Jamous a condamné cette suspension, estimant que Khartoum était déterminé à poursuivre ses tueries au Darfour. « En suspendant les missions de l’Onu au Darfour, le gouvernement se prépare à finir le dernier chapitre de sa politique de génocide en l’absence d’une supervision directe de la communauté internationale et de l’Onu dans la région », a déclaré le porte-parole de cette faction, Jaffer Monro, dans un communiqué. Il a également appelé l’Onu à accélérer le déploiement de ses Casques bleus.

Et c’est justement là la clef du problème entre l’Onu et Khartoum. L’organisation internationale veut prendre la relève des 7 000 soldats d’une force de l’Union Africaine (UA), mal équipée et sous-financée, et qui n’ont pas réussi à mettre fin à la violence dans cette région. Mais le président soudanais Omar Al-Béchir a plusieurs fois manifesté son opposition à cette prise de relais par l’Onu, affirmant qu’elle ne pourrait avoir lieu sans son assentiment. Il a encore affirmé cette semaine qu’il n’y aurait « aucune intervention militaire au Darfour » tant qu’il serait au pouvoir, et a souligné que le Soudan ne serait pas « recolonisé », évoquant même un complot américano-israélien.

En réponse à ces déclarations, le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, a déclaré que « personne, du moins au sein de l’Onu, n’a l’intention d’imposer quelque chose comme une autorité coloniale à un pays membre ». Il a également réaffirmé que l’organisation devait déployer une force d’interposition dans la région du Darfour, dont le rôle est essentiel pour appuyer l’accord de paix « ténu et incomplet » entre Khartoum et les rebelles.

Abir Taleb

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