Israël
met à mal tout espoir d’une relance de la paix. Les menaces et
les opérations militaires de grande envergure sont la réponse
choisie par les Israéliens à une attaque contre un poste
frontalier au sud de la bande de Gaza au cours de laquelle un
soldat a été enlevé et deux autres tués dimanche à l’aube. Une
attaque revendiquée par le groupe armé palestinien, les Comités
de la résistance populaire. Un porte-parole de ce groupe,
Abou-Moujahid, a affirmé que l’attaque avait été menée en
représailles à l’élimination par l’armée israélienne le 8 juin
du chef du groupe, Jamal Abou-Samhadana.
Bien que l’attaque ne soit en fin de compte
que le résultat de la politique israélienne de liquidation,
Israël n’y voit qu’une chance pour embraser la situation et ce
en rejetant sur les dirigeants palestiniens la responsabilité de
l’attaque, la première de ce type depuis le retrait israélien de
Gaza en septembre.
« L’Etat d’Israël considère l’Autorité
palestinienne sous la direction du président Mahmoud Abbass et
le gouvernement palestinien dirigé par le Hamas comme
responsables de cet événement avec tout ce que cela implique »,
a notamment déclaré le premier ministre israélien, Ehud Olmert.
Lundi, le ministre israélien de l’Habitat, Meir Sheetrit, a
souligné que l’Etat hébreu exige la libération immédiate de son
soldat. « Il n’y aura pas de négociations avec ses ravisseurs.
Nous exigeons sa libération sans conditions », a-t-il déclaré à
la radio militaire israélienne. « Il n’y aura pas d’échange de
prisonniers, nous espérons le ramener bientôt chez lui et
l’option militaire reste ouverte », a-t-il encore dit.
Dans un communiqué officiel, le cabinet s’est
notamment dit « décidé à user de tous les moyens » à cette fin,
et a aussi donné son feu vert à une série d’opérations d’ampleur
dans la bande de Gaza et étalées dans le temps. Toujours selon
ce communiqué, « le cabinet de sécurité a par ailleurs entériné
les recommandations des responsables de la sécurité visant à
préparer les forces nécessaires en vue d’une opération militaire
d’urgence rendue nécessaire pour contrer les actions et les
objectifs de l’Autorité palestinienne ».
Dans ce cadre, l’armée israélienne a lancé
dimanche une importante incursion dans le sud de la bande de
Gaza en représailles. Deux hélicoptères israéliens qui survolent
la bande de Gaza avaient ouvert un feu nourri dans le secteur de
l’attaque tandis que d’importantes forces étaient concentrées
près du point de passage de Kerem Shalom. Il s’agit de la plus
importante opération terrestre israélienne dans la bande de Gaza
depuis le retrait d’Israël de ce territoire en septembre 2005.
Dans une tentative de contenir la situation
avant qu’elle ne s’expose davantage, une délégation sécuritaire
égyptienne dans la bande de Gaza a établi un contact avec les
ravisseurs, a indiqué lundi la radio publique israélienne. Cette
délégation, arrivée dimanche dans la bande de Gaza, a établi le
contact par des tiers avec les ravisseurs, a précisé la radio.
Interrogé par la radio de l’armée israélienne,
le porte-parole du gouvernement palestinien, Ghazi Hamad, issu
du Hamas islamiste, a indiqué : « Nous sommes en contact avec de
nombreux éléments, y compris des Egyptiens, et j’espère que nous
trouverons une solution satisfaisante pour tous » à propos du
soldat.
Le dialogue interpalestinien menacé
L’opération anti-israélienne de dimanche
risque de sonner le glas du dialogue national palestinien. Venu
à Gaza pour donner une nouvelle impulsion aux discussions sur un
document d’entente nationale destiné à sortir de la crise
politique, M. Abbass a eu, dimanche soir, une rencontre secrète
avec le premier ministre Ismaïl Haniyeh pour discuter de la
situation sécuritaire.
La présidence de l’Autorité palestinienne,
dirigée par Mahmoud Abbass, a condamné dimanche l’opération
anti-israélienne. « Cette opération est contraire à tout ce que
nous avons entendu et une violation des accords donnés par les
dirigeants avec lesquels nous nous sommes réunis » lors des
rencontres avec les mouvements palestiniens dans le cadre du
dialogue national, a-t-elle indiqué dans un communiqué. « Nous
avons toujours mis en garde contre le danger pour certains
groupes ou factions de sortir du consensus national et faire des
opérations dont le peuple palestinien payera le prix, et qui
nous coûteront de nombreux sacrifices et accentueront le siège
international », a poursuivi le communiqué.
Côté Hamas, le vice-premier ministre, Nasser
Shaher, a lui aussi affirmé dans une conférence de presse à
Ramallah (Cisjordanie) qu’il exigeait la libération « immédiate
» du soldat. « Ses ravisseurs doivent veiller à sa santé et à sa
vie », a-t-il dit.
Le Hamas, dont la branche armée, les Brigades
Ezzedine Al-Qassam, a participé à l’attaque, a assuré que
l’opération était sans lien avec le dialogue et a appelé à sa
poursuite. « L’opération martyre est intervenue après la
poursuite des crimes israéliens et n’est pas liée au dialogue.
Le dialogue est une affaire interne destinée à renforcer l’unité
nationale », a affirmé le porte-parole du Hamas, Sami
Abou-Zouhri. Pour le porte-parole du gouvernement Ghazi Hamad,
l’attaque « n’affectera pas le dialogue qui continuera entre les
factions jusqu’à ce que nous arrivions à un projet commun ».
Pourtant, la participation à l’attaque des
Brigades Ezzedine Al-Qassam semble avoir contribué à une
nouvelle détérioration des relations entre M. Abbass et le
mouvement islamiste, qui n’étaient déjà pas au beau fixe.
Raison pour laquelle, le porte-parole de la
présidence Nabil Abou-Roudeina s’est montré très pessimiste sur
la poursuite des pourparlers, qui avaient connu quelques
avancées au cours des derniers jours, sans percée significative.
« Ce qui s’est passé nous ramène au point zéro dans les
négociations. Nous demandons à tout le monde d’en porter
l’entière responsabilité », a-t-il dit.
Si aucun accord n’est trouvé entre les
groupes palestiniens sur le document d’entente nationale,
élaboré par des cadres politiques détenus en Israël, M. Abbass
entend le soumettre à référendum le 26 juillet. Et ce, au grand
dam du Hamas qui considère cette consultation comme une
tentative de court-circuiter le gouvernement.
Rania Adel