Le
premier ministre iraqien, Nouri Al-Maliki, a présenté dimanche
devant le Parlement un plan de réconciliation nationale
prévoyant une amnistie pour les rebelles non impliqués dans des
crimes et des actes terroristes.
Avant de détailler son plan, M. Maliki a tenu
à souligner que ses propositions ne devaient pas être
considérées comme une récompense aux terroristes. Il a martelé
qu’il n’y a pas de trêve possible avec les terroristes et les
partisans du président déchu Saddam Hussein. Ainsi, il n’a pas
cessé de répéter son intention de s’attaquer au problème des
milices, estimant que les armes doivent être aux seules mains
des services de sécurité.
En général, ce plan insiste sur le respect
des droits de l’homme, appelle à des poursuites contre ceux qui
les violent et prévoit d’indemniser les victimes des actes
terroristes. Il appelle à soustraire les forces armées aux
influences des partis politiques et de résoudre la question des
milices et des groupes armés non autorisés dans ses aspects
politiques, économiques et sécuritaires.
Cependant, M. Maliki (un chiite) doit faire
face à de fortes réticences dans son propre camp qui refuse
toute amnistie généreuse en faveur des rebelles sunnites. C’est
ainsi que Kassem Daoud, un député chiite, a revendiqué le droit
pour les chefs de son groupe parlementaire, le plus important du
Parlement, de se prononcer sur l’initiative et de pouvoir la
rejeter s’ils estiment qu’une réconciliation est impossible avec
les terroristes. C’est ce qu’a confirmé le président Jalal
Talabani, un Kurde.
Avant même qu’elle ne soit connue,
l’initiative a déclenché des réactions passionnées. Des
représentants des groupes d’Arabes sunnites, des Kurdes et du
bloc chiite ont apporté leur soutien au plan.
Pourtant, Saad Al-Hayali et d’autres ex-détenus
sunnites, arrêtés pour leurs liens avec les insurgés, semblent
peu enclins à tirer un trait sur le passé. Certains paraissent
même décidés à prendre les armes contre les Américains et les
forces gouvernementales. « Je rejette cette réconciliation car
un édifice construit sur des bases fragiles ne peut tenir debout
», dit Hayali. Alors il refuse de reconnaître la légitimité du
gouvernement Maliki, issu des élections de décembre 2005, et la
nouvelle Constitution qui, pour lui, s’inscrivent dans le projet
américain en cours depuis l’invasion de 2003.
Le député Mahmoud Osmane a bien résumé le
débat en estimant que les chiites craignent que des terroristes
retrouvent la liberté et qu’on cesse les purges des éléments du
parti Baas dissous. Tandis que les Arabes sunnites estiment
qu’il faut, en priorité, s’attaquer au problème des milices
armées chiites qu’ils accusent d’exactions et de violences. A
Bagdad, l’ambassadeur américain, Zalmay Khalilzad, a reconnu la
difficulté de la mise en œuvre de ce plan dont les détails,
notamment les critères de l’amnistie, doivent encore faire
l’objet de débat entre les représentants des différentes
familles politiques.
C’est justement cette amnistie qui inquiète
au plus haut point les élus républicains et démocrates du
Congrès américain, pour lesquels l’Iraq sera le dossier brûlant
de la campagne électorale pour les élections de mi-mandat début
novembre. C’est ainsi que des élus se sont prononcés contre une
amnistie des insurgés ayant tué des soldats américains. Alors
que la Maison Blanche a averti que le processus prendrait du
temps. « Nous nous réjouissons de cette initiative du
gouvernement iraqien », a déclaré dimanche un porte-parole de la
Maison Blanche, Ken Lisaius. « Nous savons que la réconciliation
doit être un processus iraqien mené par les Iraqiens », a-t-il
déclaré, ajoutant néanmoins que « les Etats-Unis se tiennent aux
côtés du gouvernement iraqien pour aider si les Iraqiens
demandent notre aide ».
A l’instar de l’opinion américaine, le
ministre britannique de la Défense, Des Browne, de retour d’une
semaine en Iraq, a jugé dimanche que le plan de réconciliation
iraqien est une avancée malgré les risques qu’il implique. «
Aucun conflit dans le monde n’a été résolu sans s’occuper de la
question de la réconciliation, et la réconciliation implique de
prendre des risques », a souligné le ministre.
Inés Eissa