Afrique.
Le deuxième rapport sur L’Avenir de l’environnement dans la région africaine (Africa Environment Outlook-2) a été lancé au Kenya,le 27 juin, par le nouveau directeur exécutif du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), Achim Steiner. Etat des lieux.
Des défis qui attendent le continent
Nairobi,De notre envoyée spéciale —
Environnement et économie, les liens sont évidents. Sans la préservation du premier, la deuxième ne saurait prétendre à une croissance réelle. Ceci est d’autant plus vrai pour l’Afrique, un continent qui souffre de pauvreté et qui doit faire face à d’importants problèmes de dégradation écologique. D’où l’intérêt du deuxième rapport sur L’Avenir de l’environnement en Afrique, intitulé AEO-2, our Futur, our Wealth. Le rapport est une sorte d’évaluation environnementale intégrée qui examine l’état des ressources existantes et qui accentue les occasions et le potentiel (actuels et futurs) de ces dernières afin de réaliser le développement durable, d’éliminer la pauvreté et de réduire la vulnérabilité, tout en augmentant la durabilité environnementale.
Conformément à ceci, AEO-2 se concentre sur plusieurs points, à savoir : Comment et pourquoi l’environnement est-il important ? Comment l’environnement change-t-il et pourquoi ? Y a-t-il des éditions spéciales qui affectent l’environnement et le développement et qui exigent une attention immédiate ou de nouvelles approches ? Comment les différents choix de politiques affecteront-ils l’itinéraire vers le futur ? Qu’est-ce qui peut être fait pour assurer le développement et pour améliorer la qualité de la vie tout en respectant les critères écologiques ?
Le rapport révèle que ces dernières années, beaucoup de pays africains ont ressenti un déclin de la qualité de vie, comme l’a mesuré l’index humain du développement (selon le PNUD 2005). La moitié de la population manque d’accès aux services de santé. Le paludisme, le HIV/sida, la malnutrition et la mortalité maternelle et infantile demeurent des problèmes sérieux. Dans des secteurs ruraux, environ 50 % de la population sont sans accès à l’approvisionnement en eau proportionné, et 70 % sont sans accès à l’hygiène proportionnée ; dans des secteurs urbains, ces pourcentages sont de 20 et de 40 % respectivement (OMS et Unicef 2004). Le changement climatique et la pollution croissante sont d’autres défis liés à l’atmosphère que l’Afrique envisage avec la désertification comme principal risque. Raison pour laquelle l’Assemblée générale des Nations-Unies a déclaré l’année 2006 Année internationale des déserts et de la désertification.
Le rapport indique que chacun des 53 pays africains a ratifié l’UNCCD, ou la Convention des Nations-Unies pour combattre la désertification, et qu’en général, la plupart des pays se passent de la planification à l’action.
Naissance de l’Initiative de l’AEO
C’est en avril 2000, à Abuja, au Nigeria, que le PNUE a lancé l’initiative de la formulation d’un rapport sur L’Avenir de l’environnement en Afrique. Le secrétariat de la Conférence Ministérielle Africaine sur l’Environnement (CMAE), bureau régional du PNUE pour l’Afrique (ROA), a entrepris la mise au point de ce rapport en collaboration avec la division de l’alerte rapide et de l’évaluation environnementale du PNUE.
L’AEO est donc le fruit d’une démarche participative innovante et de l’application de méthodes, d’outils et d’analyses intégrés d’évaluation de l’environnement.
Le premier rapport de la série avait été lancé à l’occasion de la neuvième session de la CMAE, tenue à Kampala, en Ouganda, en juillet 2002. Et voici qu’en juin 2006, apparaît le deuxième rapport AEO-2 à Nairobi, lors d’un atelier de travail de deux jours consacré aux journalistes environnementaux et d’une conférence de presse du nouveau directeur exécutif du PNUE, Achim Steiner.
« Le rapport AEO-2 est une œuvre des institutions et des experts de l’Afrique, qui démontre que l’Afrique a les ressources humaines et les qualifications qui la rendent capable d’envisager son propre destin et de réaliser le rêve d’une véritable Renaissance africaine. Tout ce qui est nécessaire, c’est la volonté politique et l’engagement de traduire les résultats scientifiques en action sur le terrain. J’espère que ce rapport inspirera des décideurs, à tous les niveaux dans la région, comme nous poursuivons nos buts du développement durable en Afrique », signale le Dr Abdel-Hakim Rajab El-Waer, président de la CMAE dans sa présentation du rapport.
Il a ajouté que depuis la publication du premier rapport en juillet 2002, le PNUE a consacré une attention continue à la préparation du deuxième rapport de la série L’Avenir de l’environnement en Afrique.
« Plusieurs réunions et consultations se sont déroulées et ont groupé différents participants, dont des experts africains, des représentants des centres de divers groupements sous-régionaux et d’universités, dans le cadre de la préparation du deuxième rapport. Il est important de clarifier qu’une série d’indicateurs de base a été mise au point par le PNUE en vue de faciliter l’élaboration des rapports sur l’avenir de l’environnement en Afrique », indique M. Ahmad Abdel-Réhim, directeur régional du programme de gestion de la connaissance et directeur de l’unité de l’évaluation environnementale au sein du Centre pour l’environnement et le développement de la région arabe et l’Europe (CEDARE). C’est en fait un des centres qui collaborent avec le PNUE dans la préparation des AEO et qui couvre la région du Nord de l’Afrique.
En fait, le rapport donne des informations sur l’environnement à la fois concrètes et crédibles, précieuses pour tous ceux qui sont chargés d’élaborer les politiques. Se voulant pertinent à l’échelon sub-régional, il contient aussi des informations utiles au niveau national. Il permettra à diverses parties intéressées de prendre des décisions éclairées et d’agir individuellement, collectivement et ou dans le cadre d’accords multilatéraux pour mettre l’Afrique sur la voie du développement durable.
En fait, si l’AEO est en priorité destiné à la CMAE et à ses membres, il n’est pas moins important pour tous les Africains, en général, et pour les partenaires du développement dans la région, en particulier. Les universités, lycées et écoles, les associations professionnelles et locales, les organisations de femmes, les syndicats, le secteur privé et les médias devraient également en tirer profit.
Pour juger de la nécessité de ce genre de rapport, le PNUE a préparé une brochure faisant état des progrès réalisés en matière de protection de l’environnement en Afrique depuis la publication du premier rapport sur L’Avenir de l’environnement en Afrique, en 2002.
Bref, l’AEO-2 est un guide destiné à améliorer l’environnement africain et à réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement. Reste que les preneurs de décisions en profitent, espérons.
Dalia Abdel-Salam
Un vrai capitaine d’équipe
Achim Steiner, nouveau directeur du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE), est autant un homme de dossiers que de terrain et veut régler les contradictions en matière d’environnement.
Assumant ses nouvelles fonctions le 15 juin, le nouveau directeur du PNUE a demandé aux nations du monde de donner à l’environnement une place centrale dans les politiques économiques. Sur proposition du secrétaire général, l’Assemblée générale des Nations-Unies a élu, le 16 mars 2006, M. Achim Steiner (Allemagne) au poste de directeur exécutif du PNUE, pour un mandat de quatre ans, du 15 juin 2006 au 14 juin 2010. Steiner est l’ancien directeur général de l’Union mondiale pour la nature (UICN), le plus grand réseau environnemental du monde, rassemblant des agences gouvernementales et des organisations non gouvernementales de 140 pays. « Cela fait trop longtemps que l’économie et l’environnement semblent jouer pour des équipes adverses. Il y a eu trop de vilaines attaques et beaucoup trop de buts contre son camp. Il nous faut faire de ces deux faces d’une même monnaie des coéquipiers, des joueurs pour le même camp », affirme-t-il. Au cours de sa carrière, il a travaillé pour des organisations gouvernementales, non gouvernementales et internationales. A Washington, où il a occupé un poste de conseiller politique au service de la politique mondiale de l’UICN, il a assuré la conclusion de nouveaux partenariats entre la communauté environnementale et la Banque mondiale ainsi qu’avec les Nations-Unies. En Asie du Sud-Est, il a été conseiller technique en chef d’un programme de gestion durable des bassins versant dans le Mékong et de gestion des ressources naturelles impliquant les communautés locales. En 1998, il a été nommé secrétaire général de la Commission mondiale des barrages, basée en Afrique du Sud, où il a géré un programme international visant à amener les secteurs privé et public ainsi que la société civile à travailler ensemble dans le contexte d’une politique mondiale sur les barrages et le développement. En 2001, il a été nommé directeur général de l’UICN, qui est considérée comme l’une des plus respectables et influentes organisations opérant dans le domaine de la préservation de l’environnement et de la gestion des ressources naturelles. Son expérience dans le domaine du développement durable, de la gestion environnementale ainsi que sa connaissance de la société civile et des organisations gouvernementales, non gouvernementales et internationales ont fait de lui un candidat de premier choix pour conduire le PNUE.
Steiner est un citoyen allemand né au Brésil en 1961, où il a vécu 10 ans. Il a étudié au Royaume-Uni et est titulaire d’une licence obtenue de l’Université d’Oxford et d’une maîtrise obtenue de l’Université de Londres avec une spécialisation dans l’économie du développement, la planification régionale, le développement international et la politique environnementale. Il a également étudié à l’Institut allemand de développement à Berlin ainsi qu’à la Harvard Business School. M. Steiner est également membre de plusieurs conseils d’administration, y compris le Conseil chinois pour la coopération internationale sur l’environnement et le développement (CICED), et le Conseil consultatif environnemental de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) .
D. A.