Finalement, le premier ministre du Timor
oriental, Mari Alkatiri, a jeté l’éponge lundi afin de ne pas
envenimer la situation explosive dans ce petit pays indépendant
depuis à peine 4 ans. Une nouvelle que des centaines d’habitants
ont saluée, en espérant un retour rapide à la normale après des
semaines de tension dans la rue et de crise au sommet des
institutions de la jeune nation. « Je suis prêt à démissionner
de mon poste de premier ministre », a déclaré le chef du
gouvernement très controversé, engagé dans un bras de fer avec
le président Xanana Gusmao. Alkatiri a ajouté qu’il se résignait
à quitter le pouvoir « afin d’éviter la démission de son
excellence le président de la République ».
Le chef de l’Etat charismatique Xanana Gusmao,
ancien guérillero indépendantiste, avait mis jeudi 22 juin dans
la balance sa propre démission s’il n’obtenait pas celle de son
premier ministre. Il s’est dit ouvert à un dialogue en vue de la
formation, si nécessaire, d’un gouvernement intérimaire pour
diriger le pays d’un million d’habitants, le plus pauvre d’Asie.
Au début de la crise, le premier ministre a refusé cet
ultimatum, en remettant son destin entre les mains du Fretilin,
le parti dont il est secrétaire général. Et en plus, il
bénéficie du soutien de la majorité du Fretilin, qui a incarné
la lutte pour l’indépendance et au sein duquel il a récemment
été accusé de manœuvres antidémocratiques. Ainsi, le pays
s’était enfoncé dimanche dans une crise politique grave, le
Fretilin infligeant un camouflet au président Gusmao. Le chef du
gouvernement a obtenu ce qu’il souhaitait : son maintien en
poste, même si le Fretilin a dit de façon diplomatique souhaiter
également le maintien du chef de l’Etat. « Le premier ministre,
ainsi que le chef de l’Etat, ne doivent pas démissionner », a
déclaré en présence de M. Alkatiri le président du Fretilin,
Fransisco Guterres Lu’Olo.
Cette annonce a constitué un désaveu très
fort pour M. Gusmao qui de son côté a accepté de repousser sa
démission à la demande pressante de milliers de manifestants.
Mais cette décision avait immédiatement entraîné la démission de
deux ministres dont José Ramos-Horta et Ovidio de Jesus Amaral,
ministre des Transports, ainsi que d’un vice-ministre de la
Santé. Ramos-Horta n’a pas présenté des explications. Quant à
Ovidio, il a évoqué « les souffrances de la population. J’ai
présenté ma démission parce que je ne suis pas d’accord avec la
décision du Fretilin de ne pas accepter la démission d’Alkatiri
», a-t-il ajouté. « Des gens sont morts, il y a des dizaines de
milliers d’Est-timorais réfugiés dans des camps, ça ne peut pas
continuer », a ajouté M. Amaral en faisant allusion aux dizaines
de milliers de Timorais qui s’entassent dans des centres
d’urgence par crainte de regagner leur domicile. Amaral a estimé
que la démission du premier ministre aurait été « la seule
solution correcte ».
Cela avait aussi ravivé la tension, deux
camps opposés se dessinant clairement dans la jeune nation
déstabilisée par des violences et déchirée par des divisions
politiques et ethniques.
C’est ainsi que le premier ministre est
revenu sur sa décision et il a démissionné. Cette démission est
donc intervenue alors que l’inquiétude avait atteint un niveau
particulièrement élevé. Les Nations-Unies ont appelé lundi les
partisans de Xanana Gusmao et ceux de Mari Alkatiri à se tenir
écartés les uns des autres afin d’éviter des violences.
Le retrait de M. Alkatiri ne signifie pas
pour lui la fin des soucis. Il est en effet accusé d’avoir donné
l’ordre d’armer des civils afin de tuer certains de ses
opposants. En apprenant ces allégations, le président Gusmao
avait annoncé avoir perdu « confiance » en son premier ministre.
En effet, Xanana Gusmao souffre du handicap d’une Constitution
lui prêtant des pouvoirs limités.
La désignation d’un nouveau premier ministre
risque par ailleurs d’être compliquée. En théorie, il doit être
choisi par le comité central du Fretilin, le parti d’inspiration
marxiste dont M. Alkatiri reste le secrétaire général. Un
Conseil des ministres présidé par Xanana Gusmao était prévu
cette semaine.
Maha Salem