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Iran . Téhéran brandit une nouvelle fois l’arme du pétrole et refuse de suspendre l’enrichissement d’uranium. Question sur laquelle la communauté internationale ne tolère aucun compromis.

Guerre psychologique

Un pas en avant, deux pas en arrière. C’est à ce rythme qu’avance le dossier du nucléaire iranien. Chaque signe d’assouplissement est suivi d’un autre de durcissement. Alors que les grandes puissances attendent la réponse de l’Iran quant aux propositions visant à le convaincre de suspendre l’enrichissement d’uranium contre des mesures incitatives, rien ne permet de pronostiquer des suites du bras de fer opposant Téhéran à la communauté internationale. Les ministres des Affaires étrangères du G8 exhortent une fois de plus l’Iran à accepter de négocier sur son programme nucléaire. Mais déjà, les deux parties ne parviennent pas à s’entendre sur la date limite qui doit être accordée à Téhéran avant de rendre sa réponse. Les 5 membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, auteurs de l’offre présentée à Téhéran le 6 juin dernier, veulent une réponse avant le sommet du G8 qui se tiendra à la mi-juillet à Saint-Pétersbourg. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a déjà indiqué que la réponse de Téhéran n’interviendrait pas avant la mi-août. Une manière de gagner du temps, semble-t-il. L’Iran veut se donner davantage de temps et pour ne pas exacerber l’impatience des Occidentaux, fait preuve de sérieux. Mais en même temps, il souffle le chaud et le froid. « L’Iran examine avec une approche positive et dans le cadre de ses intérêts nationaux l’offre des grandes puissances », a dit le président, alors que le responsable du dossier nucléaire, Ali Larijani, a affirmé : « Notre regard sur les propositions est sérieux et nous sommes déterminés à régler la question nucléaire iranienne de manière satisfaisante ». Par ces déclarations, Téhéran montre sa bonne volonté, mais ne laisse pas présager sa réponse. Rien ne filtre en effet et tous les scénarios peuvent être envisagés.

D’autre part, au-delà du différend concernant la date limite, l’essentiel est loin d’être réglé. Téhéran continue en effet de refuser de suspendre l’enrichissement d’uranium et se dit prêt à entamer des négociations, mais sans conditions préalables. Option rejetée par la communauté internationale, qui fait de l’arrêt de l’enrichissement d’uranium une condition sine qua non à tous pourparlers. Pour l’heure, les deux parties restent inflexibles à ce sujet, et aucune d’elles ne fait preuve de souplesse, ce sera l’impasse, avec tous les risques que cela présente.

Le premier d’entre eux est une crise pétrolière. Sur cette question, l’Iran, quatrième producteur mondial de pétrole et le deuxième au sein de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), a toujours entretenu le flou, brandissant tantôt l’arme du pétrole, l’excluant tantôt. Cette semaine encore, les responsables iraniens ont évoqué cette option, mais uniquement dans un « dernier recours ». Pour le porte-parole du gouvernement Gholam Hossein Elham, il s’agit de protéger les intérêts iraniens mais « ce n’est pas notre premier outil, nous avons des moyens diplomatiques pour le dialogue », a-t-il dit lundi, ajoutant que « dans l’atmosphère actuelle nous ne voyons pas l’utilité d’aborder cette question ». Aussi le responsable a-t-il tenu à mettre de l’eau dans son vin en assurant que les conditions étaient « bonnes pour trouver une solution diplomatique », malgré l’intransigeance de part et d’autre et le spectre des sanctions évoqué par les Occidentaux.

En outre, ses déclarations se contredisent d’une certaine manière avec celles du ministre iranien du Pétrole, Kazem Vaziri-Hamaneh, qui avait averti la veille que l’Iran utiliserait cette arme si ses « intérêts sont attaqués ».

L’ambiguïté est donc de mise encore une fois. Il semble toutefois peu probable que Téhéran recoure à l’arme du pétrole, car en fin de compte, il serait le premier perdant. En fait, dans la guerre psychologique que se mènent les deux parties, chacun essaie d’exercer le plus de pressions possibles pour obtenir le maximum. Les Iraniens brandissent leurs atouts, parlant d’un prix du pétrole qui pourrait dépasser les 100 dollars le baril. Les Occidentaux ne cachent pas l’éventualité d’imposer des sanctions contre l’Iran, voire d’utiliser la force.

Il est donc nécessaire que les deux parties parviennent à un compromis pour entamer les discussions. Selon certains observateurs, il n’y a pas de sens de torpiller la possibilité de discussions à cause d’activités d’enrichissement de bas niveau que l’Iran mène actuellement et qui ne représentent pas de risque en termes de prolifération nucléaire. A moins que la question du nucléaire ne soit qu’un prétexte dans ce bras de fer et que la véritable raison de l’acharnement des Occidentaux, et notamment des Américains, contre Téhéran ait une tout autre origine. Dans ce cas, la question dans sa totalité est à envisager sous un autre angle, non moins compliqué.

Abir Taleb

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