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Arts

Musique . Ajmal nissaa al-dounia (La Femme la plus belle du monde), titre du nouvel album du Tunisien Saber Rebaï lancé sur le marché égyptien, promet l’exaltation de l’ouïe mais pèche par excès de redondance.

Des airs de déjà-vu

Des affiches dans les endroits les plus stratégiques, des publicités jonchant les chaînes, notamment les chaînes satellites spécialisées dans la musique, une diffusion en boucle de la chanson-titre ... Autant de médiums assurent la distribution du nouvel album de Saber Rebaï portant le titre d’Ajmal nissaa al-dounia. Toutefois, l’album peine à faire une percée sur le marché égyptien. « Le moment où l’album a été lancé sur le marché n’était pas propice : les jeunes qui constituent le vrai public-consommateur du marché des cassettes sont occupés à passer les examens universitaires ou le bac et à suivre les matchs de la Coupe du monde de football. Ces événements influent sur le marché artistique », explique Sameh Morcos, propriétaire de la société de production et de distribution DJ Recording. D’après lui, d’autres albums sortis à la même date ont subi le même sort, comme celui de Ali Al-Haggar. Seule Elissa fait exception avec des chiffres de vente qui ne cessent de grimper.

Outre le moment mal choisi d’investir le marché, d’autres raisons infléchissent le panache de l’album de Rebaï. Il est composé de 8 chansons interprétées en dialectes égyptien, tunisien et libanais, dont les rythmes se résument à trois résonances : le slow, maqsoum, et wahda kébira.

Le slow, rythme occidental, est employé dans deux chansons : la chanson-titre Ajmal nissaa al-dounia et Saddaqt khalas (Je suis convaincu). Or, la chanson-titre paraît plus travaillée. En dialecte égyptien, les paroles de Hani Al-Saghir sont à la fois rêveuses et simples, quoique le titre Ajmal nissaa al-dounia fait croire qu’elles s’apparentent à un langage soutenu. Les mélodies de Khaled Al-Bakri occidentales et douces, arrangées par Mohamad Moustapha, s’adaptent à merveille avec ce type de chansons. Un solo de saxophone suivi du piano introduit la chanson pour entraîner l’auditeur dans l’ambiance romantique.

Quant aux rythmes maqsoum et wahda kébira, ils se succèdent dans Taala we khalas (Viens et c’est tout) et Alf salama. Alors que la première chanson est du genre rythmique, la seconde semble très classique. Les paroles de Assem Hussein sont anciennes avec un lexique peu familier pour les jeunes, et l’idée est reprise dans Allah yehmik (Que Dieu te protège) de Nizar Francis. Quant aux mélodies de Khaled Al-Bakri, et à l’arrangement de Mohamad Moustapha, ils y sont reconduits de nouveau.

D’autre part, interprétée en tunisien, Dalloula est une chanson dont les mélodies de Issam El-Sharayti rappellent le folklore du Maghreb arabe. El-Sharayti, qui a arrangé aussi cette chanson, y a inséré une couleur tunisienne avec l’emploi particulier du mezwed (instrument à vent) et des percussions locales. Les paroles, qui sont de Hatem Al-Kizani, sont simples et accessibles à l’auditeur égyptien, peu habitué au parler tunisien.

Saber Rebaï n’a pas rompu avec son habitude d’avoir recours à des paroliers, des compositeurs, des arrangeurs du monde arabe, aux côtés de musiciens de Tunis, d’Istanbul et d’Egypte. Il essaye, de même, de concilier sa voix forte et douce avec des tonalités diverses (occidentale, classique, rythmique, folklorique ...). Cependant, la redondance des rythmes presqu’invariables et des thèmes peu originaux confère à l’album un air de déjà-vu. Se préoccuper de satisfaire tous les goûts peut être en soi un grand risque.

Lamiaa Al-Sadaty

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