L’été
n’est jamais la bonne saison pour donner naissance à une galerie,
les mois de juillet et août étant les mois creux de l’art où
beaucoup de salles d’exposition suspendent leurs activités. Le
jeune artiste Réda Abdel-Rahmane en est conscient, mais il n’a
pas voulu perdre de temps puisque ses locaux étaient déjà prêts
à accueillir les œuvres d’art, rue Falaki, Bab Al-Louq, dans le
centre-ville du Caire. Kiosques à journaux, cafés populaires,
marchands ambulants, épiceries, fast-food, vitrines
d’accessoires divers et magasins d’ordinateurs participent d’un
vécu énergique de ce quartier. Au milieu de cette grande
agitation, dans l’immeuble numéro 11, entre les panneaux portant
les noms des grands médecins, avocats et autres, s’affiche donc
Portrait. L’appartement 12, situé au premier étage, a été
transformé en galerie d’arts plastiques. Elle est dirigée par
Réda Abdel-Rahmane qui vient d’éditer, en avril dernier, la
revue mensuelle Portrait.
C’est dans le sillage de cette publication
spécialisée dans les arts plastiques qu’est née cette nouvelle
galerie, la semaine dernière. « Mes collègues et moi œuvrons de
manière à rendre la revue Portrait régulière et de coût modique.
Nous ciblons les intellectuels, les fans d’arts plastiques ainsi
que le grand public. Notre groupe baptisé Portrait fut ainsi
formé. Nous avons choisi d’installer nos activités au centre-ville.
Un endroit de prédilection pour les intellectuels, les critiques
et les écrivains. Leur présence est dominante dans les anciens
cafés Riche, Zahret Al-Bostane, entre autres », affirme Réda
Abdel-Rahmane. Le siège du groupe, situé à Bab Al-Louq, comprend
de même trois salles d’exposition de 55 m2. « Puisque nous
visons à sensibiliser le grand public aux arts plastiques, à
travers notre revue, nous avons trouvé opportun de mettre à sa
portée les œuvres d’art, d’où la création de salles d’exposition
», ajoute Abdel-Rahmane.
Un air de nostalgie règne dans cet endroit.
La galerie Portrait se veut l’héritière de la Salle des arts
plastiques qui se trouvait naguère dans la même rue. Laquelle a
introduit, auprès des connaisseurs et novices, les pionniers des
arts plastiques tels Ramsès Younan, les frères Wanly ... Jusqu’à
sa clôture dans les années 1960. Il s’agit donc d’une
revigorisation du passé.
Aujourd’hui, la nouvelle galerie entame
officiellement ses activités en accueillant l’exposition
collective d’œuvres d’art représentant diverses générations
d’artistes. Samir Rafie, Omar Al-Nagdi et Ahmad Fouad Sélim y
figurent comme invités d’honneur. Elle fait côtoyer les tableaux
de Fathi Afifi, Abdel-Wahab Abdel-Mohsen, Mohamad Al-Tarawi et
d’autres plus jeunes tels Racha Ragab, Hayssam Nawar, etc. Un
large éventail de petits tableaux sont offerts à l’appréciation
du public : peintures, gravures, etc. « Au mois de mai, j’ai
déjà organisé une exposition des œuvres d’une dizaine d’artistes
égyptiens et français. L’aménagement des salles d’exposition
n’était pas encore achevé, et les artistes étrangers venus
exposer en Egypte étaient à la recherche d’une salle disponible.
J’ai donc mis les salles d’exposition de la galerie en état de
les recevoir », explique Abdel-Rahmane.
Malgré son nom, il n’est question d’exposer
dans cette galerie que des portraits. « Pour moi, le mot
portrait est un mot-clé qui lie l’homme ordinaire aux arts
plastiques. Dans la culture de l’homme ordinaire, le mot évoque
un tableau, une peinture de paysage, etc. Choisir Portrait comme
nom de la revue et de la galerie était donc un gage de
vulgarisation approprié », souligne Abdel-Rahmane.
Dès lors, écrivains, critiques et artistes
vont emmêler plumes et pinceaux pour façonner les textures et
les reliefs des deux « portraits ».
May Sélim