La
situation en Somalie a connu un calme relatif après la
signature, jeudi dernier au Soudan, d’un accord de
reconnaissance mutuelle et de fin des hostilités entre les
tribunaux islamiques et le gouvernement provisoire. Cependant,
si la tension est tombée, de nombreux obstacles demeurent pour
rétablir la paix dans ce pays déchiré par une guerre civile
depuis 15 ans. Par cet accord également, les tribunaux
islamiques, qui contrôlent la capitale et une bonne partie du
pays, obtiennent une reconnaissance, voire une certaine
légitimité. En même temps, les chefs de guerre soutenus par les
Etats-Unis, se trouvent quasiment hors jeu. La lutte pour le
pouvoir en Somalie oppose donc désormais un gouvernement reconnu
mondialement mais dont l’autorité reste très limitée, et les
tribunaux islamiques maîtres des lieux mais indésirables autant
par les voisins de la Somalie que par la communauté
internationale.
A ce sujet, l’accord signé jeudi dernier
reste ambigu puisqu’il stipule « la reconnaissance de la
légalité du gouvernement de transition et la présence de
l’Alliance des tribunaux islamiques », selon les propos du
secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, qui parrainait
la rencontre des parties somaliennes. Il s’agit donc d’une trêve
en quelque sorte, les sujets les plus importants restent non
résolus, avec à leur tête la question de savoir qui tient
réellement les rênes du pouvoir dans ce pays.
La seule avancée réelle marquée par cet
accord serait donc d’avoir réuni sur une même table les deux
parties. D’autant plus que les tentatives de dialogue, elles,
avaient jusqu’à présent échoué. Le chef des tribunaux islamiques,
Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, a parlé d’« accord de paix », tandis
que le texte signé à Khartoum mentionne une simple fin des
hostilités entre les deux camps. Or, jusqu’à présent, il n’y a
eu aucun affrontement entre les miliciens islamistes et les
forces des institutions de transition. Le gouvernement veut donc
simplement éviter une avancée des milices islamistes vers Baïdoa
(250 km au nord-ouest de Mogadiscio), où sont installées les
institutions de transition.
Autre source d’ambiguïté, l’accord mentionne
« la présence de l’Alliance des tribunaux islamiques » dans le
pays, sans la qualifier plus précisément.
Nouveau rendez-vous le 15 juillet
Pour le reste, islamistes et gouvernement ont
renvoyé au 15 juillet « la poursuite du dialogue sans condition
préalable, dans le cadre de la reconnaissance mutuelle », sur
les questions cruciales de la sécurité et de l’autorité
effective sur le pays. Des négociations qui risquent d’être
difficiles. Nombre de sujets sensibles, tels que le déploiement
de troupes de maintien de la paix étrangères, le partage du
pouvoir ou le retour de l’exécutif à Mogadiscio, n’ont toutefois
pas été abordés à Khartoum et qu’il est difficile de régler.
De surcroît, une large part de la Somalie
reste à l’écart de cet accord. Une partie du sud du pays reste
sous le contrôle de chefs de guerre locaux, tandis que tout le
nord est dominé par deux entités qui rejettent tout pouvoir
central : le Somaliland, qui a autoproclamé son indépendance et
où vit près d’un tiers de la population, et le Puntland.
Ajoutant à l’incertitude, Abdourahman Ali Osman, le représentant
de l’Union des tribunaux islamiques, a estimé jeudi que l’accord
de Khartoum risquait d’exacerber les divergences entre les 14
composantes d’un mouvement à la cohésion fragile, où se côtoient
radicaux et modérés. « Certains radicaux pourraient ne pas être
contents. Voir les leurs échanger des poignées de mains avec ces
gens-là (les membres du gouvernement) ne les rend pas heureux »,
a-t-il souligné, ajoutant : « Ils pourraient essayer d’imposer
davantage de conditions parce que, ce qu’ils veulent, c’est voir
(le président) Abdoullahi Yousouf en fuite ».
Reste enfin la question du déploiement de
forces étrangères. A ce sujet, il semble que les tribunaux
islamiques, qui rejettent totalement cette idée, obtiendront
gain de cause. La question a été en effet occultée à Khartoum.
Seul le président soudanais, Omar Al-Béchir, a mis l’accent sur
« la nécessité de mettre fin au conflit et à l’état
d’instabilité en Somalie afin de freiner les tentatives
d’intervention étrangère dans les affaires d’un membre de la
Ligue arabe ».
Abir Taleb