Une
équipe archéologique égyptienne présidée par Abdel-Rahmane Al-Ayedi,
directeur du département des fouilles archéologiques au sein du
Conseil Suprême des Antiquités (CSA), vient de découvrir une
série de constructions dans la ville du Fayoum, au sud du Caire.
Des greniers, des bâtiments administratifs et des résidences
viennent d’être révélés autour du fameux temple de Madinet Madi
qui remonte à la XIIe dynastie (1991-1783 av. J.-C.). En fait,
cette série de découvertes pourrait, selon les spécialistes,
donner des informations essentielles sur la construction du
temple de Madinet Madi, qui a été achevé pendant le règne du
pharaon Amnemhat IV (1808-1799 av. J.-C.) et qui est le seul
temple encore intact du Moyen Empire.
« Cette découverte peut être considérée comme
l’une des plus importantes au Fayoum, car elle révèle les restes
de tous les éléments architecturaux qui composaient le temple de
Madinet Madi », a affirmé Zahi Hawas, le secrétaire général du
CSA. En fait, ce site, depuis près de trois mois, s’était
transformé en ruche et depuis, les découvertes ne cessent de se
poursuivre presque tous les jours. En deux mois et demi et après
avoir déblayé le site, les annexes architecturales du temple ont
commencé à émerger. « Nous avons aussi trouvé la muraille qui
encerclait les temples et leurs annexes », affirme Achour Khamis,
un inspecteur du site. Cette dernière, bien qu’elle soit
partiellement dégagée, fait à présent quelque 400 mètres de
long. Elle sépare en fait deux mondes : le sacré représenté par
le complexe religieux et les maisons des citoyens qui vivaient
sur le site. « Cette distinction apparaît clairement à travers
les deux côtés de la muraille : du côté de la ville, il n’y a
aucune peinture, alors que l’autre côté est décoré par des
représentations de divinités à l’instar de la déesse des
moissons Renenoutet, Hathor et les dieux Sobek et Horus »,
explique l’inspecteur.
Les greniers et les bâtiments administratifs
découverts auraient appartenu aux prêtres du temple, qui était
dédié à Renenoutet, déesse des moissons, ainsi qu’au dieu-crocodile
Sobek et au dieu-faucon Horus. La découverte permet de
comprendre comment les Anciens Egyptiens avaient construit le
temple avec des briques de boue et placé des carreaux de pierre
calcaire sur le sol du monument, flanqué de chaque côté de
statues ressemblant au sphinx.
« Les murs de la plupart de ces pièces
conservent encore leurs peintures. Par ailleurs, les peintures
des autres sont tombées peut-être à cause des tremblements de
terre qui ont secoué le site », affirme Khamis. Pour lui, ces
couleurs et ces dessins ont besoin d’être étudiés pour
déterminer leurs caractères symboliques.
Dans
les bâtiments administratifs, les membres de la mission
égyptienne ont découvert un tas de papyrus en démotique et grec
« qui composent les archives du temple ptolémaïque », explique
l’inspecteur, de même que des sceaux utilisés par les prêtres de
Renenoutet comportant des inscriptions hiéroglyphiques, une
statue sans tête en pierre calcaire, une statue d’une femme en
bronze. Certains des papyrus découverts contenaient des
correspondances royales, comme celle entre la femme de Ptolémée
Ier et le prêtre du temple de Renenoutet, « le remerciant de la
splendeur des services du temple », a indiqué M. Hawas. La
mission a dégagé de même des monnaies, des lampes et des ostraca
sur lesquels sont inscrits les échanges commerciaux quotidiens
entre Madi et les autres villes du Fayoum, notamment Teptynis et
Bakhias, à savoir que Madinet Madi a été pour longtemps l’une
des plus importantes stations sur la route des caravanes
commerciales entre le Soudan et la Syrie.
Le sceau de Renenoutet
La
mission a en plus dévoilé plusieurs greniers voûtés et un four
qui produisait le pain pour le temple en principe et le reste
fut vendu aux villes voisines.
Parmi les découvertes les plus importantes
pour Al-Ayedi est celle d’un sceau en or sur lequel est inscrit
le nom du prêtre de la déesse Renenoutet qui est d’une forme
rectangulaire de 3,5 cm de longueur x 2,5 cm de largeur,
celui-ci pèse 33,5 grammes. « C’était le même poids que la
monnaie grecque, la drachme », ajoute Al-Ayedi. Ce sceau a été
trouvé dans les vestiges de l’une des plus belles pièces que les
spécialistes supposent être le bureau du grand prêtre, dont les
murs portent beaucoup de dessins et de peintures différents des
autres. En outre, la mission a dévoilé le dromos de 116 x 9
mètres. A l’instar de l’allée des béliers du Karnak, le temple
d’Amnemhat III est précédé de deux rangs de statues de lions au
lieu des moutons.
Les récentes découvertes ont mis au jour un
autre temple grec derrière celui d’Amnemhat III. A cet endroit,
il y avait un tas de blocs de calcaire éparpillés. « Nous les
avons reconstruits et nous avons constaté que ces blocs
composaient des colonnes qui entouraient une grande salle »,
reprend Al-Ayedi. Pour les spécialistes, c’était la salle
publique du rassemblement du peuple pour écouter les conseils du
prêtre. Celle-ci est précédée d’une autre salle plus étroite et
dont l’entrée est de l’est. Si ce nouveau temple est bien
identifié pour les experts, l’étroite salle reste toujours
ambiguë. Par ailleurs, « ces nouvelles découvertes ont modifié
les anciennes planifications du site réalisées par le
papyrologue Achille Vogliano », commente Al-Ayedi .
Doaa Elhami