Al-Ahram Hebdo,Société | Lequel est le sexe faible ?
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 3 au 9 mai 2006, numéro 608

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Société
Famille. Cela relève peut-être de l’insolite, mais des hommes s’estiment réprimés et marginalisés par des femmes aux revendications de plus en plus spectaculaires. Pour se défendre, ils ont constitué une association.

Lequel est le sexe faible ?

Elles deviennent de plus en plus envahissantes, semble-t-il. Elles ne laissent aucun moment de répit à ces hommes qui, de macho et dominateurs, revendiquent maintenant plus d’égards. « En allumant la cuisinière, en ouvrant la fenêtre, en lisant les journaux ou en regardant la télévision, c’est la même rengaine, les femmes réclament de plus en plus de droits, j’en ai par-dessus la tête », commente Chérif, 38 ans, avec dérision. Ce célibataire endurci hésite d’ailleurs à se marier. Sa phobie est de tout perdre en cas de divorce, puisque la loi accorde le droit au logement aux femmes qui ont des enfants en bas âge. Chérif n’est pas une exception, beaucoup d’hommes se sentent opprimés dans une société où les femmes réclament de plus en plus de droits. Et face à de telles réactions, le Dr Farouq Loutaif, professeur de psychologie à l’Université de Aïn-Chams, a décidé de créer une association pour rétablir l’équilibre entre hommes et femmes et par la même occasion défendre les droits des hommes. Il explique que l’association n’est pas contre la femme, mais elle a pour objectif de rendre la relation du couple plus harmonieuse. Selon Loutaif, il est temps d’éclaircir ou d’abolir certaines idées reçues bien ancrées dans l’esprit des gens. Et d’expliquer que certaines associations féminines ont créé un état d’animosité envers l’autre sexe et encouragent les législateurs à promulguer des lois qui interviennent dans les moindres détails de la vie d’un couple. « Un mariage signifie aujourd’hui procès, Parquet et huissier. Un phénomène qui risque de déstabiliser l’équilibre familial », commente le Dr Loutaif tout en expliquant que l’association intitulée Al-Mostadaafine fil ard (Les Déshérités sur terre) a pour objectif de lutter contre toute forme d’injustice et sans discrimination de sexe. Une vision hétéroclite ayant provoqué un débat houleux et mis l’accent sur les sujets de divergence entre l’homme et la femme. Et une question s’impose : « Est-ce que réellement la femme bénéficie de tous ses droits, voire plus de manière à léser son époux ? ».

N’est-ce pas plutôt une initiative misogyne à l’heure où les femmes ont encore beaucoup de droits à acquérir ?

Le Dr Fardos Bahnassi, activiste féministe et membre de plusieurs ONG féminines, s’étonne et pense que la femme ne jouit pas pleinement de ses droits et qu’elle est encore persécutée. « Beaucoup de lois ne sont pas en notre faveur. Par exemple en cas d’adultère, la femme qui attrape son mari en flagrant délit et l’assassine est condamnée à mort ou à la prison à perpétuité, alors que la justice est moins sévère envers l’homme. Et si parfois dans des cas de divorce la femme conserve le logement, c’est bien pour protéger les enfants ; ces derniers, une fois grands, peuvent choisir de vivre avec leur père, et la mère est chassée dehors et perd tout », explique Fardos, tout en ajoutant que la femme ne rencontre que des passe-droits et de l’injustice. « Une femme victime d’un viol est considérée aux yeux de la société comme étant la pécheuse, car elle a donné la chance à son violeur de l’approcher. Les cas de divorce par contumace sont aussi une preuve d’iniquité. Et cette femme qui vit seule doit non seulement travailler pour subvenir aux besoins de ses enfants et à leurs dépenses, mais aussi s’occuper de tous les soucis de la maison. D’après les statistiques, une femme sur trois est battue. 97 % des crimes pour atteinte à l’honneur ont été commis par un père ou un proche, et dernièrement, lors des élections, les femmes faisaient partie des premières victimes de violence. Peut-on dire alors que la femme est la persécutrice ? ! ».

Et le Dr Loutaif reconnaît l’existence d’une dualité dans la façon de penser des hommes. Si la femme a obtenu ses droits à l’éducation, au travail, et qu’elle peut attirer dans ce contexte par sa vivacité d’esprit, elle est toujours vue par son mari comme à l’époque des harems. « En parallèle, on n’a rien fait pour faire évoluer la mentalité des hommes », estime-t-il.

Un avis soutenu par beaucoup de femmes, à l’exemple de Radwa, 30 ans, mariée et mère de deux enfants, qui dit que la femme n’a toujours pas le droit d’exprimer son opinion, y compris dans les moindres détails qui concernent sa famille, même si elle contribue au budget.

Les hommes jouent les victimes

Cependant, le Dr Loutaif reproche aux médias de marteler des slogans qui incitent la femme à se révolter constamment, ce qui provoque une déstabilisation dans la société. Résultat, selon lui et d’après une étude effectuée par le Centre des recherches sociales et criminelles, 37 % d’hommes seraient battus par leurs femmes. Mais Fardos critique cette étude qu’elle trouve incongrue, étant donné que l’échantillon sélectionné pour ce sondage était constitué de femmes en détention. Azza Soliman, activiste travaillant à l’Institut des causes de la femme, poursuit que les femmes qui ont commis des crimes contre l’autre sexe en avaient assez d’être maltraitées par leurs conjoints et ont dû à un moment ou un autre perdre la raison. Et d’ajouter : « Si quelques associations incitent les femmes à tenir tête aux hommes, d’autres revendiquent des droits et sans discrimination de sexe ». Et d’ajouter : « Ceux qui dénoncent l’oppression ont-ils conscience qu’un grand nombre de femmes restent attachées à un homme sans pouvoir divorcer ni bénéficier d’une pension alimentaire, alors que l’homme peut refaire sa vie normalement ? Il prendra une seconde épouse, sans regret ni remords ».

La femme qui bénéficie aujourd’hui du droit de kholea, selon elle, n’est pas privilégiée par rapport à l’homme, qui peut à n’importe quel moment répudier sa femme. Imane Beibars, responsable de l’Association du développement et du progrès de la femme, met l’accent sur des études faites par l’association entre 2000 et 2004, qui révèlent que 35 000 époux ont divorcé de leurs femmes et sans raisons précises, alors que le nombre de procès pour kholea depuis la promulgation de la loi n’a pas dépassé les 8 000 dans trois gouvernorats et que la plupart de ces femmes attendaient ce divorce depuis de longues années. « Ce droit au kholea n’a pas encouragé plus de femmes à divorcer, car pour elles, cela signifie perdre tous ses droits matériels ». Et elle se demande : quelle est la loi qui a été promulguée et qui a créé une animosité envers l’homme ? « Les lois décrétées ne reflètent que des droits dictés par la charia, comme le kholea et la loi d’accorder la nationalité aux enfants de père étranger et de mère égyptienne. Un avantage qui profite surtout aux mâles, puisque les filles peuvent obtenir la nationalité en épousant un Egyptien. Il ne faut pas oublier que ce sont les associations féministes qui ont réclamé que l’homme ait droit à la pension de retraite de sa femme après sa mort », souligne Beibars, tout en ajoutant que la femme reste toujours soumise et malmenée alors que 30 % des familles égyptiennes sont soutenues par elles. Une autre preuve : on ne compte que deux femmes ministres, et 1,9 % de femmes au Parlement. Où sont donc les avantages dont bénéficient les femmes ?

Les médias accusés

Il semble, comme l’affirment un bon nombre d’intéressés, que le langage utilisé par les médias amplifie les choses, car lorsque la femme obtient gain de cause, tout le monde en fait des gorges chaudes. Une publicité qui vise à embellir l’image de la société qui veut se montrer développée, mais ne l’est pas en réalité. « C’est un moyen pour dire au reste du monde que la femme est respectée, mais en vérité, c’est du bla-bla dans le vide », confie Fardos. Un avis partagé par le Dr Ahmad Abdallah, psychiatre qui offre des consultations aux couples en difficulté. Il souligne que de telles campagnes irritent les hommes qui voient les choses superficiellement ou avec dualité, alors que la société n’a pas réellement évolué. « La modification dans la législation doit être accompagnée d’un changement de mentalité et de culture. Et le fd’accorder un droit à la femme alors que la société n’est pas encore préparée la met davantage sous pression », poursuit Abdallah.

Egalement, le Dr Loutaif cite l’exemple du droit acquis des femmes, celui d’obliger l’homme à mettre au courant sa femme de son remariage. « Une décision qui a provoqué un tollé, puisque beaucoup de femmes, afin de préserver leur dignité, sont obligées de demander le divorce même si elles ne le souhaitent pas, comme lui ont confié quelques patientes. Certaines craignent de perdre l’aide financière qu’elles perçoivent de leurs maris, mais face à la pression de la société, elles cèdent. Résultat : on constate plus de cas d’adultère ou de mariage orfi ».

Une opinion rejetée par Fardos qui insiste sur le fait que la femme est un être humain qui a le droit d’être respectée. « L’homme n’accepte pas que sa femme lui cache un secret, pourquoi n’a-t-elle pas le droit de savoir qu’il vit en concubinage avec une autre ? Et ensuite, elle pourrait choisir, de poursuivre sa relation avec lui ou la couper, car elle n’admet pas l’idée d’être la moitié d’un homme ».

En fait, partager la société en deux en créant un conflit éternel est la pire des choses. Et selon le Dr Abdallah, il est temps de mettre fin à ce type de comportement. « Il faut agir en tant que famille, noyau essentiel de la société, pour réclamer nos droits en tant que citoyens ».

Et c’est ce que souligne l’écrivaine féministe Salwa Bakr, en affirmant qu’il faut revendiquer des droits en faisant abstraction du sexe. « Les conditions politiques, économiques et sociales privent les citoyens de beaucoup de droits et si les hommes se sentent opprimés, c’est parce que la société est elle-même opprimée, et c’est ce qui provoque des divergences ». Et d’ajouter : « Certaines associations n’ont pas d’objectifs précis, à l’exemple de ce colloque organisé par l’une d’elles et qui dénonce la circoncision des hommes. Est-ce là nos priorités sociales pour le moment ? », s’indigne-t-elle, tout en assurant qu’elle ne trouve aucun inconvénient à ce qu’une association défende les droits des hommes, car cela permettra plus de dialogue autour de la relation entre les deux sexes et autour de leurs droits. Et le Dr Loutaif, qui aspire à un tel dialogue, espère changer certaines idées bien ancrées chez les gens. Et il ajoute qu’« en l’absence d’un raisonnement cohérent et d’une évolution de la mentalité, c’est la violence qui prime ».

Doaa Khalifa

Ghada Ismaïl

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistants techniques: Karim Farouk - Dalia Gabr
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.