Un rapprochement sino-saoudien est en marche.
En témoignent les importants contrats signés ou examinés par les
deux pays. Des accords non dénués d’une importante dimension
politique.
Parmi les plus gros projets en cours d’examen
est celui proposé par la Chine lors de la visite la semaine
dernière de son président Hu Jintao à Riyad. Il s’agit de doter
la quatrième économie mondiale d’une réserve stratégique de
pétrole alimentée par l’Arabie saoudite. En vertu de cette
proposition, quelque 100 millions de barils de brut,
correspondant à environ 10 jours de production pétrolière du
royaume, seraient stockés dans cette réserve. Ce projet a pour
le royaume un intérêt surtout économique, mais il correspond
aussi à sa volonté de rééquilibrer ses relations avec les
Etats-Unis au bénéfice de l’Asie.
L’Arabie saoudite et la Chine ont besoin
l’une de l’autre. Pékin a besoin d’énergie pour réaliser son
ambitieux plan de développement, et peu de pays peuvent
concurrencer l’Arabie saoudite pour assurer un approvisionnement
pétrolier régulier. Pour sa part, l’Arabie veut développer son
infrastructure pour consolider sa croissance économique, ce qui
se traduit par des méga-projets. Pour cela, la meilleure adresse,
ce sont les compagnies chinoises.
Le projet serait ainsi mutuellement bénéfique.
Pour Pékin, constituer des réserves pétrolières serait une
initiative importante d’un point de vue stratégique pour
soutenir son envolée économique et ne pas se retrouver dans une
situation de pénurie. Pour Riyad, déjà principal fournisseur de
la Chine en brut, cela maintiendrait un certain niveau de
demande, à un moment où le président américain George W. Bush
souhaite que les importations américaines de pétrole en
provenance du Moyen-Orient diminuent de 75 % d’ici à 2025. En
revanche, la Chine dépend de manière croissante du Moyen-Orient
pour son approvisionnement en brut. Il est donc logique que
Riyad renforce ses relations avec Pékin dans l’intérêt de son
économie.
Ce rapprochement sino-saoudien est aussi
d’une importante dimension politique. L’Arabie, qui fait l’objet
de pressions américaines croissantes depuis le 11 septembre 2001
pour introduire des réformes politiques, souhaite être moins
dépendante de son allié traditionnel, les Etats-Unis. Riyad
essaie ainsi d’équilibrer ses relations en s’ouvrant sur des
puissances économiques émergentes comme l’Inde et la Chine.
Preuve : la tournée « historique » du roi Abdallah, fin janvier
dernier, en Asie, où il a signé d’importants accords de
coopération, notamment sur la fourniture du pétrole et du gaz .