Al-Ahram Hebdo, Opinion | Edito
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 Semaine du 3 au 9 mai 2006, numéro 608

 

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Opinion

 Edito
Rééquilibrage

Un rapprochement sino-saoudien est en marche. En témoignent les importants contrats signés ou examinés par les deux pays. Des accords non dénués d’une importante dimension politique.

Parmi les plus gros projets en cours d’examen est celui proposé par la Chine lors de la visite la semaine dernière de son président Hu Jintao à Riyad. Il s’agit de doter la quatrième économie mondiale d’une réserve stratégique de pétrole alimentée par l’Arabie saoudite. En vertu de cette proposition, quelque 100 millions de barils de brut, correspondant à environ 10 jours de production pétrolière du royaume, seraient stockés dans cette réserve. Ce projet a pour le royaume un intérêt surtout économique, mais il correspond aussi à sa volonté de rééquilibrer ses relations avec les Etats-Unis au bénéfice de l’Asie.

L’Arabie saoudite et la Chine ont besoin l’une de l’autre. Pékin a besoin d’énergie pour réaliser son ambitieux plan de développement, et peu de pays peuvent concurrencer l’Arabie saoudite pour assurer un approvisionnement pétrolier régulier. Pour sa part, l’Arabie veut développer son infrastructure pour consolider sa croissance économique, ce qui se traduit par des méga-projets. Pour cela, la meilleure adresse, ce sont les compagnies chinoises.

Le projet serait ainsi mutuellement bénéfique. Pour Pékin, constituer des réserves pétrolières serait une initiative importante d’un point de vue stratégique pour soutenir son envolée économique et ne pas se retrouver dans une situation de pénurie. Pour Riyad, déjà principal fournisseur de la Chine en brut, cela maintiendrait un certain niveau de demande, à un moment où le président américain George W. Bush souhaite que les importations américaines de pétrole en provenance du Moyen-Orient diminuent de 75 % d’ici à 2025. En revanche, la Chine dépend de manière croissante du Moyen-Orient pour son approvisionnement en brut. Il est donc logique que Riyad renforce ses relations avec Pékin dans l’intérêt de son économie.

Ce rapprochement sino-saoudien est aussi d’une importante dimension politique. L’Arabie, qui fait l’objet de pressions américaines croissantes depuis le 11 septembre 2001 pour introduire des réformes politiques, souhaite être moins dépendante de son allié traditionnel, les Etats-Unis. Riyad essaie ainsi d’équilibrer ses relations en s’ouvrant sur des puissances économiques émergentes comme l’Inde et la Chine. Preuve : la tournée « historique » du roi Abdallah, fin janvier dernier, en Asie, où il a signé d’importants accords de coopération, notamment sur la fourniture du pétrole et du gaz .

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