\La voilà la sédition confessionnelle qui
resurgit de nouveau, nécessitant une pause ferme et une étude
minutieuse des racines du problème et de sa véritable ampleur.
Il faut y apporter un véritable remède, tel le chirurgien qui
éradique les racines du mal et ne se contente pas de recourir
aux calmants. La situation de l’Egypte d’aujourd’hui, à l’aube
du XXIe siècle, ressemble beaucoup à sa situation à la fin du
XIXe siècle au niveau de la prédominance de l’influence
étrangère des grandes puissances qui va de pair avec
l’importance grandissante qu’acquiert le courant isolationniste,
que ce soit parmi les coptes d’Egypte ou les musulmans.
La question est de savoir si nous
parviendrons à faire face à ce courant comme l’ont déjà fait nos
aïeux au début du siècle passé. Pourrons-nous établir un climat
sain qui renforcerait la solidarité entre les Egyptiens ?
Pourrons-nous contrecarrer les tentatives de l’Occident visant à
développer cette tendance au sein du pays et à en tirer le
maximum de profit ? D’ailleurs, les registres de l’Histoire nous
en disent long sur la résistance des Egyptiens face aux colons.
Lord Cromer n’avait-il pas réussi à diviser les rangs des
Egyptiens ?
Quand je parle du courant isolationniste, je
ne vise pas uniquement les coptes, mais ceci s’applique au même
titre au courant extrémiste islamiste. Ce courant est très
malsain, au point de violer les préceptes de l’islam en
instrumentalisant la pression sur les coptes pour embarrasser le
gouvernement et régler les comptes avec lui. Avant d’avancer mes
propositions sur la solution adéquate, il me semble nécessaire
de rappeler les piliers que je considère comme les bases du
règlement :
— Rappelons que toutes les religions prônent
la justice et la tolérance comme elles dénoncent au même titre
la violence et le crime. Personne ne peut nier que le
christianisme est une religion de paix et qu’elle est dans son
essence tout à fait éloignée de la violence. Malgré cela, ses
adeptes au fil de l’Histoire ont commis en son nom les crimes
les plus atroces. Depuis les conflits sanglants en Europe entre
protestants et catholiques et les centaines de milliers de
victimes qui ont péri jusqu’aux croisades qui ont égorgé des
milliers de musulmans, de chrétiens, d’Arabes et de juifs, et
tout ceci au nom de la croix. Sans oublier les tribunaux
d’inquisition et l’extermination de plus 20 millions de
musulmans et de juifs en Espagne. Et enfin, les massacres
perpétrés par les Serbes contre les musulmans et les croates
chrétiens qui n’appartiennent pas à leur communauté religieuse.
De la même manière, au nom de l’islam, les
Khawareg ont tué l’un des califes musulmans les plus purs, qui
est l’imam Ali. Un groupe de musulmans a également tué des
milliers d’innocents à New York. C’est pour cela que l’appel au
respect des vrais préceptes des religions s’adresse à toutes les
confessions.
— Les coptes n’ont connu la sécurité et la
paix qu’avec l’entrée de l’islam en Egypte. L’éminent copte le
penseur William Qellada a considéré dans son livre Les Chrétiens
et les musulmans sur la terre d’Egypte que la rencontre de Amr
Ibn Al-As avec Benjamin, le patriarche des coptes, à l’entrée de
l’islam en Egypte en 640 constituait un point de départ dans les
relations des adeptes des deux religions. L’Histoire nous dit
que le patriarche avant cette date se réfugiait pour fuir la
persécution des Romains, chrétiens. C’est pourquoi en
m’adressant à mes frères coptes, je leur dis que nous devons
reconnaître les réalités historiques et développer une relation
saine entre les deux composantes de la société.
— Le système juridique égyptien reconnaît
l’égalité complète entre tous les citoyens sans discrimination
aucune. D’autant plus que la pensée dominante dans la société
égyptienne dans son mouvement et ses différents contacts
s’appuie sur le principe de l’égalité absolue. C’est ce que le
président a confirmé dans sa rencontre avec les membres de
l’organisme parlementaire du PND du 18/4/2006. C’est pourquoi
toute remise en cause de ce principe de base n’est pas
acceptable et doit être dévoilée au grand jour. Parce que ce qui
nuit le plus, c’est d’adopter la politique de la dissimulation
des réalités pour éviter de les affronter. Le plus erroné serait
le recours à cette politique qui repose sur l’utilisation des
dopants et autre désinformation pour régler les problèmes en
dehors du cadre de la loi.
— Les politiques du nouvel ordre mondial
aspirent à annuler les barrières psychologiques et mentales
entre ce qu’on considère comme affaires internes et entre les
affaires externes. Et ceci pour que des obstacles n’entravent
pas l’intervention des grandes puissances dans les affaires
intérieures des petits pays. L’Etat doit être sensibilisé sur ce
point et être capable de faire face à ces ingérences. Cependant,
ceci doit être accompagné d’une véritable réforme démocratique
susceptible de renforcer les liens entre les fils du peuple. La
constante au fil de l’Histoire, comme le dit le grand penseur
Tareq Al-Béchri, est que la communauté nationale en Egypte, tant
quelle est solidaire, devient capable de défendre les dangers
qui affrontent la nation. Ce qui nécessite une sensibilisation
au danger qui nous guette.
— La méthode d’agitation dépend en grande
partie de la diffusion des rumeurs dans tous les sens. Jusqu’à
maintenant, on ignore tout du nombre de chrétiens en Egypte, des
églises et de leur répartition conformément à la densité de
chaque communauté chrétienne.
Nous remarquons également que ceux qui
parlent de persécution et de division utilisent des expressions
générales sans avoir pour appui des événements spécifiques ou
des taux déterminés.
— Il faut reconnaître qu’il est du droit de
la majorité dans chaque patrie de former l’identité de ce pays
sans porter atteinte aux droits des minorités. A la lumière de
ces piliers qui posent des limites claires et nettes, une
solution fondamentale au problème peut être apportée de la
manière suivante :
— Promouvoir la réforme démocratique
rapidement de manière à permettre la croissance des partis et
l’évolution de leur rôle. Ceci ne ferait que raffermir des
musulmans et chrétiens avec les institutions de la société
civile et cantonnerait les questions religieuses aux
institutions religieuses uniquement.
— Déterminer les plaintes des coptes d’Egypte
de manière claire en se référant à des événements déterminés
auxquels il faudrait inévitablement apporter les solutions
adéquates.
— Il est nécessaire de fixer une loi
réglementant la construction des mosquées et des églises qui
répondraient aux besoins de la pratique de la religion pour tout
le monde sans discrimination.
— Appliquer la loi de manière ferme et juste.
— L’Etat doit fermer la porte de l’ingérence
étrangère dans les affaires internes quel que soit le prix qu’il
va payer.
— Appeler à la tenue d’un dialogue
islamo-chrétien pour régler la crise. Mais ceci doit se faire
dans un climat de transparence, d’audace et d’objectivité pour
servir l’objectif ultime, celui de réaliser l’égalité entre tous
les citoyens égyptiens. Cette conférence doit se tenir pour
parvenir aux réalités et devra prendre en charge d’établir un
pacte d’honneur qui fixerait les lignes rouges à ne pas dépasser
par les prêcheurs des deux religions. Elle doit également
présenter des propositions pour promouvoir le discours religieux
et doit confirmer l’unité nationale dans les programmes
scolaires.
Enfin, pour résumer, je dirai que l’unité
nationale est une nécessité inévitable pour la survie de
l’Egypte même. Une Egypte sans unité se transformera en des
clans dressés l’un contre l’autre. Ceux qui s’imaginent que le
fait de porter atteinte aux coptes limitera les séquelles à
cette tranche de la société ont tort. Les coptes font partie du
tissu de l’Egypte et n’importe quel déséquilibre se répercutera
négativement sur toute la nation .