Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamad Farid Khamis
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 Semaine du 3 au 9 mai 2006, numéro 608

 

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Opinion

 Le feu de la sédition n’épargnera personne

Mohamad Farid Khamis
Président de la commission de l’industrie au Conseil consultatif

\La voilà la sédition confessionnelle qui resurgit de nouveau, nécessitant une pause ferme et une étude minutieuse des racines du problème et de sa véritable ampleur. Il faut y apporter un véritable remède, tel le chirurgien qui éradique les racines du mal et ne se contente pas de recourir aux calmants. La situation de l’Egypte d’aujourd’hui, à l’aube du XXIe siècle, ressemble beaucoup à sa situation à la fin du XIXe siècle au niveau de la prédominance de l’influence étrangère des grandes puissances qui va de pair avec l’importance grandissante qu’acquiert le courant isolationniste, que ce soit parmi les coptes d’Egypte ou les musulmans.

La question est de savoir si nous parviendrons à faire face à ce courant comme l’ont déjà fait nos aïeux au début du siècle passé. Pourrons-nous établir un climat sain qui renforcerait la solidarité entre les Egyptiens ? Pourrons-nous contrecarrer les tentatives de l’Occident visant à développer cette tendance au sein du pays et à en tirer le maximum de profit ? D’ailleurs, les registres de l’Histoire nous en disent long sur la résistance des Egyptiens face aux colons. Lord Cromer n’avait-il pas réussi à diviser les rangs des Egyptiens ?

Quand je parle du courant isolationniste, je ne vise pas uniquement les coptes, mais ceci s’applique au même titre au courant extrémiste islamiste. Ce courant est très malsain, au point de violer les préceptes de l’islam en instrumentalisant la pression sur les coptes pour embarrasser le gouvernement et régler les comptes avec lui. Avant d’avancer mes propositions sur la solution adéquate, il me semble nécessaire de rappeler les piliers que je considère comme les bases du règlement :

— Rappelons que toutes les religions prônent la justice et la tolérance comme elles dénoncent au même titre la violence et le crime. Personne ne peut nier que le christianisme est une religion de paix et qu’elle est dans son essence tout à fait éloignée de la violence. Malgré cela, ses adeptes au fil de l’Histoire ont commis en son nom les crimes les plus atroces. Depuis les conflits sanglants en Europe entre protestants et catholiques et les centaines de milliers de victimes qui ont péri jusqu’aux croisades qui ont égorgé des milliers de musulmans, de chrétiens, d’Arabes et de juifs, et tout ceci au nom de la croix. Sans oublier les tribunaux d’inquisition et l’extermination de plus 20 millions de musulmans et de juifs en Espagne. Et enfin, les massacres perpétrés par les Serbes contre les musulmans et les croates chrétiens qui n’appartiennent pas à leur communauté religieuse.

De la même manière, au nom de l’islam, les Khawareg ont tué l’un des califes musulmans les plus purs, qui est l’imam Ali. Un groupe de musulmans a également tué des milliers d’innocents à New York. C’est pour cela que l’appel au respect des vrais préceptes des religions s’adresse à toutes les confessions.

— Les coptes n’ont connu la sécurité et la paix qu’avec l’entrée de l’islam en Egypte. L’éminent copte le penseur William Qellada a considéré dans son livre Les Chrétiens et les musulmans sur la terre d’Egypte que la rencontre de Amr Ibn Al-As avec Benjamin, le patriarche des coptes, à l’entrée de l’islam en Egypte en 640 constituait un point de départ dans les relations des adeptes des deux religions. L’Histoire nous dit que le patriarche avant cette date se réfugiait pour fuir la persécution des Romains, chrétiens. C’est pourquoi en m’adressant à mes frères coptes, je leur dis que nous devons reconnaître les réalités historiques et développer une relation saine entre les deux composantes de la société.

— Le système juridique égyptien reconnaît l’égalité complète entre tous les citoyens sans discrimination aucune. D’autant plus que la pensée dominante dans la société égyptienne dans son mouvement et ses différents contacts s’appuie sur le principe de l’égalité absolue. C’est ce que le président a confirmé dans sa rencontre avec les membres de l’organisme parlementaire du PND du 18/4/2006. C’est pourquoi toute remise en cause de ce principe de base n’est pas acceptable et doit être dévoilée au grand jour. Parce que ce qui nuit le plus, c’est d’adopter la politique de la dissimulation des réalités pour éviter de les affronter. Le plus erroné serait le recours à cette politique qui repose sur l’utilisation des dopants et autre désinformation pour régler les problèmes en dehors du cadre de la loi.

— Les politiques du nouvel ordre mondial aspirent à annuler les barrières psychologiques et mentales entre ce qu’on considère comme affaires internes et entre les affaires externes. Et ceci pour que des obstacles n’entravent pas l’intervention des grandes puissances dans les affaires intérieures des petits pays. L’Etat doit être sensibilisé sur ce point et être capable de faire face à ces ingérences. Cependant, ceci doit être accompagné d’une véritable réforme démocratique susceptible de renforcer les liens entre les fils du peuple. La constante au fil de l’Histoire, comme le dit le grand penseur Tareq Al-Béchri, est que la communauté nationale en Egypte, tant quelle est solidaire, devient capable de défendre les dangers qui affrontent la nation. Ce qui nécessite une sensibilisation au danger qui nous guette.

— La méthode d’agitation dépend en grande partie de la diffusion des rumeurs dans tous les sens. Jusqu’à maintenant, on ignore tout du nombre de chrétiens en Egypte, des églises et de leur répartition conformément à la densité de chaque communauté chrétienne.

Nous remarquons également que ceux qui parlent de persécution et de division utilisent des expressions générales sans avoir pour appui des événements spécifiques ou des taux déterminés.

— Il faut reconnaître qu’il est du droit de la majorité dans chaque patrie de former l’identité de ce pays sans porter atteinte aux droits des minorités. A la lumière de ces piliers qui posent des limites claires et nettes, une solution fondamentale au problème peut être apportée de la manière suivante :

— Promouvoir la réforme démocratique rapidement de manière à permettre la croissance des partis et l’évolution de leur rôle. Ceci ne ferait que raffermir des musulmans et chrétiens avec les institutions de la société civile et cantonnerait les questions religieuses aux institutions religieuses uniquement.

— Déterminer les plaintes des coptes d’Egypte de manière claire en se référant à des événements déterminés auxquels il faudrait inévitablement apporter les solutions adéquates.

— Il est nécessaire de fixer une loi réglementant la construction des mosquées et des églises qui répondraient aux besoins de la pratique de la religion pour tout le monde sans discrimination.

— Appliquer la loi de manière ferme et juste.

— L’Etat doit fermer la porte de l’ingérence étrangère dans les affaires internes quel que soit le prix qu’il va payer.

— Appeler à la tenue d’un dialogue islamo-chrétien pour régler la crise. Mais ceci doit se faire dans un climat de transparence, d’audace et d’objectivité pour servir l’objectif ultime, celui de réaliser l’égalité entre tous les citoyens égyptiens. Cette conférence doit se tenir pour parvenir aux réalités et devra prendre en charge d’établir un pacte d’honneur qui fixerait les lignes rouges à ne pas dépasser par les prêcheurs des deux religions. Elle doit également présenter des propositions pour promouvoir le discours religieux et doit confirmer l’unité nationale dans les programmes scolaires.

Enfin, pour résumer, je dirai que l’unité nationale est une nécessité inévitable pour la survie de l’Egypte même. Une Egypte sans unité se transformera en des clans dressés l’un contre l’autre. Ceux qui s’imaginent que le fait de porter atteinte aux coptes limitera les séquelles à cette tranche de la société ont tort. Les coptes font partie du tissu de l’Egypte et n’importe quel déséquilibre se répercutera négativement sur toute la nation .

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