Les
explosions de Dahab et d’Arich ont remis à l’ordre du jour le
débat autour des circonstances et des raisons qui poussent
certaines forces de l’extrémisme et du terrorisme à donner de
nouveaux coups aux régions touristiques du Sinaï. Elles ont
aussi soulevé de nombreuses questions : Pourquoi précisément le
Sinaï ? Pourquoi s’y répètent des attaques terroristes les jours
de fêtes nationales ? Existe-t-il une relation entre les trois
explosions ? Est-ce que le fait que le Sinaï soit exposé à des
éléments extérieurs à cause des contraintes militaires stipulées
par le traité de paix avec Israël l’expose davantage à de telles
attaques ?
Certaines questions sont allées encore plus
loin. Elles ont mis en doute la loyauté des habitants du Sinaï.
Leur soumission à l’occupation israélienne pendant de longues
années, leur proximité des territoires occupés en Palestine et
leurs liaisons tribales avec les Palestiniens ont-elles mené à
des violations non calculées ?
Ce qui s’est passé à Dahab et Arich est le
prolongement de ce qui s’est passé à Taba et Charm Al-Cheikh.
Jusqu’à présent, nous n’en connaissons pas les raisons ni ne
sommes parvenus à les déraciner. Nous continuons à les affronter
selon le système de l’élargissement du cercle des suspicions en
ajoutant de nouvelles listes d’accusés. Celles-ci regroupent
aujourd’hui des milliers de Sinaïens.
Le fait que ces explosions soient exécutées
par des kamikazes signifie que ces personnes adoptent une
position hostile contre le pays dans lequel ils vivent. Ceci
signifie aussi l’échec des politiques sécuritaires appliquées
dans la gestion du Sinaï, militaire ou sécuritaire.
Il serait erroné de considérer ces accidents
comme de simples activités extrémistes qui conduisent à la
violence et au terrorisme. L’absence de développement réel dans
la société sinaïenne et la négligence de ses intérêts sont le
meilleur allié de l’extrémisme. Les habitants du Sinaï sont en
effet considérés comme un obstacle à la stabilité sécuritaire et
au luxe social dont jouissent les foyers de pouvoir économique
sur les plages de la mer Rouge. D’où ce sentiment d’amertume qui
pousse à l’extrémisme et au terrorisme. Ceci rappelle les actes
de violence menés par les soldats des camps de sécurité centrale
qui ont attaqué la rue d’Al-Haram, ses hôtels et ses boîtes de
nuit il y a quelques années.
L’extrémisme religieux n’est pas le seul
responsable de ce qui se passe en Egypte que ce soit à
Alexandrie ou au Sinaï. L’extrémisme a de nombreuses raisons et
revêt de nombreux masques religieux, politiques et sociaux.
Lorsque les cadavres des kamikazes se sont envolés, il était
indispensable que s’envolent avec eux les explications
traditionnelles et les allégations sécuritaires et religieuses
autour des actes perpétrés au Sinaï.
Nous ne gagnerons pas notre lutte contre
l’extrémisme et le terrorisme sans un changement radical de
l’ensemble des politiques et pratiques répressives actuellement
appliquées. Ce avant que les erreurs de l’Etat ne deviennent le
meilleur allié de l’extrémisme .