Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy
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 Semaine du 3 au 9 mai 2006, numéro 608

 

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Opinion

 Un déséquilibré ... comme toujours !
Mohamed Salmawy

On ne peut pas continuer à considérer les attentats à répétition contre des objectifs religieux, musulmans ou coptes, comme des actes criminels dans lesquels notre rôle se limite à l’arrestation de l’auteur et sa comparution devant la justice, pour qu’il soit sanctionné ou non, s’il s’avère être un déséquilibré mental. Cette méthode a l’effet temporaire du calmant qui disparaît rapidement à l’apparition du suivant retardé mental.

Si les dernières violences d’Alexandrie étaient uniques en leur genre, on les auraient ignorées. Dans chaque société, de nombreux événements ont lieu et sont normalement gérés par les services de sécurité. Mais elles s’arrêtent là. Lorsque les accidents qui frappent au cœur même l’unité nationale se répètent, ils nécessitent une pause qui ne doit pas se contenter de l’arrestation de ses auteurs, de leur interrogatoire et de leur comparution devant la justice.

Les attentats d’Alexandrie qui ont visé les fidèles dans trois églises ne peuvent jamais être considérés comme un acte isolé, même si leur auteur est un criminel qui a agi seul. L’important ici n’est pas le nombre de personnes ayant perpétré le crime, mais l’existence d’un courant dans la société qui a préparé le terrain à ce crime.

Certains pays ont connu des actes de violence commis par certains groupes contre des minorités tels que les néo-nazis en Allemagne. Ce sont des groupes de jeunes racistes qui perpètrent des actes de violence contre les minorités sémites, juives et arabes. Il ne s’agit pas d’individus, mais de groupes bien soudés. Cependant, ces groupes ne représentent pas une tendance dominante au sein de la société allemande qui rejette dans sa majorité ces groupuscules. C’est pourquoi lorsque la police allemande arrête les auteurs de crimes racistes et les fait comparaître devant la justice, le rôle de la société prend fin.

Mais la répétition de ces actes désolants chez nous, avec récemment les événements d’Alexandrie et les retombées qui en découlent, démontre que nous avons tous une responsabilité à assumer, que les auteurs soient des individus ou des groupes. C’est la responsabilité de la société qui a sécrété au début des années 70 du siècle dernier un certain fanatisme religieux jamais connu auparavant. La négligence dont nous avons fait preuve à son égard au niveau politique et social n’a fait qu’aggraver le phénomène, au point d’atteindre le stade de crime.

Les gouvernements successifs ont ignoré le phénomène du fanatisme religieux, croyant que cette manière le fera disparaître et que les slogans éloquents de l’unité nationale régleront le problème. Nos gouvernements successifs ont cru qu’en reconnaissant le problème, ceci ouvrira la voie à l’ingérence étrangère sous prétexte de la protection des droits de l’homme. Malheureusement, ils avaient tort. Car la négligence de ce problème l’a aggravé au fil des années. Et les slogans sur l’unité nationale que nos médias n’ont cessé de répéter ont été vidés de leur sens. Au moment où le monde entier a estimé que l’aggravation du problème a été une raison d’appeler au respect des droits de l’homme.

Nous devons nous attaquer au problème à partir de ses racines qui comportent le remède. Au niveau pédagogique d’abord, nous devons poser la question suivante : l’enseignement que nous dispensons aux enfants de cette société contribue-t-il à donner naissance à une nouvelle génération ayant foi en le droit de citoyenneté pour chaque Egyptien, sans trop s’arrêter devant la religion de l’autre ? Ou bien est-ce un enseignement qui les sensibilise aux différences de religion qui séparent les deux composantes de la nation ? A notre époque, nous apprenions l’esprit de la religion avant d’apprendre ses pratiques, alors qu’aujourd’hui l’enseignement religieux ne connaît que les rites qui, une fois vidés de leur contenu, deviennent hostiles à l’esprit de la religion. Si ceci est en résumé l’état de nos écoles, vers où nous dirigeons-nous et quel type de génération nos écoles ont formé tout au long des 30 dernières années ?

Abordons maintenant le rôle des médias. Quel était le message des médias depuis le début des années 1970 ? N’étaient-ce pas les médias officiels qui ont fabriqué certains prédicateurs qui ont transformé notre sublime religion en farces influençant des millions de spectateurs ?

Le ministre de l’Information des années 1960 Mohamad Fayeq m’a dit qu’à cette époque, il y avait un taux limité de programmes religieux à la télévision et à la radio, et dont le rôle était d’évoquer le message de l’islam. Aujourd’hui, ce message a été complètement déformé. A titre d’exemple, j’ai vu à la télé un homme de religion passer plus d’une heure à parler de la façon d’entrer aux toilettes ! J’ai parlé à propos de ces futilités avec un professeur d’Al-Azhar qui ne voyait aucun inconvénient à suivre la sunna (tradition du prophète). Je lui ai alors rétorqué que la religion musulmane est bien plus profonde que ces formalités qui intéressent beaucoup nos cheikhs. Je lui ai également dit que le rythme de la vie moderne est devenu tellement rapide et les conditions de vie difficiles que les gens n’ont ni le temps, ni l’énergie de s’arrêter devant ces détails. Il a répondu que la religion musulmane est valable pour toutes les époques. Je lui ai répondu que oui, mais que ceci ne s’appliquait pas aux formalités.

Ceci nous mène à un 3e niveau après l’enseignement et les médias, celui de l’institution religieuse même. Regardons autour de nous pour voir ce qui la préoccupe actuellement : c’est de savoir si les statues sont compatibles ou non avec l’islam.

Est-il raisonnable que la fatwa de l’imam Mohamad Abdou, au début du siècle dernier, sur ce sujet soit plus moderne que celle de nos cheikhs d’aujourd’hui, qui nous renvoient à l’obscurantisme, à l’époque où les gens adoraient les statues ? Mohamad Abdou est allé jusqu’à faire l’éloge de la sculpture et qualifier cet art de « poésie silencieuse ». Il a même remercié les sculpteurs pour avoir excellé dans cet art qui ne porte aucune atteinte à la religion.

La responsabilité de l’institution religieuse est primordiale dans l’aggravation du phénomène de fanatisme religieux. Et puisque quelques-uns de ces fanatiques vont jusqu’à attaquer les gens du Livre qui ont été honorés par le Coran et qui ont été bien traités par les califes au début de l’entrée de l’islam en Egypte, il sera certain que leur message religieux comportera des lacunes. Al-Azhar a refusé la démolition par les Talibans des statues de Bouddha en Afghanistan et a dépêché une délégation pour convaincre ces extrémistes de ne pas les détruire. Comment Al-Azhar a-t-il réagi lorsqu’une personne parmi nous a tué un être humain pour la bonne et simple raison qu’il n’appartenait pas à sa religion ? Al-Azhar gardera-t-il son mutisme, se contentant de ce que font les services de sécurité ? Emettra-t-il un communiqué dénonçant l’acte, ou bien révisera-t-il son message rétrograde, qui nous a mené à l’état déplorable dans lequel nous vivons ?

L’essentiel n’est pas de savoir si un fou ou non a commis les attentats d’Alexandrie. Le fou est une personne qui laisse libre cours à ses pulsions déraisonnables. Mais malheureusement, les motifs malades qui ont conduit le criminel à commettre son acte ne sont pas propres à lui. Ils sont répandus chez les membres de notre société, enracinés par l’enseignement religieux vétuste, enseigné de longues années et cristallisé par la suite par nos médias ignorants. Tout ceci a été confirmé par l’actuel message religieux vétuste de notre institution religieuse. Agirons-nous différemment cette fois-ci, ou nous contenterons-nous, une fois de plus, d’arrêter le criminel et de dire qu’il est déséquilibré, pour finalement classer l’affaire ? Comme toujours .

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