Le processus de paix étant au point mort
depuis des années, les Palestiniens ont semble-t-il oublié leur
conflit avec les Israéliens pour s'occuper de leurs propres
différends. C'est ce qui prévaut en tout cas depuis l'arrivée au
pouvoir du Hamas. Difficile en effet d'œuvrer pour la relance
des négociations avec Israël avec des Palestiniens qui
n'arrivent même pas à s'asseoir à la même table. Le dialogue
national palestinien, prévu cette semaine pour tenter de trouver
une issue à la crise politique et financière, a été reporté en
raison de différends entre le Hamas et le Fatah. Selon Abdallah
Abdallah, le président de la commission politique du Parlement
palestinien, le gouvernement des islamistes du Hamas et le
président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbass du Fatah
n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur la personnalité
présidant la conférence. « Abou-Mazen a envoyé des invitations
pour cette conférence qu'il devait présider, mais nous avons
appris que le premier ministre, Ismaïl Haniyeh, et son
gouvernement voulaient être en charge de ce dialogue eux-mêmes
», a ajouté M. Abdallah, également député du parti Fatah de M.
Abbass.
En revanche, le Hamas a argué d'un manque de
préparation, nécessaire selon lui pour la « réussite » d'une
telle initiative. « Afin de réussir, tout dialogue doit être
bien préparé. L'ordre du jour et les mécanismes de sa tenue
doivent être acceptés par tous les groupes, ce qui n'est pas le
cas pour le moment », a affirmé le porte-parole du Hamas, Sami
Abou-Zouhri. « Je pense que nous avons besoin d'une semaine ou
deux pour préparer et présenter des propositions », a expliqué
pour sa part le porte-parole du gouvernement, Ghazi Hamad. M.
Abbass avait adressé samedi des invitations pour un dialogue
national, le 2 mai. Les participants devraient discuter « de la
protection de l’Autorité nationale, du renforcement de l’unité
nationale, des moyens de faire face au blocus imposé à notre
peuple et de la réactivation du rôle de l’Organisation de
Libération de la Palestine (OLP) ».
En réponse à cette invitation, le premier
ministre Ismaïl Haniyeh avait répliqué : « Nous n’entamons pas
ce dialogue avec le sentiment d’être dans l’impasse. Le peuple
palestinien est un peuple décidé et le gouvernement a été élu ».
En outre, il a prédit une solution rapide à
la crise qui empêche son gouvernement de payer les salaires des
165 000 fonctionnaires de l’Autorité. Héritier d’une dette de
1,3 milliard de dollars et privé de fonds directs par l’Occident
depuis son accession au pouvoir, le Hamas n’a pas été en mesure
de régler ces salaires en mars et en avril. M. Haniyeh,
considéré comme un dirigeant modéré du mouvement islamiste, n’a
pas précisé comment la crise des salaires allait être réglée. On
croit savoir néanmoins, de source parlementaire, que les
fonctionnaires palestiniens recevraient directement leurs
salaires de la Ligue arabe, sans passer par le ministère des
Finances, aux mains du Hamas. La ligue s’apprêterait à verser
les salaires de mars et d’avril, soit quelque 300 millions de
dollars.
M. Haniyeh a par ailleurs souligné que la
mise en quarantaine financière de son gouvernement et le blocus
israélien avaient provoqué une pénurie de médicaments et de
denrées de base. « J’invite les pays arabes et islamiques ainsi
que toutes les organisations sanitaires régionales et
internationales à intervenir immédiatement pour faire cesser
cette crise sanitaire », a-t-il dit.
Le gouvernement palestinien a par ailleurs
rejeté un appel du président français Jacques Chirac sur la
création d'un compte à la Banque mondiale pour financer les
Palestiniens. Ghazi Hamad a indiqué que l'appel de M. Chirac
désignait « le gouvernement comme une partie peu importante
vis-à-vis de la situation palestinienne, des salaires et de la
responsabilité sur l'argent ». « Si l'organisation
internationale contrôlait le processus de transfert de l'argent,
notre économie serait placée sous leurs politiques et cela
deviendrait une affaire sérieuse ».
Pendant ce temps, Israël profite de la
détérioration des rapports entre Abbass et Haniyeh et de la
persistance de la crise financière. Tel-Aviv a décidé dimanche
d'accélérer la construction du mur de séparation controversé en
Cisjordanie.
Rania Adel