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 Semaine du 3 au 9 mai 2006, numéro 608

 

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Soudan . Les pressions s’intensifient de part et d’autre pour arracher un accord de paix sur le Darfour. Les chances restent pourtant minimes.

Course contre la montre

C’est ce mercredi qu’expire le délai supplémentaire de 48h accordé aux négociateurs d’Abuja pour aboutir à un accord sur le Darfour. Sous les pressions de l’Union Africaine (UA), de l’Onu et des Etats-Unis, les délégations des rebelles du Darfour et du gouvernement soudanais sont sommées de trouver un compromis. Mission difficile. Les tractations qui se poursuivent depuis des mois ont été ardues, et les différends sont tels qu’il a été impossible de respecter la date butoir imposée par l’UA et qui donnait aux deux parties jusqu’à la fin avril pour arriver à un accord. C’est du côté de la rébellion que l’obstination a empêché la signature, à la date initialement prévue, du texte soumis aux différentes parties le 23 avril dernier. Les rebelles, divisés en deux mouvements et trois factions, exigent en effet des concessions de la part de Khartoum et des garanties de la communauté internationale. Malgré les pressions, ils campaient toujours sur leur position lundi après-midi : « Notre problème (...) c’est que la proposition de paix de l’UA ne tient pas compte de nos demandes cruciales », a déclaré Saifaldin Haruon, un porte-parole du principal mouvement rebelle, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A). Pour le porte-parole du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), Ahmed Hussain, « il faut maintenant que le gouvernement soudanais fasse preuve de volonté politique et accepte les revendications des populations du Darfour présentées par les mouvements ». « C’est sur cette base que nous verrons si nous signons l’accord ou pas », a-t-il ajouté, estimant que « le gouvernement soudanais doit être tenu pour seul responsable si les négociations échouent ».

Les deux rébellions reprochent notamment au projet d’accord de l’UA, établi après deux ans de négociations à Abuja, de ne pas leur accorder de vice-présidence et de ne pas faire des trois Etats du Darfour une seule province. Selon leurs porte-parole, elles demandent également à ce que le texte soit plus clair sur le désarmement des milices arabes pro-gouvernementales, les Djandjawids, sur les compensations pour les populations victimes de la guerre, ainsi que sur les modalités de partage du pouvoir et des richesses. Les rebelles, qui ne cachent pas leur défiance vis-à-vis de Khartoum, demandent aussi l’implication de la communauté internationale comme garante de l’accord et de sa mise en œuvre.

C’est donc sur les mouvements rebelles que la communauté internationale a intensifié ses pressions ces derniers jours. Le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, les a exhortés lundi à accepter « sans délai » l’accord, « afin que puisse être mis un terme aux souffrances et aux destructions au Darfour ».

Washington a également accentué sa pression en envoyant à la capitale nigériane où se tiennent les pourparlers le numéro deux du département d’Etat, Robert Zoellick, pour tenter d’arracher un accord. Le secrétaire d’Etat adjoint « tentera d’aider la médiation de l’UA à trouver des solutions aux questions encore un suspens sur un accord de paix au Darfour », a indiqué le porte-parole du département d’Etat, Sean McCormack, en annonçant la mission de M. Zoellick.

Le gouvernement plus flexible

Du côté du gouvernement, on tente de faire porter la responsabilité d’un éventuel échec des pourparlers à la rébellion. Le porte-parole de la délégation soudanaise, Abdel-Rahman Zuma, a affirmé lundi que son « gouvernement est prêt à négocier » et que « la porte n’est pas close », rappelant que Khartoum restait disposé à signer le texte en l’état. La veille déjà, avant l’expiration du délai initial, la délégation de Khartoum avait réitéré son engagement « de bonne foi » à signer l’accord visant à mettre un terme à la guerre.

Mais les chances d’adoption d’un accord restent faibles malgré le délai supplémentaire de 48h et les pressions accrues. Le vice-président soudanais, Ali Osman Mohamed Taha, a quitté lundi Abuja. Arrivé il y a trois semaines, il avait eu des entretiens en tête-à-tête qui avaient suscité l’espoir d’une issue positive. Mais un diplomate suivant de près les discussions a dit que Taha était reparti parce que ses derniers entretiens avec les dirigeants rebelles lui avaient donné l’impression qu’ils refusaient d’en venir aux questions substantielles. « Ses réunions d’hier avec les mouvements (rebelles) ont été très négatives. Ils étaient vraiment insultants à l’égard du gouvernement », a souligné le diplomate en se disant « déprimé ».

Le pessimisme est aussi de mise auprès des délégations rebelles. « Je crois que les chances sont très minces (...) Je ne pense pas que les mouvements comprennent qu’ils ont laissé passer leur grande chance (...) Minni n’a plus qu’à se rendre compte que la partie est terminée », déclare-t-on de source diplomatique en faisant allusion à Minni Arcua Minnawi, dirigeant de la faction principale de l’Armée de libération du Soudan. L’accord du groupe de Minni est jugé déterminant pour tout compromis parce qu’il contrôle les forces les plus nombreuses sur le terrain. Le chef de l’autre faction de la SLA, Abdel-Wahed Mohammed Al-Nour, est isolé. Quant au JEM, les diplomates le présentent comme le plus intransigeant des trois.

A quelques heures de l’expiration du délai, les mises en garde contre un échec des pourparlers se sont multipliées. « Si nous quittons cet endroit sans accord de paix, le monde ne nous pardonnera pas », a déclaré le médiateur en chef de l’Union africaine pour le conflit au Darfour, Salim Ahmed Salim.

Reste à savoir quelles seront les conséquences d’un éventuel échec. Selon des observateurs, si l’accord n’est signé que par l’une des parties, aucune négociation ne serait plus possible et cela risquerait de bloquer définitivement le processus. Pire encore, le secrétaire général de l’Onu pour le Soudan, Jan Pronk, a déclaré qu’en cas d’insuccès des négociations, il devra « présenter un rapport au Conseil de sécurité des Nations-Unies (...), qui décidera des conséquences politiques » qui pèseront sur les rebelles. Si le gouvernement a réussi en quelque sorte à sauver sa peau en se déclarant prêt à la paix, et que les conséquences pèseront lourd principalement sur les rebelles, la principale victime du conflit restera la population civile, qui a déjà payé le lourd tribut de la guerre : entre 180 000 et 300 000 morts et plus de deux millions de déplacés en trois ans.

Abir Taleb

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