En Egypte, le chômage est le produit
d’un ensemble complexe de faits qui s’enchevêtrent, dont
notamment l’explosion démographique et le nombre croissant de
jeunes qui font leur entrée chaque année sur le marché du
travail. Les investissements actuels du secteur privé ne sont
pas suffisants pour offrir des emplois à tous les diplômés.
Ajoutons à cela l’écart qui existe entre, d’un côté,
l’enseignement et de l’autre, les besoins et les compétences
requises par les employeurs locaux et étrangers. D’autres faits
interviennent et agissent négativement sur le marché du travail,
comme les privatisations qui entraînent une réduction des
effectifs. D’autre part, la régression des chances d’emploi dans
les pays arabes du Golfe a provoqué un retour important des
Egyptiens qui travaillaient dans ces pays.
— Et que prévoit votre ministère pour
remédier à ce problème ?
— Le programme du gouvernement insiste sur
l’importance de créer de nouveaux emplois pour faire face au
chômage. C’est d’ailleurs ce qu’a souligné le président Moubarak
à maintes occasions. C’est dans cette perspective que le
ministère de la Main-d’Œuvre a orienté sa politique.
Pour faciliter la tâche, un projet a été
lancé en collaboration avec le gouvernement canadien pour
l’informatisation des bureaux de recrutement à travers le pays.
Le bulletin hebdomadaire de recrutement a été publié sur le site
électronique du ministère et est distribué systématiquement aux
députés et aux membres du Conseil consultatif.
Par ailleurs, j’ai demandé à mon équipe
l’élaboration d’une étude sur les marchés du travail à
l’étranger, afin de se doter d’une base d’information illustrant
les besoins des pays africains en termes de main-d’œuvre. Une
importance spéciale a été accordée à nos représentants à
l’étranger, afin de mieux promouvoir le recrutement des
Egyptiens par les entreprises étrangères. Le ministère s’est
également intéressé aux bureaux de formation technique et
ouvrière dans tous les gouvernorats pour faire acquérir les
compétences nécessaires à ceux qui n’ont pas eu la chance
d’aller à l’école. L’insertion de la femme dans le marché du
travail est toute aussi importante pour s’attaquer au problème
du chômage.
Nous avons également mis au point une
nouvelle politique pour l’intégration des ouvriers du secteur
informel, notamment dans les domaines des travaux miniers,
maritimes et de construction, afin de préserver les droits de
ces ouvriers et éviter leur exploitation. D’autres stratégies
sont encore à l’essai et seront annoncées dès que leur
efficacité sera prouvée.
— Toujours dans le dossier du chômage,
qu’avez-vous fait pour faire face aux licenciements qui
accompagnent souvent les privatisations ?
— Le ministère de la Main-d’Œuvre coopère
avec tous les organismes étatiques concernés pour stabiliser les
relations entre les employeurs et leurs employés, afin de
préserver la paix et la sécurité sociales. Pour ce qui concerne
les problèmes qui résultent des privatisations, j’ai opté pour
l’intervention rapide afin de parvenir à des règlements à
l’amiable, avant que les problèmes s’aggravent. Le ministère
intervient donc auprès de certaines entreprises pour résoudre
les problèmes des employés qui ont choisi de prendre leur
retraite anticipée, afin de protéger leurs droits, notamment en
ce qui concerne les congés payés et les indemnités qui leur sont
dues. Pour parler plus concrètement, lors de la phase des études
en vue de la privatisation de Omar Effendi, je me suis
entretenue avec le ministre des Investissements pour discuter
des moyens nécessaires pour protéger les droits des employés
d’une manière générale, et plus particulièrement leur droit à
une assurance sociale.
— Les travailleurs égyptiens font souvent
l’objet de pratiques discriminatoires dans les pays du Golfe.
Votre ministère se donne-t-il pour mission de changer cette
situation ?
— La protection des travailleurs égyptiens,
qu’ils soient en Egypte ou à l’étranger, est notre première
responsabilité, et nous n’épargnons aucun effort pour venir à
bout de ce problème. Plusieurs démarches ont été prises à ce
propos. Nous surveillons l’application de 15 accords et
protocoles signés avec les pays d’accueil et qui visent à
protéger les droits des travailleurs égyptiens. Les pays
signataires sont engagés à garantir des conditions de travail
acceptables tels que définies dans ces accords. Des comités
conjoints sont formés d’experts égyptiens et étrangers pour
résoudre les problèmes des travailleurs égyptiens dans ces pays
respectifs. Nous travaillons également à régulariser la
situation de la main-d’œuvre égyptienne clandestine dans ces
pays.
— N’y a-t-il pas de mesures de prévention à
adopter dans ce contexte ?
— Notre ministère suit de près les nouvelles
législations relatives aux marchés du travail dans ces pays, ces
informations sont ensuite divulguées aux Egyptiens qui y
travaillent pour les aider à mieux défendre leurs droits de
manière légale. Nous étudions de façon continue la moyenne des
salaires dans ces différents pays pour parvenir à fixer un
salaire décent pour les Egyptiens qui souhaitent y travailler,
avant l’accréditation de leurs contrats par le ministère.
D’autre part, les bureaux du ministère
intégrés à nos ambassades et missions à l’étranger s’emploient à
résoudre les litiges qui surviennent entre les employeurs et
leurs employés égyptiens, et des conseillers juridiques
soutiennent ces derniers dans leurs démarches. Je suis
personnellement le travail de ces bureaux et je garde le contact
avec mes homologues dans ces pays pour m’assurer que les
travailleurs égyptiens vivent en conformité avec les lois de ces
pays et qu’ils bénéficient de tous leurs droits sans
discrimination à leur égard.
— Par rapport au passé, les jeunes sont de
plus en plus nombreux à recourir à l’émigration illégale. Quels
sont vos efforts dans ce domaine ?
— L’émigration illégale est devenue un
phénomène international qui frappe de nombreux pays et qui est
souvent l’expression de problèmes locaux, nationaux et
internationaux. Ce trafic représente une nouvelle forme de crime
organisé. L’Egypte en était relativement épargnée mais, depuis
quelques années, beaucoup de jeunes, après avoir cherché en vain
une occasion de travail, recourent à l’émigration illégale pour
tenter leur chance à l’étranger. L’ampleur que ce phénomène a
pris nous pousse à adopter une politique sévère pour y faire
face. Si la Constitution égyptienne accorde à tout citoyen le
droit de partir à l’étranger, définitivement ou provisoirement,
il existe des lois qui régissent l’exercice de ce droit.
Ce problème a fait l’objet d’un colloque sur
le rôle des médias pour sensibiliser les jeunes aux risques et
aux dangers de l’immigration illégitime. Cette campagne est
menée en collaboration avec le gouvernement italien et
l’Organisation d’immigration internationale.
De son côté, le gouvernement fait de son
mieux pour créer de nouveaux emplois dans tous les domaines. Le
programme du président Moubarak est très ambitieux à cet égard.
Mais pour réaliser ce programme, les efforts du gouvernement ne
suffiront pas à eux seuls, c’est une responsabilité sociale et
nationale collective et le secteur privé a bien sûr son rôle à
jouer.
Magda Barsoum