Al-Ahram Hebdo,Invité | Aïcha Abdel-Hadi
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 Semaine du 3 au 9 mai 2006, numéro 608

 

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Invité
La ministre de la Main-d’Œuvre et de l’Emigration, Aïcha Abdel-Hadi, s’exprime sur le chômage, les privatisations et les problèmes des travailleurs égyptiens dans les pays du Golfe.

« La protection des travailleurs égyptiens est notre première responsabilité »

Al-Ahram Hebdo : Pour attaquer le problème le plus pressant, quels sont, selon vous, les causes du chômage qui frappe de nombreuses tranches de la société égyptienne, notamment les jeunes ?

Aïcha Abdel-Hadi : En Egypte, le chômage est le produit d’un ensemble complexe de faits qui s’enchevêtrent, dont notamment l’explosion démographique et le nombre croissant de jeunes qui font leur entrée chaque année sur le marché du travail. Les investissements actuels du secteur privé ne sont pas suffisants pour offrir des emplois à tous les diplômés. Ajoutons à cela l’écart qui existe entre, d’un côté, l’enseignement et de l’autre, les besoins et les compétences requises par les employeurs locaux et étrangers. D’autres faits interviennent et agissent négativement sur le marché du travail, comme les privatisations qui entraînent une réduction des effectifs. D’autre part, la régression des chances d’emploi dans les pays arabes du Golfe a provoqué un retour important des Egyptiens qui travaillaient dans ces pays.

— Et que prévoit votre ministère pour remédier à ce problème ?

— Le programme du gouvernement insiste sur l’importance de créer de nouveaux emplois pour faire face au chômage. C’est d’ailleurs ce qu’a souligné le président Moubarak à maintes occasions. C’est dans cette perspective que le ministère de la Main-d’Œuvre a orienté sa politique.

Pour faciliter la tâche, un projet a été lancé en collaboration avec le gouvernement canadien pour l’informatisation des bureaux de recrutement à travers le pays. Le bulletin hebdomadaire de recrutement a été publié sur le site électronique du ministère et est distribué systématiquement aux députés et aux membres du Conseil consultatif.

Par ailleurs, j’ai demandé à mon équipe l’élaboration d’une étude sur les marchés du travail à l’étranger, afin de se doter d’une base d’information illustrant les besoins des pays africains en termes de main-d’œuvre. Une importance spéciale a été accordée à nos représentants à l’étranger, afin de mieux promouvoir le recrutement des Egyptiens par les entreprises étrangères. Le ministère s’est également intéressé aux bureaux de formation technique et ouvrière dans tous les gouvernorats pour faire acquérir les compétences nécessaires à ceux qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école. L’insertion de la femme dans le marché du travail est toute aussi importante pour s’attaquer au problème du chômage.

Nous avons également mis au point une nouvelle politique pour l’intégration des ouvriers du secteur informel, notamment dans les domaines des travaux miniers, maritimes et de construction, afin de préserver les droits de ces ouvriers et éviter leur exploitation. D’autres stratégies sont encore à l’essai et seront annoncées dès que leur efficacité sera prouvée.

— Toujours dans le dossier du chômage, qu’avez-vous fait pour faire face aux licenciements qui accompagnent souvent les privatisations ?

— Le ministère de la Main-d’Œuvre coopère avec tous les organismes étatiques concernés pour stabiliser les relations entre les employeurs et leurs employés, afin de préserver la paix et la sécurité sociales. Pour ce qui concerne les problèmes qui résultent des privatisations, j’ai opté pour l’intervention rapide afin de parvenir à des règlements à l’amiable, avant que les problèmes s’aggravent. Le ministère intervient donc auprès de certaines entreprises pour résoudre les problèmes des employés qui ont choisi de prendre leur retraite anticipée, afin de protéger leurs droits, notamment en ce qui concerne les congés payés et les indemnités qui leur sont dues. Pour parler plus concrètement, lors de la phase des études en vue de la privatisation de Omar Effendi, je me suis entretenue avec le ministre des Investissements pour discuter des moyens nécessaires pour protéger les droits des employés d’une manière générale, et plus particulièrement leur droit à une assurance sociale.

— Les travailleurs égyptiens font souvent l’objet de pratiques discriminatoires dans les pays du Golfe. Votre ministère se donne-t-il pour mission de changer cette situation ?

— La protection des travailleurs égyptiens, qu’ils soient en Egypte ou à l’étranger, est notre première responsabilité, et nous n’épargnons aucun effort pour venir à bout de ce problème. Plusieurs démarches ont été prises à ce propos. Nous surveillons l’application de 15 accords et protocoles signés avec les pays d’accueil et qui visent à protéger les droits des travailleurs égyptiens. Les pays signataires sont engagés à garantir des conditions de travail acceptables tels que définies dans ces accords. Des comités conjoints sont formés d’experts égyptiens et étrangers pour résoudre les problèmes des travailleurs égyptiens dans ces pays respectifs. Nous travaillons également à régulariser la situation de la main-d’œuvre égyptienne clandestine dans ces pays.

— N’y a-t-il pas de mesures de prévention à adopter dans ce contexte ?

— Notre ministère suit de près les nouvelles législations relatives aux marchés du travail dans ces pays, ces informations sont ensuite divulguées aux Egyptiens qui y travaillent pour les aider à mieux défendre leurs droits de manière légale. Nous étudions de façon continue la moyenne des salaires dans ces différents pays pour parvenir à fixer un salaire décent pour les Egyptiens qui souhaitent y travailler, avant l’accréditation de leurs contrats par le ministère.

D’autre part, les bureaux du ministère intégrés à nos ambassades et missions à l’étranger s’emploient à résoudre les litiges qui surviennent entre les employeurs et leurs employés égyptiens, et des conseillers juridiques soutiennent ces derniers dans leurs démarches. Je suis personnellement le travail de ces bureaux et je garde le contact avec mes homologues dans ces pays pour m’assurer que les travailleurs égyptiens vivent en conformité avec les lois de ces pays et qu’ils bénéficient de tous leurs droits sans discrimination à leur égard.

— Par rapport au passé, les jeunes sont de plus en plus nombreux à recourir à l’émigration illégale. Quels sont vos efforts dans ce domaine ?

— L’émigration illégale est devenue un phénomène international qui frappe de nombreux pays et qui est souvent l’expression de problèmes locaux, nationaux et internationaux. Ce trafic représente une nouvelle forme de crime organisé. L’Egypte en était relativement épargnée mais, depuis quelques années, beaucoup de jeunes, après avoir cherché en vain une occasion de travail, recourent à l’émigration illégale pour tenter leur chance à l’étranger. L’ampleur que ce phénomène a pris nous pousse à adopter une politique sévère pour y faire face. Si la Constitution égyptienne accorde à tout citoyen le droit de partir à l’étranger, définitivement ou provisoirement, il existe des lois qui régissent l’exercice de ce droit.

Ce problème a fait l’objet d’un colloque sur le rôle des médias pour sensibiliser les jeunes aux risques et aux dangers de l’immigration illégitime. Cette campagne est menée en collaboration avec le gouvernement italien et l’Organisation d’immigration internationale.

De son côté, le gouvernement fait de son mieux pour créer de nouveaux emplois dans tous les domaines. Le programme du président Moubarak est très ambitieux à cet égard. Mais pour réaliser ce programme, les efforts du gouvernement ne suffiront pas à eux seuls, c’est une responsabilité sociale et nationale collective et le secteur privé a bien sûr son rôle à jouer.

Magda Barsoum

 




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