A
chaque attaque perpétrée dans une zone touristique resurgit la
crainte de voir les vacanciers annuler leur voyage ou opter pour
une autre destination. L’objectif des terroristes reste inconnu
mais visiblement, ils veulent s’en prendre au tourisme. La
grande question qui s’impose alors est : ces attentats vont-ils
affecter ce secteur considéré comme la colonne vertébrale de
l’économie égyptienne ? En fait, avec 8,5 millions de visiteurs
étrangers chaque année, le secteur emploie 2,2 millions de
personnes, soit près de 13 % de la population active. En termes
d’argent, le tourisme rapporte à l’Egypte environ 7 milliards de
dollars par an, soit 30 % des revenus du pays en devises
étrangères. Une manne qui représente 11 % du PIB, plus que les
revenus pétroliers. « Je pense que les répercussions de cet
attentat vont être très limitées et de courte durée car le
terrorisme est aujourd’hui un phénomène mondial », estime Khaled
Abou-Ismaïl, président de l’Union des chambres de commerce. Pour
lui, les touristes, en général, assument le risque. De fait, les
attaques de Taba et de Charm Al-Cheikh n’avaient pas provoqué de
crise durable, et le nombre de touristes a continué à progresser
de 6 % en Egypte, pour passer de 8 100 000 à 8 600 000 visiteurs,
l’année dernière.
Ahmad
Al-Naggar, chercheur économique au Centre des Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, est plutôt pessimiste. Il
prévoit que les attentats de Dahab vont certainement influencer
négativement le tourisme. « Il y avait une augmentation dans le
nombre de touristes et même dans les revenus touristiques depuis
les derniers attentats, mais cette fois-ci la situation est tout
à fait différente », dit-il. Selon lui, le prétexte avancé par
les autorités lors des précédents attentats qu’il s’agissait
d’un incident passager qui ne peut pas se produire de nouveau
n’a aucune crédibilité cette fois-ci. La réalité est que cet
incident intervient à la suite d’autres attentats. Ce qui
signifie qu’il s’agit d’une série d’attentats dramatiques. On ne
sait pas quand ils vont s’arrêter.
Pour Hala Al-Khatib, porte-parole du
ministère du Tourisme et directrice du département de la gestion
de crises créé à la suite des attentats de Taba en 2005, «
l’industrie du tourisme est un secteur rapidement influencé par
tout ce qui l’entoure. Cela dit, l’impact de tels incidents ne
se révèle pas immédiatement. Il nous faut deux ou trois semaines
pour avoir des informations claires et précises en ce qui
concerne leur influence sur le tourisme ou pas », dit-elle. « A
mon avis, le terrorisme frappe un peu partout dans le monde,
aucun lieu n’est tout à fait sûr. L’Egypte ne serait donc pas
abandonnée. Les touristes ne veulent plus maintenant changer de
vie et de plans à cause du terrorisme ».
Ce même point de vue est aussi affirmé par le
dernier rapport, publié il y a quelques mois par l’Organisation
mondiale du tourisme. Celui-ci soulignait que « les touristes
sont devenus plus résistants et ne se laissent pas décourager
par les menaces terroristes », en constatant qu’en Egypte,
notamment, le taux de croissance du secteur augmentait de plus
de 10 % par an depuis quelques années.
Ne pas céder à la panique et ne pas faire le
jeu des terroristes semblent être les mots d’ordre des
investisseurs et des hôtels au Sinaï, cette région qui
représente à elle seule 30 % du revenu touristique en Egypte.
Ceux-ci cherchent à rassurer et affirment qu’aucune demande de
rapatriement n’avait été présentée par les ambassades ou les
agences de voyages. Pour Pierre Marie Vasseur, directeur
commercial dans la grande ville touristique de Charm Al-Cheikh,
« tout est calme, personne n’a demandé de partir. Je travaille
avec la clientèle russe et italienne qui n’a aucun problème ».
D’ailleurs, deux des plus grandes agences de
voyages européennes, TUI et Thomas Cook, ont affirmé qu’il y a
eu très peu d’annulations après les attentats. TUI, qui a envoyé
quelque 700 000 touristes en Egypte en 2004-2005, estime que si
les incidents de Dahab auront un impact, celui-ci ne sera pas
durable et la situation reviendra à la normale dans quelques
semaines.
Tabler sur cela est-il suffisant ? Des
campagnes de promotion intensifiées et des offres spéciales sont
des mesures indispensables pour essayer de relancer le tourisme,
estiment des spécialistes. Des mesures qui exigent certes des
concessions. « Après les attentats de Charm Al-Cheikh, on a
lancé des offres spéciales et obtenu un soutien financier de la
part du gouvernorat et des investisseurs du Sud-Sinaï. Quelques
hôtels ont diminué leur prix et après il devient très difficile
de les rehausser. Cette baisse de prix a touché la recette
touristique », assure Ahmad Balbaa, propriétaire d’un hôtel à
Charm Al-Cheikh.
Par contre, des hôtels comme Sonesta Charm et
Coral Bay ont préféré maintenir leurs prix. Là-bas, on dit que
ce n’est pas quelques dollars en moins qui vont encourager les
gens qui craignent pour leur vie.
Il y a un état tout à fait psychologique en
rapport avec le tourisme qui ne se mesure pas avec des chiffres.
A l’exemple de cet événement narré par l’AFP : « L’amour est
plus fort que tout », lance Kerstin Hellman, une Suédoise qui a
épousé à Dahab un Islandais selon la tradition bédouine, une
heure à peine après le triple attentat meurtrier dans cette
ville. « Nous devions montrer aux assaillants que nous croyons
en l’amour », lance le couple, assis dans un restaurant situé
dans la zone visée par les attaques.
Dalia Farouk
Aliaa Al-Korachi