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 Semaine du 3 au 9 mai 2006, numéro 608

 

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Dossier
Attentats de Dahab. Les responsables et voyagistes égyptiens et européens estiment que les attentats auront des conséquences limitées sur le secteur touristique en Egypte.

L’impact sur le tourisme

A chaque attaque perpétrée dans une zone touristique resurgit la crainte de voir les vacanciers annuler leur voyage ou opter pour une autre destination. L’objectif des terroristes reste inconnu mais visiblement, ils veulent s’en prendre au tourisme. La grande question qui s’impose alors est : ces attentats vont-ils affecter ce secteur considéré comme la colonne vertébrale de l’économie égyptienne ? En fait, avec 8,5 millions de visiteurs étrangers chaque année, le secteur emploie 2,2 millions de personnes, soit près de 13 % de la population active. En termes d’argent, le tourisme rapporte à l’Egypte environ 7 milliards de dollars par an, soit 30 % des revenus du pays en devises étrangères. Une manne qui représente 11 % du PIB, plus que les revenus pétroliers. « Je pense que les répercussions de cet attentat vont être très limitées et de courte durée car le terrorisme est aujourd’hui un phénomène mondial », estime Khaled Abou-Ismaïl, président de l’Union des chambres de commerce. Pour lui, les touristes, en général, assument le risque. De fait, les attaques de Taba et de Charm Al-Cheikh n’avaient pas provoqué de crise durable, et le nombre de touristes a continué à progresser de 6 % en Egypte, pour passer de 8 100 000 à 8 600 000 visiteurs, l’année dernière.

Ahmad Al-Naggar, chercheur économique au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, est plutôt pessimiste. Il prévoit que les attentats de Dahab vont certainement influencer négativement le tourisme. « Il y avait une augmentation dans le nombre de touristes et même dans les revenus touristiques depuis les derniers attentats, mais cette fois-ci la situation est tout à fait différente », dit-il. Selon lui, le prétexte avancé par les autorités lors des précédents attentats qu’il s’agissait d’un incident passager qui ne peut pas se produire de nouveau n’a aucune crédibilité cette fois-ci. La réalité est que cet incident intervient à la suite d’autres attentats. Ce qui signifie qu’il s’agit d’une série d’attentats dramatiques. On ne sait pas quand ils vont s’arrêter.

Pour Hala Al-Khatib, porte-parole du ministère du Tourisme et directrice du département de la gestion de crises créé à la suite des attentats de Taba en 2005, « l’industrie du tourisme est un secteur rapidement influencé par tout ce qui l’entoure. Cela dit, l’impact de tels incidents ne se révèle pas immédiatement. Il nous faut deux ou trois semaines pour avoir des informations claires et précises en ce qui concerne leur influence sur le tourisme ou pas », dit-elle. « A mon avis, le terrorisme frappe un peu partout dans le monde, aucun lieu n’est tout à fait sûr. L’Egypte ne serait donc pas abandonnée. Les touristes ne veulent plus maintenant changer de vie et de plans à cause du terrorisme ».

Ce même point de vue est aussi affirmé par le dernier rapport, publié il y a quelques mois par l’Organisation mondiale du tourisme. Celui-ci soulignait que « les touristes sont devenus plus résistants et ne se laissent pas décourager par les menaces terroristes », en constatant qu’en Egypte, notamment, le taux de croissance du secteur augmentait de plus de 10 % par an depuis quelques années.

Ne pas céder à la panique et ne pas faire le jeu des terroristes semblent être les mots d’ordre des investisseurs et des hôtels au Sinaï, cette région qui représente à elle seule 30 % du revenu touristique en Egypte. Ceux-ci cherchent à rassurer et affirment qu’aucune demande de rapatriement n’avait été présentée par les ambassades ou les agences de voyages. Pour Pierre Marie Vasseur, directeur commercial dans la grande ville touristique de Charm Al-Cheikh, « tout est calme, personne n’a demandé de partir. Je travaille avec la clientèle russe et italienne qui n’a aucun problème ».

D’ailleurs, deux des plus grandes agences de voyages européennes, TUI et Thomas Cook, ont affirmé qu’il y a eu très peu d’annulations après les attentats. TUI, qui a envoyé quelque 700 000 touristes en Egypte en 2004-2005, estime que si les incidents de Dahab auront un impact, celui-ci ne sera pas durable et la situation reviendra à la normale dans quelques semaines.

Tabler sur cela est-il suffisant ? Des campagnes de promotion intensifiées et des offres spéciales sont des mesures indispensables pour essayer de relancer le tourisme, estiment des spécialistes. Des mesures qui exigent certes des concessions. « Après les attentats de Charm Al-Cheikh, on a lancé des offres spéciales et obtenu un soutien financier de la part du gouvernorat et des investisseurs du Sud-Sinaï. Quelques hôtels ont diminué leur prix et après il devient très difficile de les rehausser. Cette baisse de prix a touché la recette touristique », assure Ahmad Balbaa, propriétaire d’un hôtel à Charm Al-Cheikh.

Par contre, des hôtels comme Sonesta Charm et Coral Bay ont préféré maintenir leurs prix. Là-bas, on dit que ce n’est pas quelques dollars en moins qui vont encourager les gens qui craignent pour leur vie.

Il y a un état tout à fait psychologique en rapport avec le tourisme qui ne se mesure pas avec des chiffres. A l’exemple de cet événement narré par l’AFP : « L’amour est plus fort que tout », lance Kerstin Hellman, une Suédoise qui a épousé à Dahab un Islandais selon la tradition bédouine, une heure à peine après le triple attentat meurtrier dans cette ville. « Nous devions montrer aux assaillants que nous croyons en l’amour », lance le couple, assis dans un restaurant situé dans la zone visée par les attaques.

Dalia Farouk
Aliaa Al-Korachi

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« Nous sommes presque certains qu’une partie assez influente est derrière ces attentats »

Le général Farouq Taha, président de la Commission de la défense et de la sécurité nationale au Parlement, estime que les forces de l’ordre ne peuvent pas assumer seules la responsabilité face au terrorisme.

Al-Ahram Hebdo : Quelles dimensions donnez-vous aux attentats qui ont touché dernièrement la ville de Dahab ?
Farouq Taha :
Je crois qu’il ne faut pas donner à cet incident plus de valeur qu’il ne le mérite. Les auteurs de ces attaques représentent une petite minorité sans foi ni loi, qui sont payés par certains camps dans le seul but d’ébranler la stabilité et de troubler le tourisme en Egypte, notamment dans la région du Sinaï. Il est vrai que le nombre de victimes est assez élevé mais ceci parce que les assaillants ont choisi des jours fériés et des endroits assez peuplés.

— Vous parlez d’une minorité à la solde de quelqu’un qui peut être à l’origine de ces attaques ?
— Jusqu’à présent, rien n’est clair. On soupçonne un peu toutes les parties qui peuvent avoir une relation avec cette affaire et on n’écarte aucune piste. La sécurité égyptienne travaille dur sur l’affaire et une fois cette tâche terminée, les résultats de ses investigations seront annoncés. Je ne veux pas accuser les bédouins mais comme partout, il y a une partie de la population qui accepte de faire des opérations aussi lâches et quelles que soient leurs conséquences en contrepartie d’une somme d’argent.

— Y aurait-il, selon vous, un lien entre cette attaque et les attentats précédents de Taba et Charm Al-Cheikh ?
— Oui, dans une certaine mesure, puisqu’ils se ressemblent beaucoup. Dans les deux cas, il s’agit d’attentats suicide et les explosifs utilisés sont les mêmes. Cette fois-ci, peut-être, elles sont assez rudimentaires. L’autre ressemblance est que ces attentats ont visé des stations touristiques lors de jours fériés.

— Croyez-vous que nous faisons désormais face à un nouveau genre de terrorisme ?
— Non, pas du tout. Et je suis contre ceux qui avancent cette hypothèse. Le terrorisme est le terrorisme quel qu’en soit le genre, la manière ou les personnes qui y sont impliquées. Ce sont des actes violents qui ont pour but de répandre la terreur chez les citoyens de manière à toucher le pays.

— Ces attentats ne visent-ils pas plutôt les services de sécurité égyptiens ?
— Bien sûr ces attentats apportent sur le fond plusieurs messages. Entre autres il est aussi question de pousser les Egyptiens à ne plus avoir confiance en l’appareil de sécurité et à leur prouver qu’il est incapable de les protéger. C’est justement pour cette raison-là que nous sommes presque certains qu’une partie assez influente est derrière ces attentats. Il ne faut jamais oublier que la date de ces opérations coïncide avec la commémoration par l’Egypte de la libération de la péninsule du Sinai de l’occupation israélienne.

— Les services de sécurité ne sont-ils en rien responsables, selon vous ?
— On ne peut pas parler de négligence de la part de la sécurité. Dans l’une des attaques par exemple, c’était un jeune garçon sur une bicyclette. On ne peut pas aller demander à la police de fouiller toute personne passant devant elle. C’est impossible. Ce genre d’infiltration sécuritaire a lieu dans tous les pays du monde. Il ne faut pas oublier les stations de métro à Londres qui ont été frappées trois fois en une seule journée. Chez nous, la zone attaquée se trouve dans un espace désertique assez étendu et entouré de montagnes difficiles à contrôler. N’empêche que plusieurs points de contrôle existent dans le Sinaï. Faire face au terrorisme n’est pas une tâche qui incombe uniquement au ministère de l’Intérieur, tous les Egyptiens doivent jouer ce rôle et dénoncer toute personne suspecte.

— Quel sera le rôle de votre Commission dans cette affaire ?
— Tous les membres de la Commission de la défense et de la sécurité nationale se sont rendus sur les lieux des attaques. On a rencontré et discuté avec des touristes et avec des gens travaillant là-bas. La vie est redevenue normale à Dahab et les touristes jouissent encore de leur séjour en Egypte. Nous avons également participé à une manifestation contre le terrorisme avec les habitants de la région et plusieurs hommes politiques en plus d’acteurs et artistes.

Propos recueillis par
Chaïmaa Abdel-Hamid

 




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