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 Semaine du 3 au 9 mai 2006, numéro 608

 

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Arts

Théâtre . Il y a 25 ans, le metteur en scène Ahmad Ismaïl a entrepris de fonder deux troupes dans son village natal, Choubra Bakhoum, avec l’aide des habitants. Retour sur une expérience fructueuse en province.

Choubra Bakhoum sur scène

Tous les vendredis soir, à 70 km du Caire, dans le gouvernorat de Ménoufiya, le village de Choubra Bakhoum est en état d’alerte. Son théâtre en plein air s’apprête à recevoir deux spectacles, Atyab ahl (Parents débonnaires) et Awel kalami salam (Mes Propos commencent toujours par une salutation). Ce sont deux pièces du metteur en scène Ahmad Ismaïl, lui-même originaire de Choubra Bakhoum. Ismaïl collabore avec une troupe principale, La Compagnie théâtrale de Choubra Bakhoum et une autre pour juniors, Les Fleurs de Choubra Bakhoum, qu’il a fondées en regroupant fonctionnaires, paysans, étudiants et enfants du village.

Ces simples villageois se sont familiarisés petit à petit avec les arts de la scène, contribuant en tant que comédiens, créateurs et spectateurs. « Je fais du théâtre pour eux et avec eux », souligne Ahmad Ismaïl. Et d’ajouter : « Il n’est pas question de travailler avec des professionnels. Les villageois de Choubra Bakhoum s’intéressent vivement au théâtre, en dépit de l’âge ou du sexe ».

Encore étudiant à l’Institut supérieur des arts théâtraux au Caire, Ahmad Ismaïl était très attaché à son village natal et a créé en 1971 une troupe pour amateurs, dont les membres étaient ses amis du village. « A l’époque, j’étudiais le théâtre universel. J’apprenais les différentes tendances occidentales et européennes. Et j’entendais parler à peine du théâtre égyptien. Cela m’a paru bizarre. Comment peut-on parler d’un théâtre égyptien en l’absence du théâtre des provinces ? Peut-on se limiter aux trois ou quatre troupes cairotes ? ». Ces réflexions l’ont mené à la fondation de l’unique troupe de Choubra Bakhoum. Dix ans plus tard, la troupe est reconnue officiellement comme une troupe professionnelle, qui dépend de l’Organisme général des palais de la culture.

Au début, la société rurale, assez conservatrice, avait ses objections. Ahmad Ismaïl passait pour un fou. Les villageois n’osaient pas jouer sur scène. Mais avec le temps, ils ont commencé à avoir confiance en eux-mêmes, d’autant plus qu’Ismaïl avait son diplôme académique en poche. Ils font table rase de leurs préjugés et fréquentent le théâtre. Aujourd’hui, la troupe principale regroupe en son sein plusieurs femmes et jeunes filles. De quoi avoir encouragé Ahmad Ismaïl à fonder, en 1998, une deuxième troupe, avec les enfants. C’est ainsi qu’est née Les Fleurs de Choubra Bakhoum, qui donne toujours un spectacle dont la durée ne dépasse pas les 45 minutes.

La compagnie principale, qui fête en août prochain son 25e anniversaire, a présenté quatre spectacles de marque tout au long de son histoire : Sahra rifiya (Soirée rurale), Al-Chater Hassan (Le Brave Hassan), Layali al-hassad (Les Nuits de la moisson) et Atyab ahl (Parents débonnaires). Il s’agit de spectacles qui puisent dans la vie campagnarde de Choubra Bakhoum et qui traitent de sujets proches de ses habitants, à travers un théâtre qui s’inspire des rites et des arts populaires de la scène. On y retrouve le conteur du rébab, la tradition d’al-samar (causerie), mêlant narration dramatique et chant. Toujours, l’histoire se dévoile d’un seul jet et le jeu du théâtre dans le théâtre est de mise. « La pièce Sahra rifiya constitue la base de toute l’expérience de la compagnie de Choubra Bakhoum », indique Ismaïl. C’est un spectacle en trois parties, présenté de 1981 jusqu’à 1988. « Il a été écrit de manière collective, avec les habitants. On cherchait à savoir ce qui intéresse réellement le public, ses problèmes, les détails de sa vie quotidienne, etc. Partant des histoires des petites gens, on a choisi d’aborder le cycle de vie d’une graine de coton », raconte Ismaïl.

Cette première pièce a permis de nouer une relation profonde entre le public et la compagnie. Les gens continuent ainsi de voir leurs vies incarnées sur scène, dans une ambiance familière mais très particulière.

May Sélim

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