L’exposition On Paper In Paper (En papier Sur
papier) ouvre la porte au dialogue entre trois artistes du monde
arabe : un Egyptien, un Iraqien et
un
Bahreïni. « Nous les trois, nous sommes unis par une même
langue. Ce genre d’exposition renforce les relations remontant à
des milliers d’années », affirme l’Egyptien Mohamad Aboul-Naga.
Et d’ajouter : « Le papier est un matériau de
base servant à écrire, à imprimer et à emballer. Il nous ouvre
de multiples horizons de réflexion. Il est le support de notre
mémoire ancestrale ».
Modhir Ahmad, graveur iraqien installé en
Suède, se sert d’une technique douce, moyennant de l’eau, de
l’huile végétale et du papier traditionnel japonais. Du rouge
sanglant se mêle à des touches nostalgiques de noir et blanc,
pour traiter le thème de la ville. Une autre série de
typographies nous plonge également dans les tréfonds de la ville,
à l’aide de formes géométriques et organiques.
Les icônes du cinéma égyptien, ses stars
adulées dans tout le monde arabe, inspirent les lithographies du
Bahreïni Jamal Abdel-Réhim. Celui-ci esquisse les portraits très
dramatiques de vedettes égyptiennes, comme Faten Hamama, Omar
Al-Chérif ou Oum Kalsoum. Lettres arabes, couleurs criardes
s’immiscent dans des compositions bien équilibrées.
Aboul-Naga a quant à lui surtout recours à
une pâte ocre préparée à l’aide de feuilles d’arbre, de fibres
de coton, de paille de riz ou d’épis de blé. « Si l’Ancien
Egyptien s’est servi des éléments de la nature pour fabriquer
des papyrus, j’essaye à mon tour de suivre son exemple,
préservant l’aspect primitif du papier », lance-t-il.
L’accumulation des couches de papier exprime celle des pouvoirs
régissant notre quotidien, à savoir la religion, le sexe et la
politique. Ses manuscrits reflètent la ville et son évolution
sous l’effet du temps. Le pouvoir politique, lui, est évoqué par
l’agencement de textes, relatant la guerre des croisés. C’est
une écriture du style « diwani », autrefois utilisée par
l’administration ottomane. « Peu importe de pouvoir déchiffrer
les textes employés, ce n’est pas le but de mon travail, mais
l’essentiel c’est de transformer l’écriture en objet visuel, en
interaction avec le récepteur », précise Aboul-Naga, lequel a
recours à des dessins de Kama-sutra, pour exprimer le pouvoir de
la sexualité. C’est un peu sa manière d’objecter contre les
vidéoclips en vogue, mettant en avant des valeurs purement
sexuelles. Sexe, politique et religion constituent ses icônes
modernes en papier, non sans refléter un sens soufi ou mystique.
Sur chacun de ses tableaux, il y a un petit rond en faisant
allusion aux mouvements des derviches tourneurs.
Névine Lameï