Un
peu partout dans le monde, on célèbre le 200e anniversaire de la
naissance du grand compositeur autrichien. Une floraison de
livres, de disques, de DVD et naturellement de concerts lui est
consacrée (parfois, il faut le dire à des fins purement
commerciales).
L’Egypte n’a pas voulu être en reste, et se
manifestera sous forme d’une production en langue arabe de son
célèbre opéra Don Giovanni, dans une mise en scène de Walid
Aouni.
Les avis sont partagés sur la question de
traduction des opéras en langue étrangère. Les uns y sont
farouchement opposés arguant que le compositeur et le
librettiste ont collaboré étroitement pour associer la musique
et les paroles, et que transposer celles-ci dans une langue
étrangère trahit l’esprit de l’œuvre.
Imagine-t-on
Verdi en allemand et Wagner en italien ? D’autres pensent
qu’utiliser la langue du pays où cet opéra est représenté
facilite la compréhension du texte par le public comme le dit
bien Mohamad Aboul-Kheir, responsable de la direction d’acteurs
de la production égyptienne, que les chanteurs s’identifient
mieux à leurs personnages s’ils chantent dans leur propre
langue. Sur la scène de l’Opéra du Caire, les sous-titres seront
en anglais.
Walid Aouni est conscient des difficultés de
cette transposition de l’italien à l’arabe : « Lorsqu’on m’a
proposé de mettre en scène Don Giovanni en arabe, j’ai réalisé
que je devrais faire face à quatre genres de problèmes :
problèmes de langues, de lieu, d’époque et de costumes ». En ce
qui concerne la langue, Walid Aouni rend hommage à la traduction
du Dr Ali Sadeq qui tient compte de la différence dans
l’expression des relations humaines entre l’italien et l’arabe
surtout que le drame de Don Giovanni contient à lui seul toutes
les formes possibles de relations humaines : l’amour, la haine,
le meurtre, l’ambition, la solitude, la trahison, etc.
Quant aux autres problèmes, Aouni a remarqué,
en étudiant les productions de Don Giovanni réalisées par
certains grands metteurs en scène comme Peter Brook ou Peter
Sellars, que ceux-ci prenaient des libertés avec les éléments du
décor, des costumes, etc. Par conséquent, il pouvait se
permettre de faire de même.
« En ce qui concerne le lieu de l’action,
J’ai préféré que le décor ne l’identifie pas de façon trop
précise. Quant aux costumes, j’ai réuni les mondes mozartien et
arabe, et j’ai conçu un mélange qui va de l’Asie à l’Europe de
l’Est ».
Il faut donc s’attendre à une production des
plus originales du chef-d’œuvre de Mozart. Les solistes sont
ceux de la troupe de l’Opéra du Caire, avec en alternance Réda
Al-Wakil et Moustapha Mohamad dans le rôle de Don Giovanni.
L’orchestre de l’Opéra du Caire sera dirigé par Ivan Filev.
Sélim Sedanoui