Du 13 mai au 4 septembre, amateurs et
professionnels d’archéologie à Berlin auront l’occasion d’être
les premiers à voir les trésors engloutis d’Egypte. Le président
Hosni Moubarak et son homologue allemand Hurst Kohler vont
inaugurer demain, le 11 mai, la première exposition des fouilles
sous-marines organisée hors d’Egypte, au Musée Martin-Gropius-Bau,
l’un des plus grands d’Allemagne. L’exposition présentera des
découvertes uniques au monde que l’archéologue sous-marin
français Franck Goddio a dégagées lors de ses fouilles sous-marines
au large des côtes méditerranéennes d’Egypte, précisément
d’Alexandrie et d’Abouqir, avec le soutien généreux de la
Fondation Hilti.
489 pièces, qui n’ont jamais été montrées au
public, vont ainsi être exposées pour la première fois. Elles
offrent des connaissances sur plus de 1 500 années d’histoire
égyptienne (de 700 av. J.-C. à 800).
Les fouilles originales de Franck Goddio
permettent d’acquérir des connaissances approfondies, et à
certains égards entièrement nouvelles, sur l’histoire égyptienne.
L’Egypte a longtemps été marquée par les conquêtes de dynasties
étrangères. Des influences mésopotamiennes, grecques et romaines
se sont mêlées et ont donné lieu à un agrégat des formes de vie
religieuses et culturelles ainsi que l’attestent les découvertes
faites à Héraklion, Canope et Alexandrie. Cet enchevêtrement des
cultures anciennes est devenu au cours des siècles un fondement
important de notre civilisation occidentale actuelle.
En collaboration avec le Conseil Suprême des
Antiquités (CSA), Goddio et son équipe ont fouillé des sites
légendaires depuis le milieu des années 1990, tels que le port
antique d’Alexandrie avec des parties du quartier royal. Franck
Goddio a également retrouvé les célèbres cités antiques
d’Héraklion et de Canope dans la rade d’Abouqir. L’équipe de
plongeurs y a notamment découvert des vestiges de temples
importants et des objets de culte. Ces deux centres
scientifiques et religieux des grandes civilisations de l’époque,
carrefours du commerce international, ont été frappés par un
destin tragique il y a plus de 1 000 ans : ils ont été engloutis
sous la mer suite à des catastrophes naturelles. Leur lien
étroit avec le dieu et le héros grec Hercule, avec Hélène et
Pâris, Alexandre le Grand et Cléopâtre explique qu’ils soient
célèbres aujourd’hui encore. « L’organisation de cette
exposition était pour moi un rêve que j’avais depuis près de 15
ans et qui s’est enfin réalisé », souligne Goddio. « Chaque
pièce que l’équipe a découverte a une histoire particulière. A
chaque fois que les plongeurs faisaient sortir une pièce de la
mer, on l’imaginait déjà dans une exposition », reprend-il. La
réalisation de son rêve n’a pas été facile. Des négociations
entre le Centre français et le CSA ont duré près de trois ans
pour discuter des détails de cette manifestation sur le plan
financier, et notamment sécuritaire. La Fondation Hilti qui
finance les travaux depuis ses débuts a payé une somme de 41
millions 692 milles dollars qui ont été déposés comme assurance
sur ces pièces. Il est prévu que le revenu qu’aura le CSA
pendant la première année sera de 9 400 euros. « Le CSA a
accepté d’organiser cette exposition pour que les pays européens
découvrent une partie de la civilisation égyptienne qui reste
pour eux légendaire et mystérieuse. Les pièces choisies
appartiennent à la reine Cléopâtre VII et aux deux villes
Héraklion et Menoutes englouties, à Abouqir », souligne Hawas.
Des 498 pièces exposées à Berlin, 372 se
trouvaient dans les entrepôts de la mission des pièces
englouties, 30 proviennent du musée de la Bibliotheca
Alexandrina et 39 pièces du Musée national d’Alexandrie. Parmi
les pièces les plus importantes figure la stèle de Héraklion en
basalte noir qui est de 2 m de hauteur, en plus de plusieurs
statues géantes dont la hauteur de quelques-unes atteint 6 m,
comme celle qui appartient au dieu du Nil, Hapy, et qui est en
pierre rose. « Quelques-unes de ces pièces ont été trouvées à
une profondeur de 10 m. Elles étaient cassées en plusieurs
parties, on a réussi à les ressortir, enlever la salinité qui
s’était déposée sur elles au cours des siècles pour ensuite les
restaurer. C’est un travail qui n’a pas été facile et qui a pris
un temps énorme », explique Amira Abou-Bakr, directeur général
du département de restauration à Alexandrie.
Parmi les tâches les plus difficiles qui ont
affronté les responsables était celle de transporter ces pièces
énormes par voie maritime et aérienne. « Le Centre français a dû
louer le plus grand airbus au monde qui porte le nom Bleuga pour
pouvoir transporter ces pièces. Là, les trois plus grandes
statues ont été mises à bord de cet avion. Aujourd’hui, cet
avion a changé de nom et porte celui de l’Avion des pharaons »,
reprend Abou-Bakr.
Outre les pièces, l’exposition offre une
plongée fantastique dans les secrets du monde sous-marin et dans
le travail fascinant et riche en aventures des plongeurs et
archéologues marins.
L’exposition de Berlin n’est en fait que la
première étape, puisque en novembre prochain les mêmes pièces
seront exposées au Grand Palais à Paris, du 20 novembre au 22
mars 2007.
Hala Fares