Ironiquement, la lecture de la situation
palestinienne depuis les dernières élections législatives révèle
de nombreux points à la fois alarmants et contradictoires.
Tout d’abord, ces élections ont marqué
l’émergence d’un système démocratique parfait en Palestine. Non
seulement les électeurs ont eu le choix entre différents
programmes politiques, mais aussi le déroulement du scrutin a
été jugé satisfaisant par les observateurs étrangers. Par
ailleurs, l’issue du scrutin a mis fin à une longue période
durant laquelle le Fatah a monopolisé le pouvoir tant législatif
qu’exécutif. Désormais, un système de cohabitation politique
règne en Palestine avec un président appartenant au Fatah et un
gouvernement issu de la majorité parlementaire obtenue par le
Hamas. Par conséquent, cela semble représenter un exemple très
avancé de démocratie.
Cette expérience s’intègre, sans conteste,
dans le cadre des orientations visant à un « remodelage » de la
région ayant pour base les valeurs démocratiques. En revanche,
le fait que les territoires palestiniens soient toujours sous
occupation atténue sensiblement la portée d’une telle percée. Il
s’agit d’un modèle étrange où la démocratie cohabite avec
l’occupation. Si l’issue du scrutin dans un Etat indépendant
doit être respectée par les forces politiques concourantes, la
situation apparaît sous un autre angle lorsque le processus
démocratique se déroule dans un cadre restrictif, où la force
occupante détient un droit de veto sur la suite à donner, au
mépris de la volonté de la population.
En second lieu, les résultats de ces
élections ont mis en relief la précarité du schéma initialement
conçu pour régler la question palestinienne. En effet, le
processus lancé par les accords d’Oslo en 1993 partait d’une
reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de
Libération de la Palestine (OLP). Selon la formule approuvée,
une Autorité palestinienne nationale élue et la force occupante
devaient s’engager afin d’aboutir à un règlement définitif. Or,
cela s'est avéré être décevant tandis que les échéances ont été
régulièrement repousséEs. Le fait que le mouvement de la
résistance islamique soit sorti gagnant des dernières élections
législatives palestiniennes a changé la donne et désormais une
situation inconfortable s’est établie, où la négation entre
l’exécutif palestinien et Israël prend le dessus. Celle-ci
devient de plus en plus complexe lorsqu’on constate que le
changement dans la direction palestinienne était exigé par
Israël ainsi que les Etats-Unis pour mettre fin au pouvoir
absolu exercé par feu Yasser Arafat !
En troisième lieu, la nouvelle situation n’a
fait qu'accentuer le recul enregistré depuis un moment par
l’entreprise nationaliste palestinienne. Elle donne l’image
d’une Autorité palestinienne à « deux têtes » : l’une « tolérée
» et non pas « entièrement acceptée » et l’autre « isolée »,
voire « menacée ». Quant à la question palestinienne proprement
dite, elle s’était vu rétrograder au niveau d’une question «
humanitaire ». Pour l’heure, il ne s’agit plus de satisfaire les
revendications légitimes d’un peuple, mais plutôt d’assurer
l’afflux d’assistance nécessaire pour sa survie. Les mesures de
rétorsion prises par Israël, couplées à la suspension de l’aide
américaine et surtout européenne, ont mis en relief la fragilité
de l'entité palestinienne.
Enfin, l’avènement du Hamas au pouvoir
s’avère être bénéfique pour Israël. Si ce dernier s’est opposé
dans un premier temps à toute participation du Hamas aux
élections, force est de constater qu’il a su habilement se
préparer à l’éventualité d’une victoire du mouvement islamiste.
Désormais, il ne se sent plus obligé de rentrer dans des
négociations qui pourraient le mettre dans une situation
délicate. Il pourrait faire valoir ses droits à prendre des «
mesures unilatérales » en avançant la thèse de la « sécurité »
et en se protégeant par le prétendu « combat contre le
terrorisme ». Dans ce contexte, un conflit palestino-palestinien
ne pourrait que servir les orientations pour un règlement «
unilatéral » en vue de clore le dossier d’un conflit
interminable en Terre sainte.
On peut dire que l’entreprise nationaliste
palestinienne est plus que jamais entourée de danger. Si les
pays avancés peuvent se permettre le luxe de jouer le jeu de la
démocratie et de l’alternance politique, un mouvement de
libération nationale ne peut guère payer le prix d’un tel jeu.
Il y va de l’avenir de sa cause. Partant, il est impératif
d’effectuer une réévaluation générale de la situation pour
tracer la voie à suivre. Dans ce contexte, il est primordial de
remettre l’objectif nationaliste en tête des priorités. Une
initiative pragmatique, présentée en commun par la présidence de
l’Autorité et le gouvernement en exercice pour un règlement
d’ensemble, pourrait renverser la tendance négative actuellement
observée.