Al-Ahram Hebdo, Opinion | Emad Awwad,  Les problématiques de la situation
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 Semaine du 10 au 17 mai 2006, numéro 609

 

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Opinion

Les problématiques de la situation palestinienne
Emad Awwad
Politologue

Ironiquement, la lecture de la situation palestinienne depuis les dernières élections législatives révèle de nombreux points à la fois alarmants et contradictoires.

Tout d’abord, ces élections ont marqué l’émergence d’un système démocratique parfait en Palestine. Non seulement les électeurs ont eu le choix entre différents programmes politiques, mais aussi le déroulement du scrutin a été jugé satisfaisant par les observateurs étrangers. Par ailleurs, l’issue du scrutin a mis fin à une longue période durant laquelle le Fatah a monopolisé le pouvoir tant législatif qu’exécutif. Désormais, un système de cohabitation politique règne en Palestine avec un président appartenant au Fatah et un gouvernement issu de la majorité parlementaire obtenue par le Hamas. Par conséquent, cela semble représenter un exemple très avancé de démocratie.

Cette expérience s’intègre, sans conteste, dans le cadre des orientations visant à un « remodelage » de la région ayant pour base les valeurs démocratiques. En revanche, le fait que les territoires palestiniens soient toujours sous occupation atténue sensiblement la portée d’une telle percée. Il s’agit d’un modèle étrange où la démocratie cohabite avec l’occupation. Si l’issue du scrutin dans un Etat indépendant doit être respectée par les forces politiques concourantes, la situation apparaît sous un autre angle lorsque le processus démocratique se déroule dans un cadre restrictif, où la force occupante détient un droit de veto sur la suite à donner, au mépris de la volonté de la population.

En second lieu, les résultats de ces élections ont mis en relief la précarité du schéma initialement conçu pour régler la question palestinienne. En effet, le processus lancé par les accords d’Oslo en 1993 partait d’une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Selon la formule approuvée, une Autorité palestinienne nationale élue et la force occupante devaient s’engager afin d’aboutir à un règlement définitif. Or, cela s'est avéré être décevant tandis que les échéances ont été régulièrement repousséEs. Le fait que le mouvement de la résistance islamique soit sorti gagnant des dernières élections législatives palestiniennes a changé la donne et désormais une situation inconfortable s’est établie, où la négation entre l’exécutif palestinien et Israël prend le dessus. Celle-ci devient de plus en plus complexe lorsqu’on constate que le changement dans la direction palestinienne était exigé par Israël ainsi que les Etats-Unis pour mettre fin au pouvoir absolu exercé par feu Yasser Arafat !

En troisième lieu, la nouvelle situation n’a fait qu'accentuer le recul enregistré depuis un moment par l’entreprise nationaliste palestinienne. Elle donne l’image d’une Autorité palestinienne à « deux têtes » : l’une « tolérée » et non pas « entièrement acceptée » et l’autre « isolée », voire « menacée ». Quant à la question palestinienne proprement dite, elle s’était vu rétrograder au niveau d’une question « humanitaire ». Pour l’heure, il ne s’agit plus de satisfaire les revendications légitimes d’un peuple, mais plutôt d’assurer l’afflux d’assistance nécessaire pour sa survie. Les mesures de rétorsion prises par Israël, couplées à la suspension de l’aide américaine et surtout européenne, ont mis en relief la fragilité de l'entité palestinienne.

Enfin, l’avènement du Hamas au pouvoir s’avère être bénéfique pour Israël. Si ce dernier s’est opposé dans un premier temps à toute participation du Hamas aux élections, force est de constater qu’il a su habilement se préparer à l’éventualité d’une victoire du mouvement islamiste. Désormais, il ne se sent plus obligé de rentrer dans des négociations qui pourraient le mettre dans une situation délicate. Il pourrait faire valoir ses droits à prendre des « mesures unilatérales » en avançant la thèse de la « sécurité » et en se protégeant par le prétendu « combat contre le terrorisme ». Dans ce contexte, un conflit palestino-palestinien ne pourrait que servir les orientations pour un règlement « unilatéral » en vue de clore le dossier d’un conflit interminable en Terre sainte.

On peut dire que l’entreprise nationaliste palestinienne est plus que jamais entourée de danger. Si les pays avancés peuvent se permettre le luxe de jouer le jeu de la démocratie et de l’alternance politique, un mouvement de libération nationale ne peut guère payer le prix d’un tel jeu. Il y va de l’avenir de sa cause. Partant, il est impératif d’effectuer une réévaluation générale de la situation pour tracer la voie à suivre. Dans ce contexte, il est primordial de remettre l’objectif nationaliste en tête des priorités. Une initiative pragmatique, présentée en commun par la présidence de l’Autorité et le gouvernement en exercice pour un règlement d’ensemble, pourrait renverser la tendance négative actuellement observée.

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