Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Al-Sayed Saïd,  Adieu à la réforme
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 Semaine du 10 au 17 mai 2006, numéro 609

 

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Opinion

Adieu à la réforme
Mohamed Al-Sayed Saïd
Politologue

Au cours des deux dernières semaines, les forces de la police égyptienne étaient préoccupées par trois événements. La sédition confessionnelle à Alexandrie, les événements terroristes à Dahab et enfin les initiatives présentées par le Club des juges et le Syndicat des journalistes pour réformer la justice et la presse. Ce dernier événement était le moins important du point de vue popularité, mais le plus important du point de vue symbolique. Quant à l'Etat, il était préoccupé par un tout autre sujet, la prorogation de la loi sur l'état d'urgence pour deux autres années. Ceci a complètement anéanti tout discours sur la réforme.

Nous laisserons le soin au temps de nous dévoiler comment les forces de la police ont agi face à ces trois événements. Il est indispensable toutefois de signaler que la police a de nouveau adopté ses anciennes habitudes et pratiques qui ont mené à la détérioration de ses relations avec les journalistes, les juges, les intellectuels et les activistes politiques. Mercredi dernier, la police a encerclé un petit nombre d'activistes politiques qui avaient organisé un sit-in symbolique sur le trottoir de la rue Abdel-Khaleq Sarwat en solidarité avec les revendications du Club des juges. Le nombre de soldats et d'officiers était impressionnant au point qu'on aurait cru qu'ils partaient en guerre. Ils ont adopté les procédés de déploiement militaire tactique. Il y avait des membres de l'armée officielle et d'autres en civil. Ce sont des personnes au physique impressionnant et habillées en civil pour échapper à la responsabilité de certaines actions qui ne devraient pas être commises par les membres de la police. Cette dernière a adopté ces mêmes tactiques pour affronter les petites manifestations organisées çà et là ces deux dernières semaines pour protester contre la détention des activistes et l'imposition d'un embargo contre les juges.

Par contre, une telle armée de soldats et d'officiers de la sécurité centrale n'a pas pu mettre un terme aux actes de pillage et de chaos qui ont suivi les événements de sédition confessionnelle survenus à Alexandrie. Il semblerait qu'elle n'ait pas vraiment essayé. Alors que les semeurs de trouble à Alexandrie étaient 50 fois plus nombreux que les forces de la police, c'était le contraire dans la rue Abdel-Khaleq Sarwat, où il y a les trois syndicats professionnels : le Syndicat des journalistes, le Syndicat des avocats et le Club des juges. Il y avait 50 soldats pour chaque manifestant.

Personne n'a pu expliquer cette grande manifestation « militaire » pour encercler et arrêter près de 50 intellectuels, activistes et journalistes qui ont participé soit au sit-in, soit aux manifestations. Cependant, tout le monde a écarté la probabilité qu'elle soit due au hasard. En effet, il est impossible que l'Etat puisse mobiliser ce grand nombre juste pour effrayer ou arrêter ce nombre d'activistes.

Cette attitude porte un indice révélateur du grand déséquilibre dont souffre la société. Un déséquilibre qui s'est révélé durant les derniers événements. Les experts confirment qu'il est injuste que ce soit la police qui doive faire face au terrorisme et à la sédition confessionnelle en l'absence des autres dimensions importantes de la politique.

Par conséquent, le renouvellement de la loi d'urgence est une méthode absurde pour faire face aux nombreuses fissures dont souffre la société. Le terrorisme, les séditions confessionnelles et les attentats atroces qui font des centaines de victimes ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont l'expression d'un état de décadence générale qui a atteint toute la société et qui implique un changement radical dans la méthode d'y faire face. Cette décadence est en réalité la fin objective de la philosophie de gestion de l'Etat et de la société. Malheureusement, l'élite au pouvoir n'a pas compris cette réalité. Elle continue à utiliser les mêmes procédés et la même philosophie qui ont sécrété ces fissures, c'est-à-dire l'emploi abusif de la force pour répondre aux défis politiques et sociaux. C'est ainsi que se sont poursuivis les accidents de sédition confessionnelle et de terrorisme, que se sont propagés le chaos et l'anarchie. De plus, se sont répétés des accidents effrayants, notamment dans les moyens de transport en commun, comme les accidents de trains, des ferries et des avions. Ceci signifie que la philosophie politique de Moubarak appliquée pendant un quart de siècle n'a pas porté ses fruits. L'Egypte est revenue ainsi à la case départ, c'est-à-dire aux grands défis traditionnels qu'affronte le pays depuis la moitié des années 1970.

A cette date, l'infrastructure était dans un état désastreux. Ce qui a causé de nombreux accidents qui ont influencé l'esprit général. Puis le pays a commencé à souffrir de l'extrémisme religieux qui a conduit à des séditions confessionnelles et au terrorisme. Pour faire face à ces problèmes, le président Moubarak a opté pour la solution favorisée par la bureaucratie et surtout la bureaucratie policière. Cette solution est représentée par la tentative d'étrangler la politique par l'intermédiaire de la loi sur l'état d'urgence et d'adresser toutes les ressources possibles à l'amélioration et la modernisation de l'infrastructure. Toutes les demandes de réforme politique, de transfert démocratique et de respect des droits de l'homme ont été accueillies par la négligence et le despotisme. On espérait que l'amélioration de l'infrastructure mènerait à une grande amélioration des performances économiques et par conséquent à la résorption du chômage, à la diminution de la pauvreté et à l'amélioration du niveau de vie et par la suite à la disparition du terrorisme et des séditions confessionnelles. Mais ces suppositions ont été abolies ces dernières années. Cependant, l'élite au pouvoir refuse de lire la réalité et d'en tirer les conclusions nécessaires. L'amélioration de l'infrastructure a été coûteuse, et aussi temporaire. Il est aussi devenu impossible de poursuivre la modernisation de l'infrastructure sans réaliser un véritable essor économique. A cause de la faiblesse du développement économique, la crise financière de l'Etat s'est aggravée avec le temps, ce qui a affaibli ses capacités de surveillance et le problème de la corruption est devenu incontrôlable. Ceci a conduit à la déception et à la colère, surtout au sein de la classe moyenne.

Le gel de la politique et les politiques de répression via la police ont réussi à mettre un terme un certain temps au terrorisme. La police n'a pas compris que ce succès revient en grande partie à la nature du citoyen égyptien, qui refuse la violence, et non à l'état d'urgence. C'est même la loi sur l'état d'urgence qui a contribué au retour du terrorisme, car elle a donné à la police une certaine confiance. Une confiance qui l'a poussée à négliger les droits de l'homme.

Ce n'est pas un hasard si tous les problèmes ont resurgi avec la violence qu'on connaît. La philosophie politique qui a gouverné le pays a explosé en même temps. Les intellectuels égyptiens ont toujours dit que l'amélioration de l'infrastructure ne signifie pas le développement de l'économie et que le développement économique, s'il se réalise, ne suffit pas à juguler l'extrémisme religieux et la sédition confessionnelle. Au contraire, la création de l'Etat de justice et de la loi est le seul moyen pour mettre un terme à l'extrémisme et à la sédition. Il est clair qu'il est impossible de garantir le développement économique sans fonder l'Etat de justice et de la loi. Sinon, c'est la corruption qui deviendra la principale loi de l'Etat et de l'économie .

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