Au cours des deux dernières semaines, les
forces de la police égyptienne étaient préoccupées par trois
événements. La sédition confessionnelle à Alexandrie, les
événements terroristes à Dahab et enfin les initiatives
présentées par le Club des juges et le Syndicat des journalistes
pour réformer la justice et la presse. Ce dernier événement
était le moins important du point de vue popularité, mais le
plus important du point de vue symbolique. Quant à l'Etat, il
était préoccupé par un tout autre sujet, la prorogation de la
loi sur l'état d'urgence pour deux autres années. Ceci a
complètement anéanti tout discours sur la réforme.
Nous laisserons le soin au temps de nous
dévoiler comment les forces de la police ont agi face à ces
trois événements. Il est indispensable toutefois de signaler que
la police a de nouveau adopté ses anciennes habitudes et
pratiques qui ont mené à la détérioration de ses relations avec
les journalistes, les juges, les intellectuels et les activistes
politiques. Mercredi dernier, la police a encerclé un petit
nombre d'activistes politiques qui avaient organisé un sit-in
symbolique sur le trottoir de la rue Abdel-Khaleq Sarwat en
solidarité avec les revendications du Club des juges. Le nombre
de soldats et d'officiers était impressionnant au point qu'on
aurait cru qu'ils partaient en guerre. Ils ont adopté les
procédés de déploiement militaire tactique. Il y avait des
membres de l'armée officielle et d'autres en civil. Ce sont des
personnes au physique impressionnant et habillées en civil pour
échapper à la responsabilité de certaines actions qui ne
devraient pas être commises par les membres de la police. Cette
dernière a adopté ces mêmes tactiques pour affronter les petites
manifestations organisées çà et là ces deux dernières semaines
pour protester contre la détention des activistes et
l'imposition d'un embargo contre les juges.
Par contre, une telle armée de soldats et
d'officiers de la sécurité centrale n'a pas pu mettre un terme
aux actes de pillage et de chaos qui ont suivi les événements de
sédition confessionnelle survenus à Alexandrie. Il semblerait
qu'elle n'ait pas vraiment essayé. Alors que les semeurs de
trouble à Alexandrie étaient 50 fois plus nombreux que les
forces de la police, c'était le contraire dans la rue
Abdel-Khaleq Sarwat, où il y a les trois syndicats
professionnels : le Syndicat des journalistes, le Syndicat des
avocats et le Club des juges. Il y avait 50 soldats pour chaque
manifestant.
Personne n'a pu expliquer cette grande
manifestation « militaire » pour encercler et arrêter près de 50
intellectuels, activistes et journalistes qui ont participé soit
au sit-in, soit aux manifestations. Cependant, tout le monde a
écarté la probabilité qu'elle soit due au hasard. En effet, il
est impossible que l'Etat puisse mobiliser ce grand nombre juste
pour effrayer ou arrêter ce nombre d'activistes.
Cette attitude porte un indice révélateur du
grand déséquilibre dont souffre la société. Un déséquilibre qui
s'est révélé durant les derniers événements. Les experts
confirment qu'il est injuste que ce soit la police qui doive
faire face au terrorisme et à la sédition confessionnelle en
l'absence des autres dimensions importantes de la politique.
Par conséquent, le renouvellement de la loi
d'urgence est une méthode absurde pour faire face aux nombreuses
fissures dont souffre la société. Le terrorisme, les séditions
confessionnelles et les attentats atroces qui font des centaines
de victimes ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont
l'expression d'un état de décadence générale qui a atteint toute
la société et qui implique un changement radical dans la méthode
d'y faire face. Cette décadence est en réalité la fin objective
de la philosophie de gestion de l'Etat et de la société.
Malheureusement, l'élite au pouvoir n'a pas compris cette
réalité. Elle continue à utiliser les mêmes procédés et la même
philosophie qui ont sécrété ces fissures, c'est-à-dire l'emploi
abusif de la force pour répondre aux défis politiques et sociaux.
C'est ainsi que se sont poursuivis les accidents de sédition
confessionnelle et de terrorisme, que se sont propagés le chaos
et l'anarchie. De plus, se sont répétés des accidents effrayants,
notamment dans les moyens de transport en commun, comme les
accidents de trains, des ferries et des avions. Ceci signifie
que la philosophie politique de Moubarak appliquée pendant un
quart de siècle n'a pas porté ses fruits. L'Egypte est revenue
ainsi à la case départ, c'est-à-dire aux grands défis
traditionnels qu'affronte le pays depuis la moitié des années
1970.
A cette date, l'infrastructure était dans un
état désastreux. Ce qui a causé de nombreux accidents qui ont
influencé l'esprit général. Puis le pays a commencé à souffrir
de l'extrémisme religieux qui a conduit à des séditions
confessionnelles et au terrorisme. Pour faire face à ces
problèmes, le président Moubarak a opté pour la solution
favorisée par la bureaucratie et surtout la bureaucratie
policière. Cette solution est représentée par la tentative
d'étrangler la politique par l'intermédiaire de la loi sur
l'état d'urgence et d'adresser toutes les ressources possibles à
l'amélioration et la modernisation de l'infrastructure. Toutes
les demandes de réforme politique, de transfert démocratique et
de respect des droits de l'homme ont été accueillies par la
négligence et le despotisme. On espérait que l'amélioration de
l'infrastructure mènerait à une grande amélioration des
performances économiques et par conséquent à la résorption du
chômage, à la diminution de la pauvreté et à l'amélioration du
niveau de vie et par la suite à la disparition du terrorisme et
des séditions confessionnelles. Mais ces suppositions ont été
abolies ces dernières années. Cependant, l'élite au pouvoir
refuse de lire la réalité et d'en tirer les conclusions
nécessaires. L'amélioration de l'infrastructure a été coûteuse,
et aussi temporaire. Il est aussi devenu impossible de
poursuivre la modernisation de l'infrastructure sans réaliser un
véritable essor économique. A cause de la faiblesse du
développement économique, la crise financière de l'Etat s'est
aggravée avec le temps, ce qui a affaibli ses capacités de
surveillance et le problème de la corruption est devenu
incontrôlable. Ceci a conduit à la déception et à la colère,
surtout au sein de la classe moyenne.
Le gel de la politique et les politiques de
répression via la police ont réussi à mettre un terme un certain
temps au terrorisme. La police n'a pas compris que ce succès
revient en grande partie à la nature du citoyen égyptien, qui
refuse la violence, et non à l'état d'urgence. C'est même la loi
sur l'état d'urgence qui a contribué au retour du terrorisme,
car elle a donné à la police une certaine confiance. Une
confiance qui l'a poussée à négliger les droits de l'homme.
Ce n'est pas un hasard si tous les problèmes
ont resurgi avec la violence qu'on connaît. La philosophie
politique qui a gouverné le pays a explosé en même temps. Les
intellectuels égyptiens ont toujours dit que l'amélioration de
l'infrastructure ne signifie pas le développement de l'économie
et que le développement économique, s'il se réalise, ne suffit
pas à juguler l'extrémisme religieux et la sédition
confessionnelle. Au contraire, la création de l'Etat de justice
et de la loi est le seul moyen pour mettre un terme à
l'extrémisme et à la sédition. Il est clair qu'il est impossible
de garantir le développement économique sans fonder l'Etat de
justice et de la loi. Sinon, c'est la corruption qui deviendra
la principale loi de l'Etat et de l'économie .