Al-Ahram Hebdo, Opinion | Salama A. Salama, La gazelle et le lion
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 Semaine du 10 au 17 mai 2006, numéro 609

 

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Opinion

La gazelle et le lion
Salama A. Salama

Je déteste les compliments, surtout quand ils sont adressés à des dirigeants ou à des personnalités influentes. Dans notre patrimoine arabe, je n’appréciais point la littérature d’éloges ni ses poètes d’ailleurs. Ceux-ci ont ancré la culture de l’hypocrisie dans la mentalité arabe. Ils en ont fait le plus grand art de la poésie et de la littérature. Un art qui a pris le dessus sur de nombreux aspects de la vie morale et intellectuelle et qui a avarié la vie sociale et politique lorsqu’il a relevé la valeur de l’argent et du pouvoir et a sapé les autres valeurs comme la franchise, l’honnêteté et la droiture.

Mais aujourd’hui, quand je parle de Doubaï et de ses dirigeants, je ne renouvelle pas l’ancienne habitude arabe des éloges et des compliments. Je voudrais mentionner les raisons de l’énorme essor qui a transformé Doubaï, ce petit émirat des Emirats arabes unis, en une perle du Golfe. Un Etat qui possède un énorme capital et des richesses. Dans ses rues affluent des milliards de dollars. Il abrite sur son sable et ses îles artificielles des milliers de gratte-ciel, d’autoroutes et de ponts au point que l’on se croirait à New York ou à Chicago. Cet émirat abrite des centaines de projets par lesquels Doubaï a devancé la majorité des villes arabes et grâce auxquels il est entré en compétition avec de nombreuses villes européennes et asiatiques. Ces projets sont desservis par des télécommunications rapides et une infrastructure électronique développée œuvrant au service du flux des capitaux et des Bourses mondiales du Proche-Orient, du centre de l’Asie et de la presqu’île indienne. Doubaï est devenu un exemple dans la rapidité d’obtenir la licence de l’installation d’un projet en quelques heures seulement.

Nombreux sont ceux qui se posent cette question : Comment est survenu cet essor ? D’où a afflué tout cet argent ? S’agit-il de blanchiment de fonds ? Comment ce prince à l’apparence bédouine, Mohamad bin Rached, a-t-il réussi à fonder cet énorme empire financier qui œuvre aujourd’hui à attirer des milliards de dollars de capitaux arabes en Europe et aux Etats-Unis ?

Mohamad bin Rached, qui a reçu son éducation en Grande-Bretagne, présente son expérience extraordinaire du développement dans son livre Ma vision. Il explique sa philosophie de la vie et du travail ainsi que sa recette pour réussir et relever les défis. On est impressionné de voir comment les domaines de vision peuvent s’élargir de ce petit point sur le littoral du Golfe pour englober le monde entier et profiter d’expériences et de conceptions qui dépassent la modernité. On s’imaginerait que derrière cet énorme essor se trouve une institution regroupant les plus grands experts des finances et de la gestion qui fabriquent ce succès et cette distinction.

Doubaï semble vraiment dans une course contre la montre, contre les autres, contre les centres de richesse et de progrès à Singapour et à Hongkong. C’est une course qui ne s’arrête pas. Une course que Mohamad bin Rached compare à la course entre la gazelle et le lion dans la jungle africaine. Le lion se réveille et réalise qu’il doit courir plus vite que la gazelle, sinon il finira par mourir de faim. La gazelle aussi se réveille pour réaliser qu’elle doit être plus rapide que le lion, sinon il finira par la dévorer. Où en est Doubaï de cette course ? .

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