C’est après d’âpres discussions et d’intenses
pressions, notamment américaines, qu’un accord de paix sur le
Darfour a été finalement conclu. Un accord salué par l’Union
Africaine (UA) et par l’ensemble de la communauté internationale
comme étant un pas dans la bonne direction. Cependant, tout le
monde s’accorde aussi sur le fait que beaucoup reste à faire
pour parvenir à une paix globale, d’autant plus que du côté de
la rébellion, l’accord n’a été signé que par la faction
majoritaire du principal groupe rebelle au Darfour, le Mouvement/Armée
de Libération du Soudan (SLM). En revanche, l’autre rébellion,
le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), a refusé
l’accord, de même que la faction minoritaire du SLM, dirigée par
Abdel-Wahid Mohammed Al-Nour.
Robert Zoellick, le secrétaire d’Etat adjoint
américain qui a pris une part active à l’obtention de ce
consensus, a admis vendredi que la situation ne va pas changer
du jour au lendemain et que le Darfour demeure un endroit très
dangereux et violent. « L’accord est une importante étape vers
la fin d’une des plus graves crises humanitaires », a-t-il dit,
en soulignant que toutefois d’autres étapes importantes restent
à franchir dans sa mise en application.
Le document, signé après deux ans de
négociations à Abuja, reprend les mêmes fondements qui avaient
servi de bases pour l’accord de paix dans le sud du pays :
désarmement des rebelles et milices, partage plus équitable des
richesses et du pouvoir et une plus large autonomie. L’accord
prévoit notamment un référendum pour que les près de six
millions d’habitants de la région se prononcent sur le découpage
administratif de la province. Le texte fait également obligation
à Khartoum de désarmer et de neutraliser les Djandjawids,
milices arabes pro-gouvernementales accusées des pires atrocités.
La force de paix au Darfour compte 7 000 hommes de l’UA et est
déployée depuis 2004, mais elle n’a pas réussi à mettre un terme
au bain de sang et connaît des problèmes financiers. Les
analystes estiment cependant que sans une réelle volonté
politique du gouvernement pour appliquer l’accord, le Darfour ne
connaîtra pas la paix. « Pourquoi devons-nous penser qu’un
gouvernement si mal intentionné va changer d’attitude ? », se
demande Eric Reeves, un expert du Soudan basé aux Etats-Unis. «
Il sera difficile de désarmer les Djandjawids, car Khartoum les
a déjà intégrés dans les troupes gouvernementales », ajoute-t-il.
D’autre part, le gouvernement soudanais a
déclaré qu’il n’excluait plus le déploiement d’une force de
l’Onu au Darfour pour remplacer les soldats de l’UA, une
volte-face après la signature de l’accord de paix avec le
principal groupe rebelle. Ce qui marque un net changement de
position de la part de Khartoum, qui s’était opposé à l’envoi de
forces non africaines au Darfour pour remplacer les troupes de
l’UA. Fin février, le président soudanais, Omar Al-Béchir, avait
même averti que le Darfour serait un « cimetière » pour les
troupes étrangères qui y seraient dépêchées sans l’accord du
gouvernement. « Le gouvernement va évaluer s’il a besoin ou non
de l’assistance de forces étrangères et pourrait décider de
demander le déploiement (d’une force) de l’Onu », a déclaré le
porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Jamal Ibrahim.
En soulignant qu’une telle décision relève des prérogatives du
gouvernement (...). Ce qui est certain, c’est qu’il n’y aura pas
de déploiement de forces étrangères au Soudan sans le
consentement préalable du gouvernement.
« Nous voyons ces premières déclarations du
gouvernement soudanais sous un éclairage positif et attendons
leur rapide mise en œuvre en espérant l’ouverture d’un nouveau
chapitre de la coopération pour assurer la transition », a
estimé l’ambassadeur américain à l’Onu, John Bolton. Pour lui,
il s’agit d’un signe très encourageant, du premier résultat
positif de l’accord de paix d’Abuja.
Inés Eissa