Les
affrontements qui ont lieu dimanche entre partisans du Fatah et
du Hamas, et qui ont fait trois morts et onze blessés, ont mis
de l’huile sur le feu, alors que la lutte au pouvoir entre les
deux factions est loin d’être réglée. Au lendemain de ces
affrontements, le gouvernement issu du Hamas a appelé « tout le
monde au calme ». « Le premier ministre, Ismaïl Haniyeh, suit la
situation de près et a donné des ordres aux responsables pour
prendre les mesures nécessaires et mettre fin aux événements »,
a affirmé le porte-parole du cabinet Ghazi Hamad, qui a qualifié
ces troubles « d’incidents effrayants ».
Le Hamas a rejeté la responsabilité des
heurts sur le Fatah. « Le problème a commencé au début de la
nuit de dimanche à lundi, quand un groupe de la Sécurité
préventive a kidnappé trois membres d’Ezzeddine Al-Qassam », la
branche armée du Hamas, a affirmé son porte-parole, Sami
Abou-Zouhri. « Nous avons essayé de mettre fin aux affrontements
en entrant en contact avec des responsables du Fatah mais il n’y
a pas eu de réponse positive de leur part », a-t-il ajouté.
Les relations entre les deux mouvements sont
tendues depuis plusieurs semaines et ces incidents ne sont pas
les premiers. Le 22 avril dernier, des heurts entre partisans
des deux groupes avaient déjà fait plus d’une trentaine de
blessés, après que le chef du Hamas en exil à Damas, Khaled
Mechaal, eut accusé M. Abbass de « comploter » contre le
gouvernement du Hamas pour obtenir sa chute.
Ils sont intervenus après l’échec des
discussions entre le gouvernement d’Ismaïl Haniyeh et M. Abbass
pour sortir de la crise politique et financière provoquée par la
suspension des aides directes internationales. Des ministres du
gouvernement du Hamas et des représentants du dirigeant Mahmoud
Abbass se sont réunis dimanche soir sans parvenir à trouver une
issue à la crise financière palestinienne.
La veille, le premier ministre Ismaïl Haniyeh
et le président de l’Autorité palestinienne s’étaient rencontrés
sans parvenir à une solution sur ces questions. Chacun s’était
contenté de faire un constat de la crise, qui s’accroît chaque
jour davantage après la suspension des aides directes par
l’Union Européenne (UE), principal pourvoyeur de fonds des
Palestiniens, et des Etats-Unis, ainsi que l’arrêt du versement
par Israël de taxes dues à l’Autorité palestinienne. Les quelque
160 000 fonctionnaires de l’Autorité palestinienne n’ont pas été
payés depuis le mois de mars. Cette masse salariale représente
un budget de 120 millions de dollars par mois, un argent qui
permet de faire vivre près d’un quart de la population
palestinienne. « Nous avons l’argent, mais le problème est
comment faire entrer cet argent » dans les territoires
palestiniens, avait indiqué le premier ministre.
La Ligue arabe a collecté environ 70 millions
de dollars au profit des Palestiniens, mais les banques sont
réticentes à transférer cet argent, craignant des sanctions de
la part de Washington. Les Etats-Unis, qui considèrent le Hamas
comme une organisation terroriste, prohibent tout contact avec
lui.
Le ministre palestinien des Affaires
étrangères, Mahmoud Al-Zahar, de retour à Gaza après une tournée
dans les pays arabes destinée à lever des fonds, a affirmé que
ceux-ci se sont engagés à aider financièrement les Palestiniens.
M. Zahar a d’autre part indiqué qu’il comptait entamer une
tournée asiatique à la fin du mois de mai. Concernant l’Europe,
il a prédit également un effritement du front européen contre le
Hamas. « Avec le temps, qui ne sera pas long, la position des
Européens se disloquera », a-t-il estimé, affirmant qu’il avait
rencontré lors de sa tournée des responsables des pays européens.
« Le but de toutes ces rencontres est de court-circuiter les
pressions américaines », a ajouté M. Zahar.
De son côté, la Commission européenne
s’apprête à proposer aux Etats membres de l’UE de débloquer 34
millions d’euros en aide humanitaire pour les territoires
palestiniens, a confirmé vendredi un porte-parole de l’exécutif
européen, Louis Michel. Pour éviter tout contact au niveau
politique avec le gouvernement du Hamas, l’Union européenne
cherche aussi à rediriger son aide vers les services du
président palestinien.
Israël examine secrètement
Alors que les Palestiniens sont occupés par
leur lutte intestine et leur crise pécuniaire, Israël en profite
pour procéder à des retraits unilatéralaux. Des officiels
israéliens examinent secrètement l’aspect juridique du plan de
retraits unilatéraux de Cisjordanie du premier ministre Ehud
Olmert, a indiqué lundi le journal israélien Haaretz.
Ces officiels de haut rang représentant
divers ministères ont été nommés par l’ex-premier ministre Ariel
Sharon et sont à l’œuvre depuis six mois dans le cadre d’un
comité interministériel, a précisé le quotidien qui cite des
sources gouvernementales à Jérusalem.
Cette équipe a notamment pour tâche d’évaluer
les coûts d’application du plan des retraits de Cisjordanie et
des démantèlements de colonies isolées, ainsi que les moyens
d’obtenir un soutien international à ce projet.
Toujours de même source, M. Olmert — dont le
nouveau cabinet a tenu dimanche sa première séance — a prévu de
discuter cette semaine avec ses principaux ministres de ce plan
de retrait et des relations israélo-palestiniennes, en vue de sa
rencontre, le 23 mai à la Maison Blanche, avec le président
américain George W. Bush. L’objectif de la visite est d’obtenir
un soutien américain à son plan de retrait partiel en
Cisjordanie et de maintien de blocs de colonies, après avoir
obtenu l’investiture de la Knesset.
Selon son programme gouvernemental, M. Olmert
ambitionne de fixer, d’ici à 2010, les frontières permanentes
d’Israël, avec ou sans l’accord des Palestiniens.
Rania Adel