Al-Ahram Hebdo, Littérature |Hussein Abdel-Réhim,  Une voiture tirée par des chevaux
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 17 mai 2006, numéro 609

 

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Littérature

Dans ces premières lignes de son roman Araba tagoroha al-khoyoul, Hussein Abdel-Réhim entreprend une quête de la ville des gueux. Un parcours au sein du désert qui reflète la steppe de l’âme.

Une voiture tirée par des chevaux

Vers quoi me prend cet appel ?

Durant la nuit et durant le jour. Au réveil comme au sommeil. A l’aller et au retour. Dans tous les pays, dans les villes et les provinces, il ne cesse de harceler l’ouïe. Il transcende les sens, fouillant dans la mémoire et embrasant l’imaginaire. D’où vient-il et comment poursuit-il son chemin en coulant tel le sang dans les veines, projetant des cratères blancs, noirs, ensanglantés et sombres ? Des paroles qui s’effritent, secouant l’être et faisant succomber le cœur sous leur poids sans aucune issue. Fuite et fuite à nouveau, désir, évanescence, confusion des temps et narration des pas et des voyages. Quelques mots uniquement. Des mots sur lesquels il y a accord. Des mots qui transcendent, mais qui restent toutefois tristes, incitant à l’étonnement et conduisant en tâtonnant à se saisir des détails.

Au milieu de la place, la voiture s’arrête ; un autobus qui transporte des passagers. Et la chose attendue se fait entendre.

« Louons le labeur des hommes ! »

Se redresser sur son siège ? Avoir le sentiment de quelque chose de perdu mais aussi d’une attente. La voix provient-elle du sud ? Du Machreq ou du Maghreb ? De la mosquée d’Al-Aqsa, d’Al-Hussein ou de la lumière ? Ah ! Une lumière qui est sur le point de poindre, mais qui se fait attendre. Une lumière qui éclaire toute obscurité. L’appel à la prière qui provient du haut des minarets et des toits. La voiture s’arrête et l’autobus est éclairé. Des visages baignent dans la lumière alors que d’autres s’assombrissent. Dans cette ruée, il se penche par la fenêtre de l’autobus pour essayer de s’éveiller. Comment doit-il agir ? Lui faut-il suivre la course effrénée des hommes traversant la voie ? Il accumule les détails. Mais à ce moment même, la voiture se met en marche, la voix se perd et il ne reste plus que la mémoire. Quelle est cette voix ? Quel est le sens de l’appel ? Qui m’a conduit sur ce chemin obscur et dans ces rues vides ? La voiture décuple de vitesse. Les lumières découvrent de nombreuses choses, mais rendent la route encore plus déprimante. Je ne vois plus rien. Ces casernes militaires alignées sur les deux côtés de la route. Des montagnes noires gigantesques. Les hommes sont tristes et craintifs. Les ennemis ont augmenté alors qu’il ne se rendait pas compte. Il n’y a pas de jeunes femmes, de jeunes ou d’enfants. Rien que de vieilles femmes de noir vêtues, portant des lanternes et scrutant les visages des personnes tassées dans les voitures qui roulent à toute vitesse. Il cherche des choses inconnues. Il jette des regards sur les trottoirs et son étonnement ne fait qu’augmenter, sa confusion et ses questions aussi. La route se fait longue, mais la voiture s’arrête à nouveau. Il y trouve l’occasion de faire un tour d’horizon et de comprendre.

Une femme se courbe. Elle chuchote dans l’oreille d’une autre. Elle soupire. Que cherchent-elles ? Pourquoi cette persévérance et cet acharnement ? Il continue à scruter les visages. Mais la scène se transforme en un énorme brouillard alors que les lanternes s’éteignent. Les jeunes filles arrivent des rues arrière avec leurs ardentes bougies. Elles rejoignent la rue principale et s’alignent dans la rangée, à côté des mères. Elles portent toutes le même regard qui scrute et interroge. Je connais parfaitement ces visages dans leurs menus détails. Celle-ci porte une djellaba de lin alors que celle-là est vêtue d’un pantalon bleu et d’une chemise couleur d’huile. Il n’y a donc rien de nouveau qui se dessine à l’horizon. L’autobus reprend son chemin. Il traverse un long tunnel gardé par deux soldats en vêtements militaires foncés.

Il descend de la voiture, laisse la porte entrouverte et fait quelques pas. Rien que cinq pas le conduisent à des hommes en vêtements militaires et portant des armes. Il demande étonné et l’homme à l’arme répond : « Organisme du tourisme ». Un cadre a appris que des momies précieuses appartenant à une vieille famille, dont le métier consistait à égayer le roi et la reine en leur faisant passer des soirées tardives agréables et divertissantes, avaient été découvertes. Mais la découverte la plus rare serait la momie du compagnon. Unique en son genre dans la lignée de la grandeur des ancêtres.

En écoutant les chuchotements, un soldat arrive de sur une dune proche, de la fin du tunnel. Ils disent que ce Compagnon n’est autre qu’un accompagnateur des pauvres démunis qui ont perdu leur parent, de ceux dont les droits sont usurpés et de ceux entassés dans l’obscurité des maisons de la vieille ville.

Puis-je poser une question, monsieur ? Pourquoi ce chemin ?

Il est vital et important ? Une artère qui nourrit toutes les routes adjacentes. Traverse le tunnel jusqu’au bout, tu y trouveras ton guide pour toutes les villes et même pour les provinces.

Le porteur d’arme intervient en ajoutant : « Cette route te mènera après 7 km environ à toutes les villes viagères. Tu n’as qu’à tourner à gauche ».

Tu n’as plus d’autres choix. Il te faut marcher dans l’obscurité pour atteindre ton objectif. Poursuis ton chemin jusqu’au bout, alors peut-être y trouveras-tu ce que tu désires. Peut-être reviendras-tu sur tes pas ? Et peut-être …

++++++++++

Je le vis s’éloigner et atteindre le tunnel. L’aube est sur le point de poindre. Rien que quelques minutes et l’astre solaire va s’élever propageant ses rayons sur ce désert. Les choses vont-elles apparaître alors plus clairement de même que le commencement du chemin ?

Il marche et s’approche du tapis de sable. Son visage scrute la profondeur des cieux pour discerner une certaine étoile qui se case à l’horizon. Les paroles des gardiens et des soldats ont des retombées angoissantes. Il regarde au loin, mais il ne voit rien qui puisse le conduire à une ouverture. Il se souvient d’une vieille chanson. Certains mots qui véhiculent certaines idées. Elles dessinent des lignes continues et séparées à la fois qui l’interpellent …

Des oiseaux suivis d’autres oiseaux et le soir est triste

Alors que tu es faite de richesses, toi terre du sud

Je traverse les jardins et éloigne les années

Oubliés par nos parents, nos noms sont effacés

Sans souvenir de nous, ils nous ont délaissés.

Il est contraint de s’arrêter et d’être attentif. Des voix étranges qui se rapportent au royaume de cette nuit unique. Les sons des bateaux percent ses oreilles. Avance et ne compte pas tes pas. Toutefois, tu dois préciser ton espace et choisir ta direction. Cours. Il court, alors que les incendies enflamment toute la côte proche de la mer. Des hommes encerclent des feux aux grandes flammes. Ils l’observent alors qu’il court sans but. Les paquebots continuent à lancer leur sirène au loin dans la mer. Il court de longues heures jusqu’à la montée de l’astre rouge. Il s’aventure dans la direction du soleil. La taille élancée, la peau mate et le corps souffrant de la violence de la chaleur. Les flammes et les vents du désert marquent un visage couvert de tristesse depuis la nuit des temps. Marche plus lentement. Tu dois préciser ta direction. La route n’a pas de panneaux pour indiquer les directions et le nom des stations. Il s’arrête subitement et tourne à gauche.

Il quitte le chemin de sable et se dirige vers les habitations. Une route en asphalte aplanie. Il marche plus lentement et finit par découvrir une pancarte. Quelques mètres plus loin, il aperçoit une maisonnée de forme pyramidale. Une vieille pancarte et une écriture peu claire. Une petite flèche est pointée vers l’extrême gauche : La ville des gueux.

Cinq km ? Ralentis. Un sourire mais aussi le visage rembruni. Une détermination à retrouver les lieux. Le dieu compagnon. Il creuse son chemin sur une route obscure qu’il traverse contre son gré. Les gardiens et les soldats. Je ne comprends rien au sens de ce voyage. Il ne connaît pas non plus le nombre d’heures passées dans l’autobus. Une voiture. Un autobus. Etre proche du tunnel chaotique. La course effrénée de longues heures dans le désert. Les flammes de feux creusent le sol sont derrière lui. Combien de jours se sont-ils écoulés ? Combien d’heures ? Il est midi. Des années, des jours et des minutes et tu atteindras les portes de la ville. Qui sont ces gueux à qui appartient la ville proche ? A l’extrême bout de la route, il aperçoit des personnes qui creusent. Il se retourne pour voir à quoi ressemblent les visages de ces hommes aux têtes recourbées. Il creuse dans sa mémoire, élucide et fait ressortir à la surface les images.

L’entrée de la ville n’est plus éloignée. Mais elle n’est pas encore proche …

Traduction de Soheir Fahmi

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Hussein Abdel -Réhim

Il est né en 1968. Diplômé de la faculté de communication, département de journalisme, en 1996, Hussein Abdel-Réhim travaille dans la presse artistique dans nombre de journaux arabes, notamment dans la critique cinématographique. Araba tagoroha al-khoyoul (Une voiture tirée par des chevaux), aux éditions de la GEBO, en 2000, est son premier roman. Après, il a publié Sahel al-riyah (Rivage des vents), GEBO en 2004 et un recueil de nouvelles, Al-Maghib (Le Couchant), Palais des cultures, en 2002.

 

 




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