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Chemins de fer.
Voyager en deuxième classe, ex-troisième,
est une aventure quasi folklorique mais qui reste risquée et peu
recommandable. Reportage.
Capharnaüm sur rails
Il
est 14h00, c’est l’heure de l’arrivée du train 807, destination
Banha. Il avance avec sa dizaine de wagons et s’arrête sur le
quai 20. Une foule de passagers est à son accueil. Une autre
foule encore plus immense est à l’attente de Néfertiti. Cette
reine pharaonique n’est que le nom que l’Organisme des chemins
de fer a donné aux wagons de deuxième classe, dits développés ou
aussi distingués. Les portes s’ouvrent, les gens se bousculent.
Il faut absolument trouver une place. Le trajet va durer environ
une heure et durant laquelle la locomotive marquera 5 arrêts.
Wagons presque gris couleur de poussière et de sable.
Une fois à l’intérieur, la scène choque. Des
mouches s’envolent ici et là. Une mauvaise odeur envahit les
lieux et l’on se demande d’où surgit-elle ? Une jeune fille fait
discrètement signe du doigt. Direction des toilettes ... Portes
cassées, facile de deviner le reste. Le contrôleur passe, pas la
moindre préoccupation ... Comme si rien ne se passe, habitude
peut-être. Il est 14h30, le trajet commence, l’aventure aussi,
car dans cette « deuxième classe distinguée », c’est un
véritable calvaire. Aucune place ... vraiment aucune place pour
s’asseoir. Tenter de passer entre les sièges pour aller dans un
autre wagon est une mission impossible. Les passagers le savent
d’ailleurs. Par précaution, il ont leurs moyens sur eux. Vite
ils bloquent le petit couloir entre les deux rangs de sièges,
avec des chaises en bois. On dirait qu’on est sur la plage ...
mais ici pas d’air frais, difficile de respirer. Normal, disent
les passagers. Une bagarre commence, deux étudiants se disputent
une place. Où ? Sur les filets des bagages. Ça leur sert de lit.
Le train s’approche de la station de Choubra Al-Kheima. De loin,
des garçons éprouvent du plaisir à lancer des pierres contre les
très peu de vitres encore intactes. « Un grand nombre de
passagers ont été blessés par ses pierres durant ces dernières
années. On n’a jamais entendu qu’il y a eu des mesures prises
pour stopper ces affaires. Où est la sécurité, n’est-ce pas un
de nos droits ? », s’interroge Mona, une fonctionnaire mariée au
Caire et qui fait ce trajet chaque semaine pour aller visiter
ses parents à Banha.
Elle
sort un livre de son sac tout comme quelques étudiants au fin
fond du wagon. Tentative manquée. Cette évasion ne peut pas
durer longtemps. Les vendeurs ambulants arrivent. Ils peuvent
quand même se frayer un chemin dans cette boîte de sardine. «
Bonbons, allez, achetez, juste une demi-livre, oui une
demi-livre, pour changer votre humeur », crie-t-il, mais même la
bonne humeur a du mal à trouver une place. On est pourtant dans
la deuxième catégorie, celle lancée dans le cadre du projet de
réforme des chemins de fer en Egypte. Celui entamé il y a 3 ans
à la suite du terrible accident de train d’Al-Ayat. Un incident
s’est déclenché dans un des wagons de troisième classe ... le
bilan a fait 361 morts. Depuis, la troisième classe disparaît,
elle a simplement changé de nom : 2e classe bis, la distinguée.
Les sièges en bois ont été remplacés par d’autres en fibre
glace, une matière incombustible. Une autre nouveauté, des
ventilateurs répartis de part et d’autre des wagons. Pour
financer cette rénovation, de nouveaux tarifs sont entrés en
vigueur. L’Organisme des chemins de fer a augmenté le prix du
billet de 50 piastres pour atteindre deux livres et demie. « Au
début, tout allait bien. On avait vraiment senti la différence
avec la 3e classe. Mais trois ou quatre mois après, on est
retourné à la case départ », dit Salma, étudiante à la faculté
d’agronomie, qui prend quotidiennement ce train pour aller à
l’université. En effet, les ventilateurs ne fonctionnent plus.
Demandez aux responsables. « Ils sont en panne », c’est si
simple et les sièges sont pleins de graffitis, sinon cassés,
dans certains endroits, ou recouverts de poussière, dans
d’autres. Réparation, restauration, des mots qui n’ont aucun
sens ici. Le fantôme de la 3e classe plane sur l’endroit. Les
responsables accusent les passagers. Absence de civisme. « Il
faut faire apprendre aux passagers que les trains sont une
propriété du peuple, c’est-à-dire les leurs, et donc ils sont
responsables de les protéger », affirme Mohamad, le contrôleur
du train. Un casse-tête pour tout le monde apparemment. « Un
verre de thé pour mettre fin à vos maux de tête, extra sucre »,
lance un vendeur de thé. Il se balance entre les passagers,
verres en plastique déjà utilisés dans une main, et dans l’autre
la théière. « Attention à votre tête, madame ».
Aliaa Al-Korachi |
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3 QUESTIONS À
Farouq Nassar,
président du Syndicat général des
chemins de fer
Al-Ahram Hebdo : Qui, selon vous, est
responsable de la multiplication des accidents ferroviaires ?
Farouq Nassar : On ne peut pas accuser le
gouvernement de tous ces accidents. Bien avant la dernière
collision du train de marchandises avec un train de passagers à
Charqiya, les trains étaient dans de très mauvaises conditions
et les wagons étaient usés. Le ministre des Transports avait en
effet réclamé une somme de 8 milliards de L.E. pour pouvoir
améliorer l’état des chemins de fer. Le gouvernement n’a pas
donné suite à sa demande. C’est un problème d’administration en
premier lieu. Nous adoptons les mêmes méthodes depuis 1852, ce
qui est sans doute inimaginable. Nous avons besoin d’un
changement radical de notre méthode de gestion pour pouvoir
résoudre tous nos problèmes. Il faudrait que les chemins de fer
aient leurs propres ressources et puissent couvrir leurs besoins.
— Que voulez-vous dire par propres ressources
?
— Nous avons des capacités très importantes
qui ne sont pas utilisées. Le secteur des chemins de fer possède
par exemple à lui seul environ 190 millions de m2 de terrains
dans des endroits très stratégiques. Si on pense à les vendre,
cela devrait garantir un revenu d’au moins 25 milliards de L.E.
Nous avons aussi des millions de tonnes de ferraille tout au
long des lignes des chemins de fer qui peuvent être vendues et
rapporter de grandes sommes d’argent. Nous avons aussi des
trains de marchandises qui peuvent faire facilement charger
entre 20 et 22 millions de tonnes par an, mais ils ne sont pas
bien exploités. Je voudrais dire par tout cela que le chemin de
fer est un important appareil d’investissement qui peut
rapporter d’énormes revenus.
— Quel plan proposez-vous pour pouvoir
exploiter ces moyens ?
— Ce n’est pas mon propre plan. C’est un
exemple qui a été appliqué en Roumanie et qui a porté ses
fruits. Il s’agit de diviser le secteur des chemins de fer en
plusieurs sections : le fonctionnement, l’atelier, l’ingénierie
des chemins de fer, les feux, les constructions et enfin le
secteur commercial. Tous ces secteurs seront donc indépendants
les uns des autres mais tout en dépendant du ministère des
Transports. C’est exactement la même idée appliquée dans le
métro du Caire. Chaque secteur sera chargé d’une tâche
particulière et bien répartie. En cas d’accident par exemple, il
serait plus facile d’identifier la section qui en est
responsable. Nous avons besoin d’une nouvelle mentalité
d’administration pour pouvoir sauver ce qui reste des chemins de
fer. Car si on obtient des fonds d’une valeur de 100 milliards
de L.E. et qu’on continue à adopter les mêmes techniques, rien
ne va changer. |
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