Al-Ahram Hebdo, Dossier | Capharnaüm sur rails
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 10 au 17 mai 2006, numéro 609

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Francophonie

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Dossier

Chemins de fer. Voyager en deuxième classe, ex-troisième, est une aventure quasi folklorique mais qui reste risquée et peu recommandable. Reportage.

Capharnaüm sur rails

Il est 14h00, c’est l’heure de l’arrivée du train 807, destination Banha. Il avance avec sa dizaine de wagons et s’arrête sur le quai 20. Une foule de passagers est à son accueil. Une autre foule encore plus immense est à l’attente de Néfertiti. Cette reine pharaonique n’est que le nom que l’Organisme des chemins de fer a donné aux wagons de deuxième classe, dits développés ou aussi distingués. Les portes s’ouvrent, les gens se bousculent. Il faut absolument trouver une place. Le trajet va durer environ une heure et durant laquelle la locomotive marquera 5 arrêts. Wagons presque gris couleur de poussière et de sable.

Une fois à l’intérieur, la scène choque. Des mouches s’envolent ici et là. Une mauvaise odeur envahit les lieux et l’on se demande d’où surgit-elle ? Une jeune fille fait discrètement signe du doigt. Direction des toilettes ... Portes cassées, facile de deviner le reste. Le contrôleur passe, pas la moindre préoccupation ... Comme si rien ne se passe, habitude peut-être. Il est 14h30, le trajet commence, l’aventure aussi, car dans cette « deuxième classe distinguée », c’est un véritable calvaire. Aucune place ... vraiment aucune place pour s’asseoir. Tenter de passer entre les sièges pour aller dans un autre wagon est une mission impossible. Les passagers le savent d’ailleurs. Par précaution, il ont leurs moyens sur eux. Vite ils bloquent le petit couloir entre les deux rangs de sièges, avec des chaises en bois. On dirait qu’on est sur la plage ... mais ici pas d’air frais, difficile de respirer. Normal, disent les passagers. Une bagarre commence, deux étudiants se disputent une place. Où ? Sur les filets des bagages. Ça leur sert de lit. Le train s’approche de la station de Choubra Al-Kheima. De loin, des garçons éprouvent du plaisir à lancer des pierres contre les très peu de vitres encore intactes. « Un grand nombre de passagers ont été blessés par ses pierres durant ces dernières années. On n’a jamais entendu qu’il y a eu des mesures prises pour stopper ces affaires. Où est la sécurité, n’est-ce pas un de nos droits ? », s’interroge Mona, une fonctionnaire mariée au Caire et qui fait ce trajet chaque semaine pour aller visiter ses parents à Banha.

Elle sort un livre de son sac tout comme quelques étudiants au fin fond du wagon. Tentative manquée. Cette évasion ne peut pas durer longtemps. Les vendeurs ambulants arrivent. Ils peuvent quand même se frayer un chemin dans cette boîte de sardine. « Bonbons, allez, achetez, juste une demi-livre, oui une demi-livre, pour changer votre humeur », crie-t-il, mais même la bonne humeur a du mal à trouver une place. On est pourtant dans la deuxième catégorie, celle lancée dans le cadre du projet de réforme des chemins de fer en Egypte. Celui entamé il y a 3 ans à la suite du terrible accident de train d’Al-Ayat. Un incident s’est déclenché dans un des wagons de troisième classe ... le bilan a fait 361 morts. Depuis, la troisième classe disparaît, elle a simplement changé de nom : 2e classe bis, la distinguée. Les sièges en bois ont été remplacés par d’autres en fibre glace, une matière incombustible. Une autre nouveauté, des ventilateurs répartis de part et d’autre des wagons. Pour financer cette rénovation, de nouveaux tarifs sont entrés en vigueur. L’Organisme des chemins de fer a augmenté le prix du billet de 50 piastres pour atteindre deux livres et demie. « Au début, tout allait bien. On avait vraiment senti la différence avec la 3e classe. Mais trois ou quatre mois après, on est retourné à la case départ », dit Salma, étudiante à la faculté d’agronomie, qui prend quotidiennement ce train pour aller à l’université. En effet, les ventilateurs ne fonctionnent plus. Demandez aux responsables. « Ils sont en panne », c’est si simple et les sièges sont pleins de graffitis, sinon cassés, dans certains endroits, ou recouverts de poussière, dans d’autres. Réparation, restauration, des mots qui n’ont aucun sens ici. Le fantôme de la 3e classe plane sur l’endroit. Les responsables accusent les passagers. Absence de civisme. « Il faut faire apprendre aux passagers que les trains sont une propriété du peuple, c’est-à-dire les leurs, et donc ils sont responsables de les protéger », affirme Mohamad, le contrôleur du train. Un casse-tête pour tout le monde apparemment. « Un verre de thé pour mettre fin à vos maux de tête, extra sucre », lance un vendeur de thé. Il se balance entre les passagers, verres en plastique déjà utilisés dans une main, et dans l’autre la théière. « Attention à votre tête, madame ».

Aliaa Al-Korachi

Retour au sommaire

3 QUESTIONS À

Farouq Nassar, président du Syndicat général des chemins de fer

Al-Ahram Hebdo : Qui, selon vous, est responsable de la multiplication des accidents ferroviaires ?

Farouq Nassar : On ne peut pas accuser le gouvernement de tous ces accidents. Bien avant la dernière collision du train de marchandises avec un train de passagers à Charqiya, les trains étaient dans de très mauvaises conditions et les wagons étaient usés. Le ministre des Transports avait en effet réclamé une somme de 8 milliards de L.E. pour pouvoir améliorer l’état des chemins de fer. Le gouvernement n’a pas donné suite à sa demande. C’est un problème d’administration en premier lieu. Nous adoptons les mêmes méthodes depuis 1852, ce qui est sans doute inimaginable. Nous avons besoin d’un changement radical de notre méthode de gestion pour pouvoir résoudre tous nos problèmes. Il faudrait que les chemins de fer aient leurs propres ressources et puissent couvrir leurs besoins.

— Que voulez-vous dire par propres ressources ?

— Nous avons des capacités très importantes qui ne sont pas utilisées. Le secteur des chemins de fer possède par exemple à lui seul environ 190 millions de m2 de terrains dans des endroits très stratégiques. Si on pense à les vendre, cela devrait garantir un revenu d’au moins 25 milliards de L.E. Nous avons aussi des millions de tonnes de ferraille tout au long des lignes des chemins de fer qui peuvent être vendues et rapporter de grandes sommes d’argent. Nous avons aussi des trains de marchandises qui peuvent faire facilement charger entre 20 et 22 millions de tonnes par an, mais ils ne sont pas bien exploités. Je voudrais dire par tout cela que le chemin de fer est un important appareil d’investissement qui peut rapporter d’énormes revenus.

— Quel plan proposez-vous pour pouvoir exploiter ces moyens ?

— Ce n’est pas mon propre plan. C’est un exemple qui a été appliqué en Roumanie et qui a porté ses fruits. Il s’agit de diviser le secteur des chemins de fer en plusieurs sections : le fonctionnement, l’atelier, l’ingénierie des chemins de fer, les feux, les constructions et enfin le secteur commercial. Tous ces secteurs seront donc indépendants les uns des autres mais tout en dépendant du ministère des Transports. C’est exactement la même idée appliquée dans le métro du Caire. Chaque secteur sera chargé d’une tâche particulière et bien répartie. En cas d’accident par exemple, il serait plus facile d’identifier la section qui en est responsable. Nous avons besoin d’une nouvelle mentalité d’administration pour pouvoir sauver ce qui reste des chemins de fer. Car si on obtient des fonds d’une valeur de 100 milliards de L.E. et qu’on continue à adopter les mêmes techniques, rien ne va changer.

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistants techniques: Karim Farouk - Dalia Gabr
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.