Al-Ahram Hebdo, Monde | A l’épreuve de la désunion
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 10 au 17 mai 2006, numéro 609

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Francophonie

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Monde

Iran . La communauté internationale peine à trouver un terrain d’entente sur la démarche à suivre avec Téhéran. La République islamique tente d’en tirer profit en déclarant ouvrir la voie au dialogue.

A l’épreuve de la désunion

Recours A la force, sanctions économiques, isolement, mesures incitatives ou dissuasives ? Aucune des formules possibles n’a pour l’heure été unanimement acceptée ni par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, ni par l’Allemagne, en charge du dossier du nucléaire iranien. L’objectif de la réunion de lundi soir était de faire passer « un message d’unité et de fermeté pour convaincre l’Iran de revenir à la table des négociations », selon les termes du ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy. Mission ratée. Les divergences sont en effet importantes sur les moyens à adopter pour stopper le programme nucléaire iranien, bien que la communauté internationale soit d’accord sur le fait qu’il ne faut pas laisser Téhéran se doter d’un tel programme. Les chefs de la diplomatie de ces six pays, en plus du représentant diplomatique de l’Union européenne, Javier Solana, se sont donc quittés lundi soir après plus de trois heures de discussions à New York sans accord sur une résolution contraignante pour l’Iran. « Nous ne sommes pas entrés dans le détail du texte et nous avons chargé les ambassadeurs et nos directeurs politiques de la question », a déclaré, à la suite de la réunion, le ministre français des Affaires étrangères, dont le pays a présenté, avec la Grande-Bretagne, un projet de résolution contraignante à l’égard de Téhéran. Sans prononcer le mot de sanctions, le chef de la diplomatie française a préféré évoquer des mesures « incitatives » et « dissuasives » pour « ramener l’Iran à la raison ». « Soit l’Iran coopère, et la communauté internationale est prête à faire des propositions ambitieuses, d’abord dans le domaine de l’énergie, ensuite dans le domaine commercial, dans le domaine technologique et, pourquoi pas, dans le domaine de la sécurité », a expliqué M. Douste-Blazy. Mais, signe que les divisions sont encore profondes, les Etats-Unis ont exclu d’envisager des garanties de sécurité pour l’Iran s’il renonçait à son programme nucléaire.

Douste-Blazy avait pourtant déclaré avant la réunion de New York qu’une « référence » aux sanctions prévues au chapitre VII de la Charte des Nations-Unies « est utile mais ne signifie pas par elle-même que le Conseil autoriserait le recours à la force ». La toute nouvelle secrétaire britannique au Foreign Office, Margaret Beckett, a été plus directe en déclarant : « il est possible que des sanctions doivent être appliquées ».

Et c’est justement à ce sujet que l’entente fait toujours défaut, la Chine et la Russie ayant émis des réserves importantes sur la référence au fameux chapitre VII, qui ouvre la voie à de possibles sanctions et en dernier ressort à un recours à la force. « Il n’y a pas encore d’accord sur le fait qu’il devrait y avoir une résolution faisant référence au chapitre VII », a indiqué lundi soir un haut responsable américain ayant requis l’anonymat. Tout en ajoutant : « Les chances d’un accord cette semaine ne sont pas bonnes », alors que Washington avait récemment exprimé sa confiance pour l’adoption prochaine d’une telle résolution.

Depuis le déclenchement de la crise entre Téhéran et la communauté internationale, « tout le monde a été d’accord sur la nécessité de résoudre le problème nucléaire iranien par des moyens politiques et diplomatiques », comme l’a souligné le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. « Nous sommes d’accord sur le fait que l’Iran ne peut posséder des armes nucléaires » et les ministres ont exprimé « leurs inquiétudes sur l’absence de réponses de l’Iran sur ses activités nucléaires » et l’arrêt de son programme d’enrichissement de l’uranium, a-t-il ajouté. Le ministre russe des Affaires étrangères a par ailleurs souligné après la réunion que les participants s’étaient accordés sur la « nécessité de résoudre le problème nucléaire iranien par des moyens politiques et diplomatiques ».

Washington refuse le dialogue

A quelques heures de la réunion de New York, le président iranien a lancé une nouvelle offensive diplomatique en envoyant une lettre à son homologue américain, George Bush. Selon le porte-parole du gouvernement iranien, Gholam Hossein, le président iranien propose dans sa lettre « de nouveaux moyens pour sortir de la situation vulnérable existante dans le monde ». Son contenu, a-t-il ajouté, « va au-delà des questions nucléaires et les questions nucléaires font partie des questions internationales ». Dans son courrier, Ahmadinejad « analyse la situation dans le monde et examine les causes de ses problèmes », selon le porte-parole. Mais l’impact de cette missive, qui rompt avec 26 ans d’absence de contacts directs entre Téhéran et Washington, a été minimisé par les Américains, qui disent n’y voir rien de nouveau. Pour preuve, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, a déclaré avoir brièvement évoqué la lettre dans laquelle Téhéran propose « de nouveaux moyens » pour faire baisser les tensions dans le monde. La Maison Blanche a d’ailleurs vite refroidi lundi les espoirs d’une solution négociée à la crise nucléaire iranienne en déclarant que la lettre d’Ahmadinejad à Bush ne contenait rien qui incite à une reprise historique du dialogue. Il n’a fallu que quelques heures à la Maison Blanche pour décider que « cette lettre ne résout aucun des problèmes de l’Iran avec la communauté internationale » et qu’elle ne présente qu’une « vaste vision historique et philosophique » de l’argumentaire nucléaire iranien, a indiqué le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, Frederick Jones. Dans une première réaction, M. Jones avait cependant rapidement rappelé les exigences américaines : « L’Iran sait ce qu’il a à faire, il doit se conformer » à la volonté du Conseil de sécurité et aux résolutions de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), « et cesser toutes les activités liées à l’enrichissement » d’uranium.

En revanche, côté iranien, on estime que l’initiative d’Ahmadinejad constitue une « chance d’ouverture diplomatique », comme l’a déclaré le dirigeant iranien chargé du dossier nucléaire, Ali Larijani, en visite lundi à Ankara.

Mais il reste quasi impossible à l’heure actuelle l’établissement d’un dialogue entre Washington et Téhéran. Certes, c’est la première fois depuis la rupture des relations diplomatiques qu’un dirigeant iranien établit officiellement un tel contact avec un chef d’Etat américain. Cependant, l’initiative, comme les précédentes, sera sans doute sans lendemain. Washington avait en effet déjà proposé à Téhéran des entretiens directs sur la seule question de la situation en Iraq voisin, mais les deux pays ont ensuite écarté un tel dialogue.

En attendant, il reste à espérer que le règlement de la crise du nucléaire iranien passe par le Conseil de sécurité et se fasse dans un cadre multilatéral, par la voie diplomatique. Autrement, on risque de se retrouver dans une situation semblable à celle qui a précédé la guerre contre l’Iraq, lorsque, faute d’entente au sein de la communauté internationale, les Etats-Unis sont partis seuls (ou plutôt avec quelques alliés) en guerre.

Abir Taleb

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistants techniques: Karim Farouk - Dalia Gabr
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.