Le film égyptien Alam wa ahzane al-sayed Al-Massih
(La Passion du Christ), dont la réalisation devrait être signée
Samir Seif, est enfin mis en chantier, faisant triompher l'art
des tabous. Et ce, après des mois où les responsables et les
hommes de religion, qui étaient unanimes à rejeter cette idée,
se sont rendus à la raison.
Tout a commencé lorsqu'Al-Azhar et le mufti
Ali Gomaa ont déclaré leur rejet de tout film abordant la vie
des prophètes ou des messagers de Dieu, alors que les
producteurs avaient arrêté le budget de 50 millions de L.E. pour
tourner le film, et fait le casting. De son côté, l'Eglise
orthodoxe égyptienne a émis sa réserve par rapport à un tel
projet, le qualifiant de « non souhaitable ». Mais finalement,
les obstacles ont été écartés, donnant libre cours à la liberté
d'expression. Le cheikh d'Al-Azhar vient de reconnaître, la
semaine dernière, le droit des artistes chrétiens de représenter
la vie du Christ conformément à leur foi. Mais l'Eglise a
préconisé la constitution d'un comité religieux pour superviser
le processus de réalisation du film.
Fayez Ghali, scénariste du film, a élucidé
son objectif qui est de fédérer chrétiens et musulmans autour
d'une vision objective et spirituelle de la vie et la passion du
Christ. « La vie de Jésus-Christ appartient à toute l'humanité.
Nous devons présenter nos religions et nos doctrines de manière
lucide, à même d'éclairer le citoyen sur sa propre religion et
de lui permettre de s'ouvrir à celle de l'autre. Cela peut
enrayer les dissonances entre les religions », explique Ghali.
Selon lui, les institutions religieuses ne doivent pas imposer
leurs idées ou être restrictives par rapport à l'art. « Surtout
lorsqu'il ne s'agit pas d'une configuration hérétique du Christ
au cinéma. D'autant plus que le cinéma arabe a du retard par
rapport au cinéma occidental quant à l'appréhension de la vie du
Christ », souligne-t-il.
Depuis ses débuts, le cinéma a en effet porté
un intérêt particulier à la description de la vie de Jésus et
des premiers temps du christianisme. Outre la production
française, plus de 35 films de différentes nationalités ont déjà
abordé le sujet. La Vie et la passion de Notre Seigneur Jésus-Christ
de Ferdinand Zecca, produit et projeté en 1904, fut un grand
succès en son temps. D'autres superproductions lui ont emboîté
le pas, telles que Le Roi des rois de Nicolas Ray en 1961, La
Plus grande histoire jamais contée de George Stevens en 1965,
Jésus-Christ superstar de Norman Jewison en 1973 et le film
italien Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli en 1976.
Par ailleurs, La Dernière tentation du Christ
de Martin Scorcese, sorti en 1988, a suscité de violentes
polémiques, qui ont provoqué le sabotage des salles où était
projeté le film. De même, La Passion du Christ de Mel Gibson,
diffusé en 2004, qui insistait sur la seule dimension de la
souffrance au détriment de l'idée du sacrifice, a déclenché des
remous dans les milieux politiques et religieux.
En revanche, le groupe de travail du film
égyptien sur le Christ se proclame d'une vision orientale
rationnelle, qui n'est pas en dichotomie avec les doctrines
chrétiennes. Mettant un point d'honneur à jeter un éclairage
particulier sur l'impact du passage de la Sainte Famille en
Egypte sur son peuple. Un projet cinématographique bien
prometteur.
Yasser Moheb