Regards contemplatifs, visages familiers et
âmes errantes animent les galeries Karim Francis et Machrabiya.
La nostalgie du peintre se traduit en lignes et couleurs. Adel
Al-Siwi présente ses stars à lui. C'est le fil conducteur qui
les relie. Il s’agit de comédiens comme Ismaïl Yassine, Stéphane
Rosti ou Anouar Wagdi, de chanteurs comme Abdel-Halim Hafez,
Asmahane ou Chadia, de poètes comme Salah Jahine ou Ahmad Fouad
Negm. La galerie des portraits compte également un peintre,
Abdel-Hadi Al-Gazzar, avec son célèbre tableau Le Fou vert, un
sculpteur, Mahmoud Mokhtar, avec sa statue Les Khamsins, et des
leaders comme Nasser, Sadate ou Akhenaton. Al-Siwi, qui
esquissait la ville et les lieux, dans un premier temps, s’est
tourné vers les visages humains depuis les années 1990. Cette
fois-ci, il s’est mis à retravailler des visages déterminés. å
Cette nostalgie est en rapport avec l’âge. Ma mémoire se
développe, malgré tout. Je reçois, aujourd’hui, les détails
embaumés d’odeurs, de scènes et de voix. Un visage que
j’aperçois évoque plusieurs autres. Peut-être, c’est cette
mémoire tyrannique qui m’a poussé à fouiller en moi, à la
recherche de visages que je traîne partout depuis de longues
années ò, souligne Al-Siwi dans le catalogue de l’exposition.
Malgré la diversité des visages, tous les
tableaux ont un dénominateur commun. Ils se réfèrent à une
période particulière de l’histoire artistique et sociopolitique
égyptienne, c’est le début du siècle dernier, regorgeant
d’icônes. Le comédien Stéphane Rosti, le vilain sympa, revêt
l’allure d’un ange gardien. La danseuse Tahiya Carioca incarne
la beauté typiquement égyptienne, avec en arrière-plan les
traits d’un visage pharaonique. Youssef bey Wahbi est au beau
milieu du tableau portant les deux masques du théâtre. En bas du
tableau, s’inscrit sa fameuse phrase : å Wa ma al -dounia illa
masrah kabir ò (La Vie n’est qu’un grand théâtre).
Le peintre a pu transformer les visages en de
vrais miroirs de l’âme. Ses stars sont mises à nu. Leurs regards
et leurs traits aquilins nous font oublier qu’il s’agit de
peintures. Car les portraits débordent de vie.
L’énergie s’amplifie grâce aux couleurs
chaudes dominant les portraits des comédiennes Marie Mounib et
Zinate Sedqi ainsi que du trio Samir Ghanem, Georges Sidhom et
Al-Deif Ahmad. Ce sont des personnages peints avec beaucoup
d’amour, qui nous parlent en toute intimité.
Lamiaa Al-Sadaty