Al-Ahram Hebdo, Afrique | Volonté de mise en ordre dans le delta du Niger
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 Semaine du 10 au 17 mai 2006, numéro 609

 

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Afrique

Nigeria . Le président Obasanjo a présenté un vaste programme de développement pour les Etats du sud. Une zone qui concentre une grande partie des richesses pétrolières du pays et qui est aussi le théâtre de violences perpétrées par des mouvements de rébellion armés.

Volonté de mise en ordre dans le delta du Niger

Un rapport commandé par la société Shell estimait récemment que le niveau d’insécurité dans la région du delta du Niger était similaire à celui de la Colombie ou de la Tchétchénie. Shell et toutes les autres compagnies pétrolières installées au Nigeria sont en effet confrontées depuis des années à des situations de violence, des rapts et des actes de sabotage qui détériorent leurs conditions de travail. A plusieurs reprises, des agents de sécurité ont été abattus, des employés de ces compagnies kidnappés. Les spécialistes estiment que cette situation d’insécurité a entraîné ces derniers mois une baisse d’un cinquième du niveau des exportations de pétrole. Et ces tensions participeraient à la hausse actuelle du cours de l’or noir sur le marché mondial.

Cette insécurité, qui se manifeste dans les neuf Etats du sud du Nigeria, est le fait de groupes rebelles armés. Réunis dans le Mouvement pour l’émancipation du delta du Niger (MNED), ils disent se battre pour défendre les intérêts des Ijaws, une des principales ethnies de la région. Ces populations vivent dans une situation de grande pauvreté, et elles accusent les grandes compagnies pétrolières de s’approprier tous les revenus du pétrole que ces dernières exploitent sur leurs territoires. Les rebelles dénoncent aussi, au nom des populations, les effets de la pollution sur l’environnement, du fait de l’exploitation des champs pétrolifères.

C’est un des paradoxes du Nigeria. Ce géant africain regorge des plus grands gisements de pétrole du continent africain. Avec en moyenne 2,5 millions de barils produits chaque jour, c’est le sixième exportateur mondial. L’exploitation massive du pétrole nigérian depuis les années 1970 aurait permis aux autorités, selon des experts, d’engranger plus de 300 milliards de dollars. Or dans ce pays, et singulièrement dans la région du delta du Niger tant convoitée par les multinationales, la population vit dans une situation de sous-développement manifeste. Pourquoi ? Parce que l’argent du pétrole est mal redistribué dans un pays gangrené par la corruption, ceci à tous les échelons de la société. Depuis des années, une économie parallèle s’est mise en place, y compris dans le delta du Niger, où des trafiquants sans scrupules sabotent des pipelines et détournent la manne pétrolière. Ce trafic de pétrole aurait permis de financer les groupes armés qui sévissent dans la région. Enfin, les tensions ethnico-religieuses dans cet immense pays ne font rien pour améliorer les perspectives de développement.

Un « Plan Marshall » encore flou

Sûrement pressé par les compagnies pétrolières étrangères, et sans doute animé d’intérêts politiques (la prochaine élection présidentielle aura lieu en 2007), Olusegun Obasanjo a décidé de se pencher sérieusement sur le dossier de l’insécurité dans le delta du Niger. Le 18 avril dernier, devant les représentants des multinationales, les gouverneurs des Etats du sud du Nigeria, les chefs traditionnels et les responsables et élus des communautés locales, le chef de l’Etat a exposé un vaste plan socioéconomique.

Amélioration des transports, construction de routes, d’écoles, de centres de soins, électrification des villages, mais surtout création d’emplois dans le secteur pétrolier et recrutement massif dans l’armée et les forces de police, telles sont les principales mesures annoncées. Ainsi, le chef de l’Etat prévoit l’embauche de 20 000 personnes, dans le cadre de ce programme qui s’étale sur plusieurs années. Par ailleurs, le président nigérian compte créer une agence chargée de surveiller les entreprises installées dans la région pour améliorer le quotidien des habitants.

Pour autant, plusieurs observateurs restent prudents. Les mesures annoncées ne sont pas chiffrées précisément, et rien ne garantit que les aides parviendront à leurs destinataires. Enfin, Gani Fawehinmi, un des leaders de l’opposition, a d’ores et déjà considéré que ce plan de développement était « insuffisant » face aux besoins de la région.

Olivier Péguy (MFI)

 




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