Un
rapport commandé par la société Shell estimait récemment que le
niveau d’insécurité dans la région du delta du Niger était
similaire à celui de la Colombie ou de la Tchétchénie. Shell et
toutes les autres compagnies pétrolières installées au Nigeria
sont en effet confrontées depuis des années à des situations de
violence, des rapts et des actes de sabotage qui détériorent
leurs conditions de travail. A plusieurs reprises, des agents de
sécurité ont été abattus, des employés de ces compagnies
kidnappés. Les spécialistes estiment que cette situation
d’insécurité a entraîné ces derniers mois une baisse d’un
cinquième du niveau des exportations de pétrole. Et ces tensions
participeraient à la hausse actuelle du cours de l’or noir sur
le marché mondial.
Cette insécurité, qui se manifeste dans les
neuf Etats du sud du Nigeria, est le fait de groupes rebelles
armés. Réunis dans le Mouvement pour l’émancipation du delta du
Niger (MNED), ils disent se battre pour défendre les intérêts
des Ijaws, une des principales ethnies de la région. Ces
populations vivent dans une situation de grande pauvreté, et
elles accusent les grandes compagnies pétrolières de
s’approprier tous les revenus du pétrole que ces dernières
exploitent sur leurs territoires. Les rebelles dénoncent aussi,
au nom des populations, les effets de la pollution sur
l’environnement, du fait de l’exploitation des champs
pétrolifères.
C’est un des paradoxes du Nigeria. Ce géant
africain regorge des plus grands gisements de pétrole du
continent africain. Avec en moyenne 2,5 millions de barils
produits chaque jour, c’est le sixième exportateur mondial.
L’exploitation massive du pétrole nigérian depuis les années
1970 aurait permis aux autorités, selon des experts, d’engranger
plus de 300 milliards de dollars. Or dans ce pays, et
singulièrement dans la région du delta du Niger tant convoitée
par les multinationales, la population vit dans une situation de
sous-développement manifeste. Pourquoi ? Parce que l’argent du
pétrole est mal redistribué dans un pays gangrené par la
corruption, ceci à tous les échelons de la société. Depuis des
années, une économie parallèle s’est mise en place, y compris
dans le delta du Niger, où des trafiquants sans scrupules
sabotent des pipelines et détournent la manne pétrolière. Ce
trafic de pétrole aurait permis de financer les groupes armés
qui sévissent dans la région. Enfin, les tensions
ethnico-religieuses dans cet immense pays ne font rien pour
améliorer les perspectives de développement.
Un « Plan Marshall » encore flou
Sûrement pressé par les compagnies
pétrolières étrangères, et sans doute animé d’intérêts
politiques (la prochaine élection présidentielle aura lieu en
2007), Olusegun Obasanjo a décidé de se pencher sérieusement sur
le dossier de l’insécurité dans le delta du Niger. Le 18 avril
dernier, devant les représentants des multinationales, les
gouverneurs des Etats du sud du Nigeria, les chefs traditionnels
et les responsables et élus des communautés locales, le chef de
l’Etat a exposé un vaste plan socioéconomique.
Amélioration des transports, construction de
routes, d’écoles, de centres de soins, électrification des
villages, mais surtout création d’emplois dans le secteur
pétrolier et recrutement massif dans l’armée et les forces de
police, telles sont les principales mesures annoncées. Ainsi, le
chef de l’Etat prévoit l’embauche de 20 000 personnes, dans le
cadre de ce programme qui s’étale sur plusieurs années. Par
ailleurs, le président nigérian compte créer une agence chargée
de surveiller les entreprises installées dans la région pour
améliorer le quotidien des habitants.
Pour autant, plusieurs observateurs restent
prudents. Les mesures annoncées ne sont pas chiffrées
précisément, et rien ne garantit que les aides parviendront à
leurs destinataires. Enfin, Gani Fawehinmi, un des leaders de
l’opposition, a d’ores et déjà considéré que ce plan de
développement était « insuffisant » face aux besoins de la
région.
Olivier Péguy (MFI)