Al-Ahram Hebdo, Opinion | De la réforme politique
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 Semaine du 26 avril au 2 mai 2006, numéro 607

 

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Opinion

De la réforme politique

Emad Awwad
Politologue

Le terme « réforme politique » implique l’existence de lacunes soit dans le système en vigueur, soit dans les règles du jeu. De même, il pourrait s’étendre aux problèmes relationnels entre les principaux acteurs sur une scène politique donnée. Quant à l’origine d’une telle démarche, elle pourrait être externe, obéissant aux orientations internationales vis-à-vis d’un pays ou d’une région, comme ce fut le cas dans le projet de « remodelage » du Proche-Orient avancé par Washington, ou émanant des forces opérant à l’intérieur du système. S’agissant de son contenu, il peut être « profond » ou « superficiel », tandis que la durée peut varier entre une mise en œuvre compréhensible immédiate et un processus progressif par étapes. En ce qui concerne l’Egypte, plusieurs constatations s’imposent.

D’emblée, il est à souligner que tant le régime que l’ensemble des forces internes concernées s’accordent sur le fait que la réforme à entreprendre doit être une œuvre nationale. Beaucoup d’éléments ont joué, jusqu’à ces derniers jours, en faveur de cette entente, parmi lesquels on peut citer l’érosion de la crédibilité des Etats-Unis dans la région ainsi que l’échec de l’« exemple iraqien » que Washington avait souhaité au Proche-Orient. En revanche, une opposition perdure entre les acteurs politiques internes quant à l’ampleur de la réforme et la durée de sa mise en œuvre. Deux approches se font sentir : l’une avançant la notion de « processus » par étapes à travers le temps ; l’autre réclamant une refonte totale et immédiate.

Or, le duel entre les arguments de chaque camp se déroule avec en toile de fond l’« indifférence », voire la « méfiance » de la population. Cette situation s’est fait sentir clairement lors des derniers scrutins électoraux auxquels un faible pourcentage a pris part. Cette attitude pourrait être expliquée par un long héritage de pratiques souvent décevantes et des promesses parfois non tenues. Une telle situation semble être déroutante, puisqu’elle implique des effets nuisibles à la naissance d’un système solide prenant pour base la mobilisation des électeurs derrière des programmes variés et concurrentiels. A cela viennent s’ajouter les aspects parfois négatifs d’une réforme économique obéissant aux règles du marché. Désormais, la quête pour assumer les exigences de la vie quotidienne se trouve au centre des préoccupations de la claire majorité de la population aux dépens d’une maturité politique qu’on ne cesse d’évoquer dans des cercles de plus en plus restreints.

En outre, la scène politique se caractérise par un fossé considérable séparant un parti au pouvoir et d’autres qui ne sont pas à même de représenter une alternative viable. Le fait que deux des candidats aux dernières élections présidentielles aient actuellement des démêlés avec la justice, pour des raisons autres que politiques, illustre l’état de faiblesse qui frappe actuellement les partis reconnus. L’hypothèse selon laquelle une telle situation pourrait durer implique la négation de toute compétition valable lors d’un prochain scrutin.

Par ailleurs, la multiplication des associations civiles œuvrant dans le domaine des droits de l’homme était couplée par la mise sur pied du Conseil national chargé de ce dossier. L’examen attentif de cette évolution démontre qu’il s’agit d’un pas important en avant. Toutefois, force est de constater que toute lenteur ou hésitation à prendre en considération les recommandations formulées par cette institution risquerait de produire un impact négatif non négligeable. Non seulement elles pourraient discréditer le Conseil aux yeux de la population, mais plus dangereux encore de semer les doutes sur la « volonté » d’entreprendre les réformes voulues et affichées. La lecture attentive de la situation actuelle sur la scène politique démontre que nous sommes dans une période de transition ayant, apparemment, pour objectif une réforme politique en profondeur, mais par étapes. Dans ce contexte, l’ouverture enregistrée depuis l’amendement de l’article 76 de la Constitution devrait être suivie par d’autres pas indispensables pour atteindre l’objectif d’assainissement du climat politique. Sur un autre niveau, cette période devrait voir l’émergence d’un nouveau dynamisme sur la carte des partis politiques. Ceux-ci devront s’appuyer sur des bases populaires réunies autour de programmes valables qui pourraient représenter la base d’une « alternance » pacifique et démocratique du pouvoir. Ce dynamisme pourrait prendre la forme de la renaissance des partis déjà présents ou, encore plus vraisemblable, l’émergence d’un nouveau pôle politique prêt à assumer les responsabilités dans un cadre tant légal que compétitif. Si l’abrogation de l’état d’urgence représente une condition sine qua non pour une véritable réforme, force est de constater qu’à elle seule, cette décision ne pourrait pas donner les résultats escomptés. En réalité, il s’agit d’une entreprise patriotique dans laquelle devraient participer toutes les forces de la nation avec responsabilité et objectivité. Il y va tout d’abord de l’avenir du pays et du bien-être de ses composantes et ensuite de son influence sur la scène régionale et internationale. Dans un contexte international menaçant, le peuple égyptien, comme tant d’autres au Proche-Orient, est appelé à mener un combat non moins farouche que celui de l’indépendance. Or, celui-ci devrait être mené avec une extrême vigilance et dans le cadre de l’unité nationale afin de faire face aux diktats de l’extérieur sans pour autant sacrifier les objectifs à atteindre.

 

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