Le terme « réforme politique » implique
l’existence de lacunes soit dans le système en vigueur, soit
dans les règles du jeu. De même, il pourrait s’étendre aux
problèmes relationnels entre les principaux acteurs sur une
scène politique donnée. Quant à l’origine d’une telle démarche,
elle pourrait être externe, obéissant aux orientations
internationales vis-à-vis d’un pays ou d’une région, comme ce
fut le cas dans le projet de « remodelage » du Proche-Orient
avancé par Washington, ou émanant des forces opérant à
l’intérieur du système. S’agissant de son contenu, il peut être
« profond » ou « superficiel », tandis que la durée peut varier
entre une mise en œuvre compréhensible immédiate et un processus
progressif par étapes. En ce qui concerne l’Egypte, plusieurs
constatations s’imposent.
D’emblée, il est à souligner que tant le
régime que l’ensemble des forces internes concernées s’accordent
sur le fait que la réforme à entreprendre doit être une œuvre
nationale. Beaucoup d’éléments ont joué, jusqu’à ces derniers
jours, en faveur de cette entente, parmi lesquels on peut citer
l’érosion de la crédibilité des Etats-Unis dans la région ainsi
que l’échec de l’« exemple iraqien » que Washington avait
souhaité au Proche-Orient. En revanche, une opposition perdure
entre les acteurs politiques internes quant à l’ampleur de la
réforme et la durée de sa mise en œuvre. Deux approches se font
sentir : l’une avançant la notion de « processus » par étapes à
travers le temps ; l’autre réclamant une refonte totale et
immédiate.
Or, le duel entre les arguments de chaque
camp se déroule avec en toile de fond l’« indifférence », voire
la « méfiance » de la population. Cette situation s’est fait
sentir clairement lors des derniers scrutins électoraux auxquels
un faible pourcentage a pris part. Cette attitude pourrait être
expliquée par un long héritage de pratiques souvent décevantes
et des promesses parfois non tenues. Une telle situation semble
être déroutante, puisqu’elle implique des effets nuisibles à la
naissance d’un système solide prenant pour base la mobilisation
des électeurs derrière des programmes variés et concurrentiels.
A cela viennent s’ajouter les aspects parfois négatifs d’une
réforme économique obéissant aux règles du marché. Désormais, la
quête pour assumer les exigences de la vie quotidienne se trouve
au centre des préoccupations de la claire majorité de la
population aux dépens d’une maturité politique qu’on ne cesse
d’évoquer dans des cercles de plus en plus restreints.
En outre, la scène politique se caractérise
par un fossé considérable séparant un parti au pouvoir et
d’autres qui ne sont pas à même de représenter une alternative
viable. Le fait que deux des candidats aux dernières élections
présidentielles aient actuellement des démêlés avec la justice,
pour des raisons autres que politiques, illustre l’état de
faiblesse qui frappe actuellement les partis reconnus.
L’hypothèse selon laquelle une telle situation pourrait durer
implique la négation de toute compétition valable lors d’un
prochain scrutin.
Par ailleurs, la multiplication des
associations civiles œuvrant dans le domaine des droits de
l’homme était couplée par la mise sur pied du Conseil national
chargé de ce dossier. L’examen attentif de cette évolution
démontre qu’il s’agit d’un pas important en avant. Toutefois,
force est de constater que toute lenteur ou hésitation à prendre
en considération les recommandations formulées par cette
institution risquerait de produire un impact négatif non
négligeable. Non seulement elles pourraient discréditer le
Conseil aux yeux de la population, mais plus dangereux encore de
semer les doutes sur la « volonté » d’entreprendre les réformes
voulues et affichées. La lecture attentive de la situation
actuelle sur la scène politique démontre que nous sommes dans
une période de transition ayant, apparemment, pour objectif une
réforme politique en profondeur, mais par étapes. Dans ce
contexte, l’ouverture enregistrée depuis l’amendement de
l’article 76 de la Constitution devrait être suivie par d’autres
pas indispensables pour atteindre l’objectif d’assainissement du
climat politique. Sur un autre niveau, cette période devrait
voir l’émergence d’un nouveau dynamisme sur la carte des partis
politiques. Ceux-ci devront s’appuyer sur des bases populaires
réunies autour de programmes valables qui pourraient représenter
la base d’une « alternance » pacifique et démocratique du
pouvoir. Ce dynamisme pourrait prendre la forme de la
renaissance des partis déjà présents ou, encore plus
vraisemblable, l’émergence d’un nouveau pôle politique prêt à
assumer les responsabilités dans un cadre tant légal que
compétitif. Si l’abrogation de l’état d’urgence représente une
condition sine qua non pour une véritable réforme, force est de
constater qu’à elle seule, cette décision ne pourrait pas donner
les résultats escomptés. En réalité, il s’agit d’une entreprise
patriotique dans laquelle devraient participer toutes les forces
de la nation avec responsabilité et objectivité. Il y va tout
d’abord de l’avenir du pays et du bien-être de ses composantes
et ensuite de son influence sur la scène régionale et
internationale. Dans un contexte international menaçant, le
peuple égyptien, comme tant d’autres au Proche-Orient, est
appelé à mener un combat non moins farouche que celui de
l’indépendance. Or, celui-ci devrait être mené avec une extrême
vigilance et dans le cadre de l’unité nationale afin de faire
face aux diktats de l’extérieur sans pour autant sacrifier les
objectifs à atteindre.