A
mon avis, l’implication de la magistrature dans le processus
électoral était un acte qui présageait de dangers politiques
difficiles à gérer. Le gouvernement devra déployer d’énormes
efforts, autant au niveau intérieur qu’extérieur. Il s’agira de
convaincre de nouveau le peuple que l’Etat a du respect pour
l’indépendance de la magistrature, son honneur et son prestige.
Il est fort probable que la confiance que les gens accordent au
pouvoir judiciaire bascule si les tentatives acharnées de
disperser le rang des magistrats continuent. Outre l’ingérence
déclarée ou secrète qui vise à soulever des tempêtes autour de
ce corps prestigieux.
Ces craintes n’émanent pas du vide surtout
après la décision promulguée par une autorité administrative de
présenter 2 vice-présidents de la Cour de cassation devant un
conseil disciplinaire. Ce qui signifie presque une procédure qui
prépare la démission, ou la retraite anticipée ou le transfert
vers un autre emploi loin du corps judiciaire. Avant cette
démission, 7 autres juges avaient été traduits devant ce même
conseil. Cette procédure sans précédent a provoqué un choc dans
l’opinion publique qui s’était habituée à ce que l’Etat soit
plus prudent en ce qui concerne le pouvoir judiciaire, considéré
comme le facteur d’équilibre entre les 3 pouvoirs. Le régime
dans son entité est menacé d’effondrement. Situation que nous
n’avions plus connue depuis la fin des années soixante, quand il
y a eu ce qui a été appelé la boucherie de la magistrature. Ces
événements avaient constitué une tache dans l’histoire du régime
de l’époque et un mauvais présage pour son avenir.
Il semble alors que le problème soit la
charge accordée aux juges de superviser les élections, qui s’est
transformée en fardeau que leur conscience n’a pu supporter. Les
juges ont été convaincus que l’Etat les a exploités pour faire
passer sous silence les violations et les fraudes relatives au
processus électoral. Ce qui a fortement nui à leur réputation et
a mis l’indépendance de la magistrature dans une position
difficile. Cette situation a aussi introduit le corps judiciaire
dans des compromis qui ne sont pas innocents. C’est de là qu’a
émergé la nécessité de promulguer une loi qui garantit
l’indépendance de la magistrature et sauvegarde leur honneur.
Ainsi, quand ils seront chargés d’une responsabilité nationale
telle que les élections, ils pourront la gérer par
l’intermédiaire de la conscience du juge juste, loin de toute
suspicion ou séduction.
Il est sûr que l’opinion publique de façon
générale sympathise avec les juges et leurs réclamations.
Nombreux sont ceux qui n’ont pas compris pourquoi l’Assemblée du
peuple refusait de discuter ce dossier qui menace l’avenir de
l’indépendance de la magistrature, alors que les aspects de
déséquilibre et de corruption se font de plus en plus grands
dans la société égyptienne. Maintenant, le pouvoir judiciaire
est le plus proche des intérêts du peuple et c’est ce pouvoir
qui peut garantir la stabilité intérieure alors que l’impression
qui domine actuellement est que le pouvoir exécutif tente de le
soumettre aux nécessités de l’époque actuelle.
Quand la situation atteint un stade aussi
dangereux, la société a besoin de savoir ce qui ce passe et vers
où nous allons. Et quand l’Union internationale des juges
intervient pour exprimer son inquiétude, nous devons nous aussi
nous inquiéter. Surtout que nous avons de plus en plus besoin
d’une magistrature juste et d’une loi tranchante, aptes à faire
face à la propagation de la violence, de la corruption et de
l’aberration.