Le statu quo qui dure depuis des années dans
le Sahara Occidental n’est pas près de prendre fin. Cette
ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc en 1975, et dont
le Front Polisario, soutenu par l’Algérie voisine, réclame
l’indépendance, doit semble-t-il encore attendre pour que son
sort soit déterminé. Dans son dernier rapport sur la question du
Sahara Occidental présenté vendredi dernier, le secrétaire
général de l’Onu, Kofi Annan, n’a pratiquement rien apporté de
nouveau. Kofi Annan a suggéré une prolongation de la mission de
l’Onu au Sahara (Minurso) — qui s’achève le 30 avril — pour six
mois. Il s’est aussi simplement contenté de recommander que le
Maroc s’engage, sans conditions préalables, dans des
négociations directes avec le mouvement indépendantiste du Front
Polisario pour parvenir à une solution au Sahara Occidental.
Selon M. Annan, le but des négociations « devrait être quelque
chose qu’aucun plan ne saurait régler, à savoir mettre sur pied
un compromis entre la loi internationale et la réalité politique
pour parvenir à une solution politique, juste, durable et
mutuellement acceptable qui garantirait l’autodétermination du
peuple du Sahara Occidental ». Une déclaration qui ne manque pas
de sous-entendre à quel point la situation reste bloquée et
toute solution hors de portée, pour l’instant du moins. En effet,
c’est depuis 1992 que les Nations-Unies tentent sans succès
depuis 1992 d’organiser un référendum d’autodétermination auprès
du peuple sahraoui. Depuis cette date, un premier désaccord sur
le corps électoral a opposé le Maroc au Polisario, Rabat voulant
y inclure des populations sahraouies vivant en territoire
marocain et dont la participation au référendum est refusée par
le Polisario car elle ferait pencher la balance au profit de
l’intégration au Maroc. Plus tard, le Maroc a carrément rejeté
le projet de référendum, du référendum, toujours défendu par le
Polisario et l’Algérie.
Jusque-là, l’Onu a donc échoué à mettre en
application ce projet, tout comme le plan Baker II, du nom de
l’ancien secrétaire d’Etat américain James Baker, qui prévoyait
d’accorder une large autonomie au Sahara Occidental durant une
période de cinq ans avant l’organisation d’un référendum
d’autodétermination en vue d’un statut définitif. Après ces
échecs, l’organisation internationale joue désormais la carte
des négociations directes entre les différentes parties, qui
intégreraient également l’Algérie, selon une suggestion de
l’envoyé personnel de Kofi Annan au Sahara Occidental, le
diplomate néerlandais Peter van Walsum.
Mais il semble d’ores et déjà que cette
option soit difficilement réalisable. La proposition du
secrétaire général de l’Onu a été différemment reçue de part et
d’autre. Ainsi, le secrétaire général du Polisario, Mohamed
Abdelaziz, a critiqué le fait que M. Annan n’ait pas insisté
pour que des sanctions soient adoptées contre le Maroc malgré sa
« non application réitérée des résolutions » de l’Onu sur le
Sahara Occidental. M. Annan « a confirmé le diagnostic, mais est
resté muet sur les moyens de remédier au problème », a déploré
M. Abdelaziz dans un communiqué du mouvement indépendantiste
sahraoui diffusé à Madrid. Selon M. Abdelaziz, « les
négociations ne sont pas le problème puisque le Maroc n’applique
pas ce qui est décidé dans la négociation, le véritable problème
est de faire que le Maroc respecte et applique les accords ». Il
a également ajouté que « le Polisario a toujours été disposé à
négocier sur les modalités d’organisation du référendum », en
avertissant que l’absence de solution satisfaisante risquait
d’augmenter la tension entre le Maroc et le Polisario.
Côté marocain, il n’y a pas eu de réaction
officielle mais le Conseil royal des notables sahraouis (pro-marocain)
a salué le nouveau rapport de Kofi Annan, qui « enterre
définitivement le plan Baker, qui ne tient pas compte des
conditions de toutes les parties ». Il s’agit pour le rapport
d’une « solution politique qui soit acceptée par toutes les
parties », a déclaré le président du Conseil consultatif pour
les affaires sahariennes (CORCAS), Khalli Henna Ould Errachid.
Ce dernier a également estimé que le rapport souligne que «
toutes les voies empruntées par l’Onu pour régler la question du
Sahara, notamment le référendum, se sont avérées inappropriées
». Il a en outre appelé le Polisario à « accepter sans délai à
entrer dans des négociations » avec le Maroc pour mettre fin à
ce conflit, soulignant que l’application immédiate d’une
autonomie élargie, à laquelle a appelé le roi Mohammed VI est de
nature à « mettre fin à la tension dans la région ». Une
divergence de vues qui n’augure rien de bon.
Abir Taleb